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Musique de Vincent Lafargeas. Concerto pour piano et clarinette en A minor (andante)
Jean-Luc
V
Durant les deux heures de route inévitables au retour, Géraud ne cessa de s’enflammer en bombardant Orlande d’impressions et d’éloges intarissables quant à la jeune fille dont ils venaient tous deux de faire la connaissance.
- Mon savoir doit être encore bien faible à juger ou voir simplement à estimer les structures d’une véritable merveille, mais je nourrirai longtemps l'avis qu’il n’eut été créé une telle harmonie vivante depuis l’origine du monde. Aucun artiste ne pourrait mieux représenter Aphrodite qu’en s’inspirant de cette enfant de Jélénia.
- C’est très justement que tu évoques ta carence de sagesse en ce domaine car, pour ma part, l’expérience m’obligerait à conclure qu’une belle femme, puisse-t-elle être la plus miraculeusement née, la plus voluptueusement façonnée par les ans, n’en demeure pas moins amoindri d’attrait lorsque ton regard se trouve porté sur une autre femme toute aussi belle. Aucune n’est exceptionnelle; elles sont toutes désirables ! Et notre désir est ici l’unique commandeur autant de nos illuminations, éphémères pour la plupart, que de nos élans qui nous poussent à en jouir.
- Alors, qu’est-ce l’amour dont beaucoup mentionnent et dont il me semble aujourd’hui être plus convaincu de l’universelle énergie que l’idée niaise m’encombrant à peine jusqu’à présent ?
- C’est en effet, la plus importante, la plus forte des pressions qui régissent le monde. Elle ne détient malheureusement pas la prépondérance qui lui serait due. D’ailleurs, cela s’explique par ton ignorance actuelle sur le sujet. Détestablement, l’humanité choisira toujours d’autres motifs aux dogmes qu’elle enseigne, et crois-moi, je le regrette sincèrement. Maintenant, la chose n’offre pas que de l’aisance. De l’amour, on n’y gagne pas toujours des années de concrète expérience, on lui fait toujours trop don de l’efficacité de nos tâches. Du reste, on en néglige les priorités, on s’attarde avec plus qu’il ne le faudrait, on brave même ce qu’il est pourtant de survie d’éviter. L’amour, c’est comme une sorte de mal chronique qui altère nos repos nécessaires ; disons que nos comportements ne sont plus ceux du meilleur de convenance. Parce que les instants de joie qu’il nous accorde, il est vrai, nous conduisent, malgré tous les dangers, à obéir au souvenir que l’on souhaite renouveler. L’amour, il ne s’agit pas toujours que d’affection, ni de relations spécifiquement charnelles, et c ‘est bien pour cette raison que cette énergie n’opère trop souvent que dans un sens, laissant l’autre sens, celui du ou de la concernée, totalement imperméable. La solitude, par exemple, cette solitude que je connais bien puisqu’étant ma seule compagne depuis des années, elle demeure autant capable de s’exiger comme une situation vitale et nécessaire que de devenir une misère d’une telle dépression que les maux qu’elle véhicule poussent aux pires finalités, à défaut de devenir anatomiquement continuels et inguérissables. Ensuite, il y a l’écorché vif…, mais je t’en parlerai plus tard …
Orlande s’égarait probablement là sur l’une de ses lointaines vies personnelles. Un passé non sans amertume, à en percevoir le ton laconique qu’il employait, mais, de son côté, Géraud ne souhaitait pas ni en connaître plus, ni s’en émouvoir. Pour l’heure, il n’avait que d’intérêt à sa récente passion.
- Je ne saurais entretenir, en ma conscience, qu’il me soit interdit d’aborder les ravissements de cette folie dont vous me décrivez si évasivement autant les fortunes que les réelles punitions qu’elle nous impose.
- Mon garçon, éloigne-toi de ce mauvais songe qui, pour sûr, ne tarirait pas d’enjoindre à ton âme des flots d’ambivalence. Tu te lies bientôt à une autre, qui m’a-t-on dit n’a rien à lui envier.
