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Une cérémonie

Une Cérémonie


« Ce que nous pouvons formater de l’avenir autant
   que du passé n’est qu’un ensemble matériel de traces,
     d’empreintes et de connaissances ; d’hypothèses également.
  Là, il conviendrait de s’interroger sur l’importance
  quantitative du présent… À  savoir durant combien de
   secondes, plus rien n’est illusoire ? »



Ecrire reste pour moi vital, et je serais tenté d’ajouter que ma nature originelle fut façonnée ainsi. Egalement, même à l’heure actuelle, lecteur, qui que vous soyez, je vous aime !
Je vous aime parce que je vous imagine nombreux, différents les uns des autres, différents de moi et, assurément, me survivant.
Qui que vous soyez, puisque je ne peux entretenir un honnête dialogue avec tous, malgré votre silence, je communie en permanence avec vous, et, de cela, j’en suis enrichi le premier.
À mon humble avis, comme chacun doit être une fortune pour l’autre, son interlocuteur, mon seul désir est aussi de l’être pour vous.
Ceci, puisque vous constituez ma propre fortune ; entendez-là celle de votre écoute. C’est d’ailleurs pour cela que je vais risquer de vous prouver ici cette assertion par une analyse dans laquelle vous-même pourrez concevoir et en apprécier la teneur.
Cette analyse dont je me propose d’entamer, c’est celle du hasard, du moins ce que l’on nomme comme tel. La question primordiale de notre débat serait alors de savoir si ce même hasard se détache de la fatalité, du destin, ou, au contraire, s’il fait corps avec ces deux entités.
À savoir au-delà, si nos relations à sens unique ne seraient-elles pas engendrées toujours par ce dit hasard ?
Chercherais-je à vous influencer et vous prouver que nous ne sommes probablement que des illusions ?
Certes, des ensembles génétiques qui se meuvent dans une réalité toute offerte de nos dimensions, certes des corps assujettis à nos besoins vitaux, aux règles du temps et de l’espace ;  entendons l’espace où s’agitent les dérisions autant que les absolus , l’espace de temps, puisqu’il s’agirait de le nommer ainsi, où tous que nous sommes, ne recherchons rien de particulier - si nous nous en trouvons questionnés -, mais dont nous espérons tous une transformation, ne serait-elle que sporadique. Nous sommes probablement des illusions, dis-je, car jamais nous souhaitons réellement influencer notre futur immédiat des aléas subis durant notre passé tout autant immédiat. En cela, la moindre de nos fractions de seconde ne saurait être différente de celle qui la suit, par conséquent ni plus exigeante en matière de réussite, ni plus proche peut-être de ces fameux absolus que l’on désire  atteindre. Ici se confirme notre paresse ! Pourtant, ailleurs nous demeurons tous des rêveurs, des spéculateurs, voire des utopistes, mais quelle serait l’entité suprême ayant autant le pouvoir de nous l’interdire que celui de nous le codifier ?
Pour ma part, en dehors du hasard, je n’en connais très peu d’autre.
Certes encore, je vous avouerais n’avoir été qu’un quêteur d’affection, mais comme mille, je ne peux en cultiver honte.
Ne serais-je alors, comme vous peut-être, que le fruit du rêve, le résultat de l’imagination d’un autre ? Ne serais-je qu’en fausse existence de la production de l’âme venant d’un lointain supérieur ayant négligé sa pensée ?
Le résultat, puisque on en parle, disons un magma d’antagonismes incessants, ne serait-il pas lui aussi le mal produit d’un laxisme évident de cet insolite et prolifique rêveur nous ayant constitué ?
Ne serions-nous pas les victimes d’un inévitable côtoiement privé d’osmose par défaut du rassemblement de bonnes idées de la part de ce dit penseur ?
Vous noterez à ce sujet que tous sommes - non parfois mais trop souvent- entouré d’âmes négatives à subir plus que de nos proches susceptibles de créer à toutes les minutes le simple existentiel dont nous demeurons encore humbles demandeurs.
Notez-là cependant que celle ou celui partageant votre lit s’en écarte inévitablement un jour…
Ma science personnelle, de ce fait, s’interrompra ici, et, veuillez me le pardonner, il me reste nombre lacunes en ce domaine…..
Venons-en aux faits et parlons de cette cérémonie constituant le titre de ce récit.