- Voudriez-vous me faire épouser l’ennui ? Comment puis-je m’unir, m’engager à Dieu avec celle qui ce jour n’est qu’un nom tout en cédant mon bonheur connu à un étranger ? Voudriez-vous donc que je me déporte de ce dit bonheur, à présent vêtu d’une irremplaçable image de vénusté, et ceci au gain d’un autre méritant, ou pire d’un vil ?… Alympe !…, rien que l’écoute de ce baptême réveille une mythologie…L’avez-vous bien vu, Orlande ?… La vertu en est seule créatrice. Elle est perfection sans fierté, pureté sans exigence, elle se nomme volupté, elle est fille de délicatesse et sœur de fragilité, elle a le timbre aussi doux qu’à l’entendre on croirait la toucher comme l’on toucherait la plus belle des étoffes orientales.
- Je ne sais si je l’ai vu comme tu me la dépeins, mais j’aperçois ton emportement à son attention comme apte à élever le courroux familier de ton père. Son accueil de cette impétueuse description pourrait être effrayant !
- Qu’aurait-il à tanser sur le sujet ?
- Oublierais-tu qu’il planche sur tes noces depuis plus d’une année, qu’il en œuvre en cause essentielle à sa gestion, qu’il s’en affaire des matines aux vêpres, et, qu’à la veille d’une conclusion bénéfique pour lui - pour toi, certainement -, tes nouvelles et frivoles déclarations auraient tout le caractère d’effondrer ses projets d’importance hautement politique ? Également, aurais-tu l’intention, pour le simple aperçu d’une donselle à peine allaité, nous faire subir, à moi et à toutes les personnes de ton père, son humeur intarissable de volcan sicilien ?… Par pitié, mon garçon, écarte-toi d’un mirage qui ne saurait guérir l’épidémie à laquelle, non sciemment, tu te livrerais, et à laquelle ta déception serait probablement encore plus violente au-delà de tous traitements : une misère identique à celle d’un fondeur de cloche qui découvrirait le vide en démoulant ! Je te le demande en ami, soit plus apte d’ignorer ce qu’il demeure interdit à ton rang.
- Mais, cette jeune femme est noble, Orlande !…
- Sans aucun doute, elle est noble ; hélas d’une maison que tes ancêtres ont juré puis péri afin d’un jour voir anéantie.
- Qu’elle est donc alors cette diplomatie fourbe que nous sommes venu traduire et confirmer ?
- De la stratégie Géraud, de la stratégie nécessaire en ce jour pour que nos batailles se dérangent au profit du mariage. Crois-tu un instant que ton père s’aliénerait aux assassins de ses aïeux d’une manière définitive ? D’ailleurs, il m’apparaît inconcevable, qu’à l’avenir, il n’ait perdu le dessein de t’enseigner cette haine : ce patrimoine t’appartenant, et qui reste celui d’occire toutes âmes nées de Jélénia.
- Je viens de rencontrer une fée, l’incarnation d’une déesse peut-être, et mon père, vous-même, exigeraient qu’un soir ou un matin je la tue au nom d’une ancestrale querelle dont je ne fus ni l’acteur pas plus que le témoin : une folie à sa base, et sans aucun doute qu’il me serait impossible de perpétuer sans la moindre raison personnelle. Orlande, m’enjoindrais-tu à devenir stupide comme un cierge éteint ?
- Non, je te l’avoue pour ma part profonde, mais il me reste en devoir de t’avertir de l’état de l’arène dans laquelle tu vas pénétrer si tu persistes dans ton idylle. Ton innocence juvénile et le regard des tiens vont assurément se noircirent en essuyant maintes larmes et moult décevances.
- Par pitié, à mon tour Orlande, devenez mon allié. Comprenez-le, je ne puis, survivant à mon père - et même avant cela -, prolonger ou cautionner un conflit que je juge parfaitement inutile autant que contraire à ce que je pense être l’amour venant d’apparaître entre nos deux châteaux.
- Là, tu y vas vraiment fort, mon garçon. Rapporte cela en direct à notre retour, et nous verrons la guerre plus meurtrière chez nous qu’en extérieur… Ah, les jeunes, que d’étonnantes véhémences et certitudes ils vous obligent à estimer !…
- Je ne peux satisfaire aux volontés de mon père en épousant cette Améliade sans avoir davantage fait la connaissance de cette perle dite mon ennemie. Entendez, pas une once de soumission à convenir aux besoins de famille sans savoir la nature exacte d’un meilleur choix… Que, d’ores et déjà, le ciel me reçoive s’il doit en être autrement !