Vers 21 heures arrivèrent les premiers convives, dont moi-même, l’ex Madame Spen’sêth, dame âgée mais encore ravissante, son nouvel époux, un fidèle satellite l’œil rivé à sa moitié comme une milice en faction, comme un bijoutier exposant une rivière de diamants à d’avides clientèles.
C’est le typique et naturel comportement de tout homme jaloux, et rien nous autoriserait à l’en blâmer.
Aussi, Monsieur Milime, caissier principal à la Béïfax bank.
En observant ce quinquagénaire foncièrement mal coiffé, les gens sujets à la critique immédiate, empreints du stérile loisir de comptabiliser les tares d’autrui,  ces gens systématiques férus de toutes analyses et comparaisons humanoïdes y verraient, du plus discourtois des sourires en coin, le parfait capable de sa fonction autant que l’incapable d’autre chose.
La part de vrai ici les excuse !
Henry Silvien, et le mot reste incongru puisqu’il est là.
Une seule phrase illustre ce personnage ; à savoir celle qu’il réitère lui-même  sans s’épuiser au moins douze fois en l’espace d’une demi- journée forte de compagnie : « toute émergence de conscience n’est pas immédiatement assortie d’un résultat ». Ça, c’est la fameuse phrase, et vous l’aurez comprise…
Aussi, vous l’avez deviné, celui-là n’est pas celui qui avance, disons pas celui qui progresse dans l’ensemble de la réalisation de ses actes, et croyez bien qu’il en demeure le premier convaincu.
Et observons, un peu plus tard, la fastueuse arrivée  d’Armand de La Feuillandière, peut-être le convive le plus en admiration d’autrui !
Pourtant, c’était un essaim de verrues, une ortie blanche, plus, c’était une montagne de chair hideusement flasque et pareille à des entrailles de bœuf, et cependant il était vêtu d’un costume, un orgueilleux  costume parfaitement ajusté à sa taille, il était ficelé dans un magnifique prince de galle composé aussi d’un gilet du même tissu, d’une élégante ceinture de cuir, costume de ministre, de directeur, costume de réception, de cérémonie, de séminaire, costume de millionnaire et d’homme d’affaire, costume repassé et repassé, et sans plis, parce qu’il était Monsieur de La Feuillandière, président du conseil d’administration des sandéens, attaché culturel auprès de sa majesté, commandeur supérieur des provinces septentrionales, esprit de référence, la sagesse des cabinets, cumulant ainsi avec beaucoup de fierté les principales charges et honneurs de l’Etat, rien que l’évocation de son nom imposait le respect.
À sa suite - je veux dire minute par minute -, l’endroit s’engorgea d’autres invités. Sanchez Garcia Mora, un ex-illusionniste en peine de contrat depuis sa reconversion en plâtrier-maçon-plombier-chauffagiste, Madame Divonne, éminence au Service de la Réinsertion des Délinquants Mineurs, Romain Buck, personnage dont la richesse demeure autant supposée tout autant qu’il n’en dévoile aucun signe, Jean-Marie Dubarrault, un imbu de tout en commençant par son patronyme, une certaine Madame Georges, aussi peu présente en politique locale dont elle revendique nombre primautés qu’elle ne se corrige ici de sa corpulence, bousculant au plus sismique la plupart des coins de table, une autre hommasse du même genre, Mireille Jeansot, certes plus discrète, mais beaucoup moins par la compagnie de son dernier jeune homme : un fort typé méditerranéen appuyant ses origines par outrecuidance du crêpage de son chef, Hantz Karldesberg, un érudit à mes yeux, Hector Falien, Marthe Hagan-Duval, le dit Sagittaire, d’autres à peine identifiables, et enfin Sonia Lanson, avant les retardataires. 
Comment vous décrire Sonia Lanson ?
Vous en parlez comme d’une perle régnant de sa rareté sur l’ensemble des océans serait derechef vous instruire du profond de ma réelle pensée, du moins celle propre et à la fois indécrottable dont souffre le gêne masculin au contact d’une telle créature ; créature qui de surcroît vous fait naître immédiatement le complexe de l’auto-insuffisance.
Sonia Lanson… Une jeunesse, une vénusté, une rareté, vous disais-je dont l’attrait ne peut que terrasser toutes ambitions émanant de ma pâle superbe bien mal étayée. Comprenez que cette femme, comme tant d’autres du reste, s’expose au plus désirable autant qu’elle sous-estime la puissance de sa beauté, et que moi, là, le maître des cérémonies déjà en tant que tel ne pouvant l’aborder, en aucun cas je ne couverais l’idée d’espérer la séduire comme l’ensemble des autres mouches de sexe mâle dont l’emphase reste dictée du pénis. Et puis, je vous le demande, aurais-je  le physique et le charisme nécessaires à conduire une telle colombe dans mes draps?
Les retardataires furent Jacqueline Bonvallain et son époux porte-sac, la normalienne mais néanmoins Sibylline Pauline de La Féolle ainsi que Marc-Alain Leduc, l’abruti fonctionnaire anti-libéraliste.
Le couple Bonvallain, parlons-en une once : Madame s’auréolait exquise et de concetti, un visage non laid mais fardé à en accentuer un déjà inesthétique et notoire rapprochement des deux yeux vers le saillant d’un nez sans trop de discrétion. Aussi, de partout, un âge qui se camoufle de far abusif - Monsieur, lui, de peu l’aîné, porte le grisonnant du sien beaucoup plus obscur.
Madame, volubile et sourcilleuse à la fois, plus gourmée qu’un archevêque italien ; Monsieur, intérieur, peu loquace, oblitéré des dominances et  rutilances de sa dame.
Monsieur gagne beaucoup d’argent, beaucoup Madame le dépense ; voyons qu’ici s’affirme un bel équilibre matrimonial. Cependant personne n’est dupe : ce n’est pas lui qui obtient et jouit du meilleur d’elle-même …
Enfin, avec ces derniers, une poignée d’adolescents non ravis d’être ici, trois hommes de service, une soubrette et moi-même, les lieux étaient occupés d’environ une cinquantaine de personnes. Ah oui !, j’allais oublier deux ravissantes jeunes filles accompagnant Sanchez Garcia Mora ; deux galbes génétiques à vous émoustiller les sens, tout comme Sonia Lanson du reste.
Un bref exposé  encensait certaines récentes dispositions municipales quant à l’aménagement et à l’amélioration des espaces verts de la ville. Ensuite, les débats s’orientèrent sur le véritable motif de cette réunion ; à savoir la création d’un nouveau centre culturel, pour grande part financé du département.
Hector Falien animait lesdits débats. Armand de La Feuillandière aurait du le faire, mais celui-ci préférait se voir ovationné en fin de compte rendu, même si les principaux donateurs de la conception le furent en marge. Indiquons-là, le Buck et les Bonvallain !
Au-delà, apéritif et buffet froid s’offrirent aux convives. Buffet arrosé comme il se doit, et à la conception duquel j’y avais beaucoup épié. Buffet non copieux, mais de quantité quasi double à la réelle capacité d’absorption de la plupart des gens ici présent.
À l’exception peut-être de Madame Georges, tous avalaient plus d’air qu’ils ne consommaient cette alimentation pourtant raffinée.
Et peu importe le gâchis, il demeure à la charge du contribuable !
Vous me connaissez, mais ce n’est cependant pas là que j’entamerais un autre débat de ma nature à produire des effets nous égarant du sujet initial.
Le sujet initial, venons-en.
Déjà, vers 22H00, je remarquais l’absence prolongée de Marthe Hagan-Duval, puis celle du Sagittaire en observant davantage. Me tenant en permanence au lieu du seuil de l’unique accès, ne les ayant donc pas vu sortir, j’en supposais que tout deux s’étaient accordés une intimité dans l’une des pièces annexes – l’usage des toilettes aurait été d’une durée beaucoup plus courte.
Aussi, je ne m’en alarmais guère plus que cela, d’autant que le romanesque de la vie privée des gens ne me concernait en aucun cas, mais vingt minutes plus tard, c’est la voix criarde de Madame Spen’sêth qui attira mon attention vers la salle des cérémonies. Elle affirmait à tous, cette Madame Spen’sêth  (à même ceux qui ne voulaient l’entendre), que son mari venait de disparaître. Bien entendu, elle en vint à m’interroger sur son éventuelle désertion par la grande porte.
Je ne suis pas aveugle, et ma réponse demeura formelle sur le point :
 « personne n’a quitté l’endroit… » 
D’autres, ayant visité les parties sanitaires, confirmèrent que celles-ci restaient inoccupées. Un mystère commençait donc à poindre !