- N’abuse pas de ta fougue; le ciel est capable de t’attendre encore un peu…J’accepte de te venir en aide. Du moins si l’on m’interroge, au mieux s’il me vient d’autres idées efficaces, mais pense, de ton côté, que nous accompagnent plus d’aises d’aborder le lion par le flanc que de risquer son regard et ses dents. Reconnais-là ton obstacle; il est de taille !… Vois, nous approchons du levis. Au-delà, ne chevauche pas en vainqueur. Du reste, il n’est encore rien convenu. Dis que la mission fut pour le mieux, mais qu’elle demeure, malgré cela, non complètement entendue, que le deuil Jélénia est trop frais pour accueillir pas plus de nouvelles rixes que nos desideratas. Façonne-toi plutôt la mine d’un navré que celle d’un deuxième fois né. En revanche, et plus en secret, entreprends ta mère sur le sujet. Je ne l’approche peu, mais je m’interdis de croire qu’elle aurait l’oreille close aux embrasements de son fils.
Apporte-lui les détails de ta joie, et fais en ta complice. Nous inventerons bien, par la suite, quelques fatigues chroniques ou autres maladies inguérissables annulant, par les voix du royaume, l’intérêt de cette union, aujourd’hui programmée.
La Saint-Jean est encore loin !…Sans heurt et dans une totale discrétion, il te sera plus fortuit et de plus sereines réflexions de renier ou d’apprécier ta belle avant de l’engager.
VI
La journée avait été sans pluie. À la chasse depuis le matin, Foulque d’Ivanec n’était pas encore de retour. Ce qui amena Orlande à rendre son rapport incomplet de la mission tard dans la soirée. Par contre, Géraud, lui s’empressa, selon les conseils du régisseur, dès son arrivée, de relater à sa mère, Adélaïde, tous les détails de leur expédition ainsi que les effets qu’il ressentit au contact de l’héritière de Jélénia . Adélaïde s’en amusa beaucoup, mais par la suite, d’innocente et modeste nature, elle ne put dissimuler très longtemps cet enjouement puéril auprès de son époux, quant à lui fort dans l'art d’insister sur le faux afin d’entendre le vrai.
L’hiver aussi insistait dans les couloirs d’Ivanec. Seul le donjon, chauffé depuis la veille, accordait l’aisance nécessaire à de longs entretiens.
Au matin, Foulque, informé, pas encore trop mugissant, fit venir Orlande à ses questions:
- de vos dires de la nuit, je vous serais gré de me servir une seconde mouture. Votre fatigue, aurait-elle inachevé vos aliaisons ?
- Mon sire, je vous ai rapporté l’essentiel.
- Je le crois, je le crois sans conteste. Je ne vous imagine pas d’ailleurs y joindre une herbe de mensonge… Mais n’avez-vous rien observé de plus incongru, disons rien d’étrange aux prestations de mon fils ?
Orlande comprit instantanément que la mèche avait été vendue plus rapidement qu’il l’avait escompté. Cependant, sécurisé par l’apparente bienveillance de son maître, il estima d’aucun péril à en divulguer davantage.
- Ah, il est bien vrai, mon sire, que votre fils a investi tout son cœur à notre ambassade. J’ajouterais même que si cette dernière aboutit en notre faveur, le mérite ne pourrait lui en être soustrait.
Foulque s’impatienta:
- n’avez-vous pas remarqué qu’il s’enflammait à l’approche de la jeune fille qui vous a reçu ?
- Je n’y ai porté la moindre attention; du moins, pas plus que celle que je porte de coutume aux grains d’ivraie.
- Dites qu’il fut courtois plus qu’il ne l’aurait fallu. Dites que c’est d’un jeu qu’il discourut.
- Ce fut un peu cela, il est vrai !…Il émit tant de calembredaines que je ne croyais plus reconnaître ce fils - le votre - de celui qui recueillit les bénéfices, durant de longues années, de notre utilisation, expérience et bonne pratique des mots. Il fut méconnaissable !
En disant cela, Orlande avait tenté maladroitement de déguiser le secret par de l’enfantillage sans intérêt.
Pour le seigneur d’Ivanec, il en fut autrement; une ombre s’abattait sur son autorité autant que sur l’avenir de sa maison. Il estimait, pour sa part, que Géraud n’était plus un enfant, aussi qu’un tel rapprochement, futile soit-il, ne pouvait absolument pas se concevoir. Déjà, rien que le nom " Jélénia " le faisait bouillir dans son bliaut. Là, pourtant, il n’en était qu’au début de l’infortune de ses constats, car Géraud, arrivant, compris aussitôt les difficultés d’Orlande, et, plus familier avec son père, s’introduisit dans les lieux accompagné de la non moins malavisée des franchises. Adélaïde, le devinant, se porte à son devant.
- Géraud, ton père fut sourd à mes suppliques. Je crains, mon fils, que jamais il ne scelle son consentement à ton nouvel amour.
- Je soupçonne bien cela… Il lui faudra néanmoins l’entendre, répondit le jeune homme.
Foulque, excédé, se propulsa de la chayère qu’il occupait.
- Et que faut-il entendre ?…Que tu t’emploies à faire annuler tes noces ?... Que tu t’allierais à nos pires ennemies ?…Quelles autres viles paroles auraient ici la mauvaise science de nous étouffer davantage ?… ; quoi de plus à coiffer cette folie ?…Quoi de mieux inepte encore, devrais-je acter ?…
Puis, ralliant son fils au plus près, il ajouta:
- chasse de ton esprit ce maudit rêve; je te l’ordonne.
Géraud, probablement porteur des gènes impétueux de son ascendance directe, rétorqua sans faiblir.
- Qu’il me soit donc interdit de rêver à autre chose… À présent, d’épouser celle que je n’ai jamais vu en abandonnant celle que j’aime équivaux, mon père, à épouser mon cercueil bien à l’avance de mon trépas.
- Ecoutez donc ce paltoquet. Il s’obscurcit l’âme à la simple vue d’une croupe bien galbée ainsi qu’une gorge haute, et le voici qui nous verse des préceptes sur l’amour en y mêlant l’éternel. Oublierais-tu que nous ne sommes que des hommes ?… Et puis, elle est bien trop jeune ; autant dire que tu brouterais les sépales avant l’éclosion.
S’enticher de la sorte d’une joliette à peine sevrée…
Voyez cela ! vous aliver, vous nourrissez un destrier pour qu’il gagne la vigueur, et, dès qu’il l’obtient, il court au champ saillir la première jument…
Ici, la fureur du châtelain se mêlait presque à de l’hystérie avant de s’abattre sur tout le monde présent:
son épouse, Orlande, Fambert et Krestan qui venaient tout deux d’arriver.
- Son alliance est fixée - à ne pas surseoir - pour la Saint-Jean prochaine, et rien n’invalidera ce jour d’opulence. Déjà, il nous faut se démunir aux étals pour cette date, et avec la juste science dont je n’ai pas coutume. L’affaire n’est pas si simple; il ne s’agit point de vitaille, convenez-en !
Puis, reprenant le cours de ses invectives à l’adresse de son fils, Foulque devint peu à peu agressif.
- Nous n’étions que peu salutaire à l’estime de nos suzerains ; de se rétracter à nos propres avances, comme balourdement tu l’envisages, guiderait au sein des pires abîmes toutes espérances d’avenir serein, autant pour moi que pour le legs qui t’es destiné. Ainsi, notre castel, fort mal estimé, va se muer en home de toutes les vitupères ; ceci, avant qu’il ne soit plus que home de chaume…
D’Ivanec ne sera plus qu’une fable !…
Sache qu’en revoyant cette donselle, tu outrages ton nom plus de cent fois par minute. Une liaison ancillaire demeure mille fois préférable à cela…
Apprends également que si tes rêves te conduisent une seconde fois vers Jélénia, je t’enverrais au cloître. Là-bas, ils t’enseigneront le pourquoi et comment l’on use de raison pour vaincre les chimères. Ils te façonneront promptement à dissoudre tes caprices. Que crois-tu ?…, que le temps dont Dieu nous accorde n’est utile qu’au gré de nos désirs.
Géraud, tout autant explosif que son père, se situant malgré cela au bord des larmes, n’altéra aucunement la finesse de son insolence.
- Qu’est-ce cette universelle théorie qui réprimerait tous désirs ?… Je ne partage pas cette conception de l’homme qui s’aveuglerait à l’approche de son réel confort dans le dessein de satisfaire autant son orgueil déplacé que de parfaire à une existence soumise et respectueuse, selon vos termes, à l’image de ce qu’il devrait être; lui, ce pauvre homme !…Dites-moi ici, mon père, quelle puisse être cette prime image, cet absolu masculin qui nous interdirait l’usage de nos facultés instinctives, mais non moins spirituelles pour ma part, toujours trop faibles et toujours trop avortées par un essaim de dogmes qu’il nous reste impossible à éviter, voire à s’extraire, ne serait-ce qu’un moment pour qu’une quelconque lumière puisse nous enrichir de ce qu’il y aurait au-delà de ce conventionnel stérile et parfois complètement obsolète ?