De surcroît, l’Hagan-Duval et le Sagittaire n’avaient toujours pas réapparus. De cela, vous me comprendrez,  je n’en mentionnais rien.
Et puis, dans le courant de la soirée, le problème vint à s’épaissir.
Ce fut au tour de Monsieur Milime d’informer de la disparition de Madame Divonne à l’ensemble de l’assistance, tandis que la grosse Georges faisait remarquer celle de Romain Buck et d’un autre personnage m’étant inconnu. Puis, trois autres inconnus, vingt minutes plus tard.
Où donc pouvaient se trouver ces gens ?
En tant que responsable de tout, y compris de la sécurité, je ne pouvais qu’intervenir sans me faire prier ; ne serait-ce que pour le principe  démarrer une enquête, ou même faire semblant. D’autant qu’à la dernière disparition constatée – entendez celle d’Hector Falien -, la quasi majorité de l’assistance se regroupa dans le hall, tout autour de moi.
Je tentais bien maintenant d’user d’un plastron dominant afin d’éviter l’intervention de la police, comme certains le suggéraient, mais une évidente impuissance à l’analyse de cet épais mystère autant que les invectives de Madame Spen'sêth, réitérant ses strident propos malveillants à mon égard, m’interdirent presque aussitôt la gestion exclusive du problème. Alors, Monsieur de La Feuillandière proposa de s’agglutiner par équipe de dix, et ainsi visiter l’ensemble de l’immeuble, angle par angle, afin de s’assurer de la réelle disparition totale des soi-disant disparus.
Un autre, Jean-Marie Dubarrault, ne manqua pas de noircir les risques de cette expédition en me demandant si je n’avais pas de longues cordes pour relier toutes ces équipes aventurières à l’entrée principale de l’établissement, devenue, pour l’heure, la sortie de secours. « Question de sauvegarde », devait-t-il ajouter.
Et oui !, à l’écoute de cette dernière mise en alarme, le résultat typique de l’espèce humaine fut prompte à souhait. En pas cinq minutes, dix huit personnes quittèrent les lieux par la grande porte sans même finir le contenu du verre qu’elles tenaient en main. Restèrent donc avec moi, outre mes trois hommes de service et la soubrette les accompagnant, la plupart des gens nommés précédemment à l’exception des plus couards d’entre eux, tel Henry Silvien, Madame Jeansot et son maghrébin. Egalement Milime, Leduc, le fameux dit Dubarrault, créateur de la panique, et son idée de la corde avec.
Néanmoins, la nécessité de visiter l’immeuble au plus ratissant s’imposait tout de même. Pour ma part, ici je n’eus guère le choix de me soustraire des commandes de cette éventuelle mésaventure.
Vous rappellerais-je que, pour tous, j’étais devenu l’idoine ?…
Je m’exécutais donc suivi de tous, tel un meneur d’émeute.
Bien sûr, quelques uns voulurent faire cavaliers seuls. Peut-être dirions-nous que mal leur en prit, car le résultat en fut qu’ils s’éclipsèrent à la vitesse des précédents constatés disparus. Nommons là, l’un de mes hommes de service et Pauline de La Féolle : une certaine plus fine que d’autres !
Et puis, les premières réalités s’imposèrent.
Au passage, je vous rappelle que de ceci, et de votre simple analyse , vous aurez aisément compris que tant que Sonia Lanson n’avait pas, elle, disparue, aucune particulière alarme n’aurait eu la prime faculté d’encombrer mon âme , celle-ci d’autant plus fataliste qu’elle devait rester neutre en toute circonstance. Oserais-je là, vous reparler de Sonia Lanson ?
Oserais-je vous avouer, que plus le monde - ce beau monde -disparaissait, plus les affres collectifs m’isolaient au plus près de cette perle qu’était Sonia Lanson ; cette fée qui aurait eu toutes les forces à m’interdire de vous écrire ce jour, à m’en obliger le respect du contraire….
Observez-là, et je vous y invite, ce que représente la faiblesse d’un homme ;  entendons celui que Dieu eut créé, je vous le rappelle…
Et là, j’aurais beaucoup à dire, sur mon pitoyable destin entre autre…
J’aurais à dire sur cette indéfinissable cohérence, incohérence des relations affectives, et disons les humaines.