- Tes lectures de gestes athéniens t’on amoli l’esprit, mon fils, répondit Foulque en détournant son regard sur Fambert.
- Retournons à nos forges, nous avons plus à y faire que d’ouïr de telles inepties susceptibles de nous arracher le cœur de tout ouvrage…
Ce n’est pas de l’amour, c’est de la liesse d’errant !
Puis, revenant sur Géraud le bras levé, il ajouta :
- au diable cette main qui se retient de te molester…Orlande, songe dès lors à lui corroyer sa fougue. Tâche de le détourner de cette idylle, et veille à ce qu’il ait de meilleures pensées bien avant la Saint-Jean. En attendant, il ne lui sera autorisé de quitter cette enceinte…
Et vous, en cela, Fambert, que vos factions se munissent d’un troisième œil ; ce jeune aliéné pourrait se jouer d’une surveillance qu’il jugerait davantage paisible que le feu brûlant en l’arrière de l’inconscient qu’il est.
Aussi, parcourez bien les dépendances; lorsqu’un chien rencontre une chienne, c’est à la muette qu’il la conduit.
Quant à toi Géraud, si tu persistes en ta vésanie, crois-moi qu’au risque de m’aliéner ta mère, les Fréan’s et même le roi, je ne me retiendrai pas à t’exiler de ce château sans plus de bien ni d’héritage qu’une escarcelle, une mule et un couvre-chef. Avec seulement cela, moins aisif que tu ne l’es ce jour, très vite te viendront en remords tes obsessions saugrenues.
Tu deviendras porteur de fagots, gueux d’hospice, souffreteux des mille fièvres qu’engendre la disgrâce ; un méconnaissable vêtu de palastrels que les citadins auront autant de respect de ta personne qu’ils en ont déjà, de coutume, pour toutes les bêtes les côtoyant. De cet état, humilié de la compagnie des petites gens, tu apprendras bien que la misère est bonne guérisseuse des consciences; et davantage quand le ventre est vide !…
VII
Depuis qu’elle avait atteint l’adolescence, Alympe de Jélénia bénéficiait des services d’une chambrière qui, depuis l’isolement de Gabrianne, devenait l’unique confidente de la jeune fille.
Judith n’était guère plus âgée !
Elle fut donc la première à recueillir les sentiments, quant à Géraud d’Ivanec.
- Ah que sont ingrates ces heures longues n’apportant aucune salutation des remous de mon cœur, pas plus que de savoir si ceux-ci resteront vains ; savoir même, si je reverrai un jour ce garçon.
Quels seront les arrêts de mon grand-père portés aux suites de cette paix quémandée ?… D’Ivanec, n’enverra-t-il pas d’autres intervenants dont il ne me sera plus commandé de recevoir ?…
Et aucun sage ni réfléchi dans mon entourage qui puisse me dire le comment faire… ; aucune Sibylle pour confirmer que je n’ai rien envahi dans son âme. L’amour, certes est une noble torture, mais elle demeure tout de même une torture !
Comprends, Judith, il ne sait pas que je lui suis acquise. De mon côté, j’ignore encore ce que de moi il a pensé, ce qu’il en désire… À présent, sais-le bien, mon cœur s’est égaré; il est perdu dans l’air, dans d’autres éléments peut-être sans, il me semble, ne jamais pouvoir se rattacher à ma poitrine… Pourquoi ce jeune homme ne m’a-t-il pas bondi dessus ?
Je serais alors moins en détresse de toutes ces questions sans réponses. D’autant qu’il se marie !… Mes excès de ce jour, comme ceux d’hier, ne seraient-ils pas à ranger là où l’on cloître la stupidité ?…Si tel, au-delà de cela, j’aurais beaucoup de mal à entendre parler d’un autre sujet, d’une autre conversation que celle le concernant.
On me répète souvent que j’ai maintes choses à apprendre, que ma jeunesse est une fragilité constamment exposée et en proie au vilain désir qui me guette. Celui-ci, qui est-il ?… S’il s’est emparé de moi, je ne le vois pas comme l’ennemi que l’on me décrit. Pourquoi ma volonté serait-elle à exiler de ce dessein dont le jus maintenant goûté garde l’attrait incontournable de le boire à nouveau ?