Moi, Sonia Lanson, je l’aurais dévoré, je l’aurais fait rêver comme humble je pense avoir fait rêver d’autres ;  je parle de celles qui m’ont, à leur tour, il vrai, fait rêver.
Sur terre, non n’est plus mirifique que ce que l’homme désire, à l’instant où il le désire. Hélas, tout comme l’homme que je suis, ce mirifique échappe souvent à cet homme.
Ci-dessus, j’avais presque évoqué cela, et de cela, à cet endroit, rejoignez mes déceptions.
 Bref, ce qui fut baptisé de séisme, de catastrophe, ce qui fut qualifié de mystérieux, d’effrayant des propos fusants, peu à peu amplifiait, étayait mon espoir d’un instant me trouver seul avec Sonia Lanson. Ici, épiez donc mon hypocrisie quant aux élans  dramatiques au plus dépourvus de sincérité que je pouvais émettre niaisement à la connaissance de ces progressives et fameuses disparitions. Observez aussi, qu’à peine d’un bras timide, je retenais au mieux l’unique, celle qui, quoi qu’il arrive, je souhaitais voir s’éclipser la dernière.
Les premières réalités, venons-en. Nous visitions toutes les pièces du rez-de-chaussée, une par une, et de fond en comble, puis celles de l’étage, par le grand escalier situé à l’ouest de la salle des cérémonies.
Partout, rien, toujours rien, pas donc la présence pas plus des corps que de l’une des âmes reconnues dissoutes depuis nos débuts du constat.
De retour au bas de l’immeuble, revoyant encore, toujours moi devant, les endroits déjà inspectés auparavant, le phénomène s’épaissit croyez-moi fort mystérieusement.
J’ouvris une première porte donnant sur un bureau très récemment contrôlé, et là, le lieu avait très conséquemment été modifié. Comprenez, qu’au seuil de ladite porte, j’observais, pour ma part - et que pour ma part -, un brouillard gris situé juste derrière.
Une nébuleuse forte opaque et dense apparaissant et s’imposant audit seuil de cette même porte en nous y interdisant l’accès. Une curure aérienne, inodore, immobile, et d’un gris perlé stable, uniforme à en faire frémir la plus entreprenante de nos témérités, du moins la mienne, car il fut évident que les autres (je veux dire ceux m’accompagnant) n’observaient pas la même chose que moi.
Ici, j’en eu pour preuve l’imprudence aveugle de Monsieur Bonvallain qui s’introduisit dans les lieux sans tenir compte de la bizarrerie. J’alertais et retenais son épouse s’apprêtant à le suivre.
«  Votre mari vient de disparaître à son tour », lui dis-je en prenant soin de refermer la porte ci-dessus mentionnée. Du reste cette dernière certitude se confirma, puisque l’homme  ne revint jamais, et même au terme de longues minutes de cris, de commandements et de supplications émanant de Madame. Elle me pressa de rouvrir la porte, et, à présent, constatait ladite nébuleuse. Pour demeurer plus clair, voyez que tous percevaient ce phénomène, mais avec un temps de retard sur moi.
Ce qui, vous l’aurez compris aisément, les plongeait immanquablement dans cette mélasse, dans cette fange aérienne que moi seul observais et qu’ils ne devinaient, par conséquent. Seconde   étrangeté, vous l’admettrez !...
Ainsi, ce fut au tour de Madame Georges de s’éclipser de la même immédiate promptitude, et sous mes yeux, tout comme Monsieur Bonvallain. Comprenez-là que cette grosse dame ne perçut guère plus mes alertes que toujours la réelle nuageuse situation régnant derrière une autre porte visitée de la même façon. Et puis d’autres à sa suite et, sans mon constat, puisque disparitions parallèles…. Apprenez-là celle de la soubrette, du dernier inconnu et de Sanchez Garcia Mora, probablement ici devenu téméraire indépendant à mes avancées faiblement assorties d’autorités.
Poussé par les derniers qui restaient auprès de moi, j’entrepris de gravir l’étage à nouveau.
Par l’escalier principal ce fut hors de question ; il n’était plus !
Puis, par l’escalier de service s’en fut de même…
Impossible donc d’accéder au niveau supérieur.
La nébuleuse grise précitée s’imposait de partout, et obstinément avec un temps de retard sur l’observation des autres. Les autres qui ne tardèrent pas à constater cet avantage en ma possession ; disons cet avantage quelque peu surnaturel au regard dudit phénomène étrange qui nous cernait tous. Navrant autre constat à mes uniques dépends, c’est que beaucoup me considéraient alors comme partiellement orchestrateur de cette estimée chinoiserie non des moins insolites, et surtout des plus malséantes.