Je ne perçois plus le sens de ce qu’il fut dit lorsque l’on m’affirma qu’il reste indécent de s’aimer soi-même, que de se satisfaire est une offense à Dieu, et que le chemin le plus emprunté de cette hérésie demeure celui de s’enflammer d’âme et de corps pour un autre ; entendons un autre de genre humain. Que justifie cette abstinence ?…Et puis, dois-je éternellement me connaître et me retrouver en secret ?… Judith, si ce Géraud doit s’allier en dehors de moi sans regret, sans concevoir d’autres agitations de l’esprit, je veux le savoir et n’userai pas de retenue avant cela.
Quelle peut être légitime l’entité suffisamment en caution d’altérer mes empressements au point d’en causer une éventuelle perte de ma personne ?…J’aime, et je pratiquerai ce verbe à ma guise, ceci malgré toutes les violences que l’on pourrait me faire subir; j’aime et sans murmure, quoiqu’il m’arrive.
En disant cela, Alympe tournait le dos à la porte de sa chambre restée ouverte et devant laquelle stationnait frère Jarris depuis un instant. Ce dernier avait eut ici la totale impolitesse de ne rien faire pour signaler sa présence. Cette sorte de comportement illustrait fidèlement la personnalité de ce moine intriguant, avide et fielleux. Heureusement, la domestique le vit assez tôt pour interrompre le monologue d’Alympe en invitant l’homme à entrer.
Sans la moindre courtoisie à son attention, la jeune fille l’interrogea froidement sur les motifs de sa visite cavalièrement engagée.
Séant à sa fourberie, Jarris répondit à l’une de ses mains couvrant l’autre.
- Sire Robert, toujours dans la peine de ne pouvoir revenir en société, m’a cependant chargé de vous mettre au fait de ses intentions. La raison lui commande d’accepter cette trêve, bien qu’il ne souhaite y joindre aucun sceau… La Saint-Jean est encore loin, mais il me confie le rôle d’accorder son honneur auprès d’Ivanec qu’aucune nuisance ne sera faite, d’ici ce jour, à tous convoiements devant emprunter nos routes.
Une lumière regagna le visage d’Alympe.
- C’est donc la paix qu’il choisit ?
- Oh, un certain nombre de conditions l’encombre, mais rien de contrainte au futur nuptial de ce Géraud.
Ici, la jeune fille n’eut pas l’aisance de dissimuler son embarras quant à la cause de cette diplomatie prometteuse. D’ailleurs, fougueusement, elle voulut en reprendre la gestion.
- Bien ! À présent, il nous faut informer ces gens de la bonne réception de leurs suppliques.
- Je m’y conduirais, je m’y conduirais…En ce chemin, votre grand-père ne désire pas que je m’y empresse. Une autre mission davantage plus urgente aurait la primeur de le satisfaire… Il songe à vous marier, demoiselle…Pas mieux que cette action, m’a-t-il dit, comblerait ce que presse son âge avancé.
- Mais qu’auriez-vous là à y intervenir, Monsieur Jarris ? demanda Alympe, quelque peu excédée de ce projet la concernant.
- C’est que j’ai connaissance de hauts rangs, et au-delà de vos fiefs, des fortunés seigneurs désireux d’unir leurs fils à une noble famille.
Sire Robert me mande de les entreprendre en ce sens, et, comme je vous l’ai dit, ceci dans les délais les plus favorables aux vues de son existence qui s’achève.
- Ma troisième oreille me confirme que c’est vous qui l’avez dirigé vers ce dessein auquel je me refuse; sachez-le !
- Demoiselle, votre père n’est plus; songez de raison et d’obligation que vous allez devenir en charge de l’écu Jélénia.
- Il me tarde en effet, Monsieur, d’affronter le poids de cette bannière, non pas que j’y songe, comme vous le dites, mais pour connaître la joie de vous voir un jour quitter ce château auquel il coûte de vous y abriter.
- Je n’ai pourtant, à votre service, que d’avantageux avis. Ma personne ne sut autrement se vouer à d’autres intérêts qu’à ceux d’Henri et de votre aïeul. Au-delà d’icelui, jamais je ne concevrais rompre cette fidélité ; ce devoir envers votre maison qui constitue, croyez-moi, l’essence même de la divine mission qui me scelle et me cloue à vous.