L’angoisse progressivement commandait donc à tous de quitter les lieux quasi dans l’urgence.
Hélas, cette prompte sauvegarde estimée de garantie certaine ne fut absolument pas confirmée, une fois en extérieur.
N’avions-nous pas franchi l’angle nous engageant dans la rue perpendiculaire à celle accédant à l’immeuble de notre cérémonie, qu’aussitôt, je constatais la totale disparition de tout le quartier situé derrière nous, et toujours remplacé de visu par cette nuageuse grisaille ayant indubitablement transformé la soirée. Avec ledit quartier, j’ajouterais l’évaporation de ceux ayant eu la mal pensée de ne pas me précéder dans notre fuite. À savoir, deux adolescents, trois autres inconnus, Hantz Karldesberg, un de mes hommes de service, encore et dommage, l’une des deux ravissantes ayant accompagné Sanchez Garcia Mora dans cette reconnue maudite  réception dont j’étais l’unique organisateur, paraît-il…
Mais qui pouvais-je moi si le monde disparaissait derrière nous à une vitesse supérieure à celle que j’aurais souhaité le voir cependant disparaître  - excepté Sonia Lanson, bien entendu ?
Le désolant constat que ce monde s’évaporait derrière moi fut attesté par – oserais-je dire les survivants de cette date apocalyptique ? - , en tête, Monsieur de La Feuillandière, maintenant l’unique représentant de la gent masculine m’escortant, puisque mon dernier serveur s’était volatilisé dans l’espoir de porter secours à son collègue.
Et là, notre éminence voulut s’emparer des rênes de la sage décision à prendre. À savoir celle d’évoluer dans les autres rues et artères de la ville tout en restant auprès de moi qui, semble-t-il, demeurait pourvu, fourni d’un don de perception sécurisant quant à leur avenir ici fort supposé en danger.
Autrement formulé, par le pouvoir de convaincre de ce Monsieur, je devenais instantanément l’unique possibilité de salut de l’ensemble de notre groupe restreint.  Celui qui devait justement s’aventurer, sous l’obéissance de mon unique intuition, dans certains endroits de cette ville qui s’obstinait à fondre au-delà immédiat de notre simple passage.
Encore une fois, les arguments et consciences de La Feuillandière furent confirmées.
Plus nous avancions, plus les réalités s’imposaient. J’entends toujours ici celles qui garantissent que tant que je suis là tout reste et demeure ce qui est – un arbre, un trottoir, un immeuble, un  individu - ; si je ne suis plus là, tout devient ou se mêle à fange grisâtre et sans nom.
Quelle euphorie lorsque j’y repense !
Etais-je devenu un demi-dieu ?  Une sorte de composante spirituelle gérant les vicissitudes de notre univers ; celui-là même dont les règles m’exaspéraient ?…
Cet univers, n’était-il pas qu’une illusion dont j’avais inconsciemment désiré voir s’auto-détruire  ce soir ?
Aussi, étions-nous tous devenus les victimes d’un mauvais rêveur, comme je l’évoquais plus haut ?
Et, au plus simple, ne serait-ce pas moi qui rêvait ?...
De toutes ces questions, faibles et non préoccupantes, je dois l’avouer, la seule à laquelle j’apportais une réponse satisfaisante du cas, ce fut celle qui résuma dans mon âme initialement hédoniste, qu’à présent, Sonia Lanson, s’étant jugée en danger de je ne sais quoi, voyait alors en moi la seule capacité de survie dont rien déjà que sa main, cette fois serrant la mienne, le prouva. Et ici, ce ne put être le second mâle de notre équipée réduite le plus apte représentant des attributs  masculins à motiver une femme ; qu’elle soit jolie ou non !
Pour ce qui est de la suite et fin de cette bénéfique cérémonie, je dois conserver une honte toute relative quant à l’étai de mon dessein.
Je vous le redis, Jacqueline Bonvallain, Sonia Lanson, la seconde ravissante et de La Feuillandière convinrent que leur sort dépendait exclusivement de ma proximité permanente, et s’entendirent peu à peu que leur survie – du moins leur présence dans un espace normal - en dépendait sans conteste. Inutile donc d’ajouter que tous décidèrent de ne plus jamais me quitter avant que le phénomène destructeur qui ombrageait particulièrement cette soirée ne s’estompe de lui-même aussi miraculeusement qu’il était apparu.
Néanmoins, la perspective qu’il perdure ne fut exclue de personne !
D’ailleurs, pas même de moi-même qui ne devais tarder, en discrétion, d’envisager cet avenir probable fort passionnant s’il me condamnait à demeurer auprès de celle que je convoitais.
Voyez que c’est de cela que ma honte se légitime, car mon plan immédiat fut d’apporter suite à la prime intention  de me débarrasser des autres ; et dommage pour la dernière ravissante !
« Restons groupés », leur dis-je.
De cela, je pensais derechef plus ou moins le contraire. Là, je veux dire que déjà, mon intention de les voir se perdre, tout comme les autres auparavant, cherchait le moyen le plus assorti de détermination à rester seul avec ce joyau inestimable qu’est Sonia Lanson.
Pensée d’extrême égoïsme, j’en conviens, et pire, l’acte allait suivre…
L’analyse correspondant le mieux à justement mon cependant non faible esprit d’analyse – en toute modestie – m’apprenait, entre autre, que les circulants derrière moi demeuraient davantage vulnérables à l’indubitable  triste situation.
Comprenez donc que mon esprit de solidarité devait absolument déserter l’ensemble de mes réflexions, mon civisme également somme toute, mais pardonnez-le moi, mon désir imminent de rester seul avec la jolie femme fut le principal moteur de mes actes vils.
Entendez ceux qui me poussèrent à trouver l’occasion, en couple, de nous isoler des autres.
L’occasion vint, et je vous sens l’espérer, vous mes lecteurs, car n’oubliez jamais que l’on se ressemble. N’oubliez jamais qu’une part d’identisme nous unit, en tant que non démoniaques certes, mais naturels humanoïdes que notre créateur l’a peut-être maladroitement orchestré.
Maintenant, j’avoue donc, que mon désir de conduire Sonia Lanson dans mes draps obtint ici l’unique occasion de toute une existence, l’occasion de s’assouvir d’un plaisir, lui aussi d’un nom à peine connu puisque le nom du culminant. Ajouterais-je du supra culminant ; pour moi alors du culminant inconnu ?
Certes, une seconde occasion aurait pu envahir de remords ma scrupuleuse structure génétique ? … Il est vrai ….
Mais, vous reparlerais-je de Sonia ? ; de mon impatience à lui visiter l’intérieur du caraco ?
Et que Dieu me pardonne, quoiqu’il arrive,  je trouvai le moyen de nous soustraire de la présence des derniers humains nous accompagnant.
Menant la troupe à la découverte de nouvelles chaussées pas encore annulées de notre passage, je prenais soin de nous faire précéder par celle exclue – je le répète – des victimes de mon abjecte trahison.
Distancer les encombrants ne fut pas aise, mais pensez bien que ma fourberie, non supposée dans l’âme des sacrifiés, découvrit cependant l’astuce pour se faire.
Prétextant alors devoir agir en éclaireur quant au choix des ruelles à parcourir, je m’écartais du peloton, toujours avec Sonia bien entendu, et sournoisement nous franchissions à la hâte l’angle d’un carrefour, ceci afin de nous totalement dérober à la vue des autres.
Résultat obtenu, comme je l’escomptais : cas identique aux précédentes désolations…
Notre espace juste quitté avait disparu ; avec lui les trois personnes qui me gênaient.
Là, vous aurez compris lecteurs, la joie que me procurait cette réussite, certes réussite probablement onirique, illusoire donc, mais réussite malgré cela…
Tout fut donc prolifique au mieux puisque ma future concubine ne perçut de ce dernier constat  d’autres issues que ma main, mon bras la conduisant, j’insiste, probablement vers une sauvegarde dont Dieu lui-même ne pourrait ici me blâmer.
Voyez pour cette nuit que j’eus, puis depuis toujours obtenu dans mon lit, la sublime et pourtant comparable Sonia Lanson.
Ps : Eh !, lecteur, comprenez à présent que je suis devenu tout de même son esclave.


Laurent Lafargeas, 1981.
ed.17.06.2008








 


























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