- Eh bien, n’en faites plus rien ! Apprenez que j’entends rester seule à commander mon mariage, qu’il m’impatiente d’ôter dans l’âme de mon grand-père la mauvaise obsession que vous y avez semée.
Aussi, retenez qu’à votre égard, Monsieur, je ne puis couver d’autres sentiments que celui du mépris… Les dents de vos avanies, de vos patelinages, sont si grandes qu’elles ne peuvent franchir cette porte. D’ailleurs, à ce passage, nous entendons qu’elles y renoncent à jamais.
Paraissant moins offusqué qu’il n’aurait dû l’être à l’écoute de ces invectives dépourvues de ménagements, frère Jarris se retira sans traduire la moindre vexation.
Pour Alympe, ce fut une outrecuidance de trop. Qui, d’un quelconque éminent droit, lui imposerait la forme définitive de sa vie entière ?
Certainement pas ce moine difforme que la plupart des gens du château exècre. Sans conteste, ce félon tramait à son encontre d’un dépit incompréhensible, si ce n’est l’ambition de faire régner le mal partout où le bien tenterait de s’imposer. Alors, malgré son incertitude des réels sentiments de Géraud d’Ivanec, Alympe décida de ne pas renoncer sans agir, et, nerveusement, elle rédigea une correspondance à Monsieur de Mandoret, son oncle, dans laquelle elle le suppliait de faire connaître son amour auprès du jeune Ivanec. Ceci de la manière que sa liberté de mouvement lui plairait d’envisager. Puis, excédée par les dires et par le déguisement de l’autorité de Jarris, elle devint agressive à l’égard de Judith, sa chambrière.
- Porte ce pli à mon oncle, et joins à ton esprit que ta rapidité me prouvera ta fidélité d’ancele. Et, si tu souhaites cloper, comme à ta détestable et chattemite habitude, loue tes services à une autre dame; ma nouvelle, cette missive, ne peut souffrir du moindre retard. À cet effet, que ton bâillement te punisse avant de naître.
VIII
Mandoret est un homme de travail; un homme d’écus, plus singulièrement dit en ces temps. La nature de ses affaires est multiple. Du négoce en production locale: avoine, futaine, chanvre et laine, il opère mille autres riches transactions qui lui permettent de contribuer à tout. Mandoret n’est pas noble, nous l’avons déjà dit, mais son coffre remplace cette carence en plusieurs points. Il n’est pas noble, mais notable en son milieu, et sa vaste demeure en témoigne.
Aussi, c’est l’époque où les marchands, peu à peu, deviennent des sommités. D’autant que, rappelons-le, sa sœur est liée.
Bref ! Héraïl de Mandoret, s’il suscite des jalousies de mauvaises parts, il s’en console aisément et sans plus d’ombrage que cela, car, parfois au-delà de sa volonté même, il demeure fort amicalement entouré. Ici, rappelons également que l’homme est bon vivendier… Pacifique, en tout cas ! Fussent-t-elles les raisons qui firent converger à sa manifeste bienveillance les nouveaux courants contraires à ceux viscéralement hérissés l’un à l’égard de l’autre ? Entendons-là, les guerres Jélénia-Ivanec.
(C’est ce qu’il nous serait sans conteste autorisé de penser).
Orlande vient lui quérir une entrevue, et les âmes batailleuses ni feront rien; ces deux personnages sont amis et très familiers de surcroît. Aussi, réunis en privé, comme à présent, ils se soulagent en réfutant tout exercice de mondanité.
- Ta nièce doit être une fieffée ensorceleuse… ; mon cadet d’Ivanec est devenu fou, s’exclama Orlande en entrant.
- Le contraire eut été moins soucieux, répondit Mandoret, peu surpris de cette annonce.
- Et pourquoi cela ?
- Une soubrette, une bacele sort tout juste d’ici pour me faire dire à ton protégé qu’Alympe, ma nièce, en est éprise à en devenir pie aux fenaisons.
- Eh bien, nous voici donc tous deux autant complices d’une utopie que les maçons de notre future disgrâce.
En cela, les deux hommes ne purent s’empêcher de rire aux éclats.
Héraïl de Mandoret y ajouta tout de même son avis qu’il estimait fort prévisible.
- Je connais bien ma sœur, je connais bien ma nièce; elles sont chair de même mulet ! Vois-tu, de ce qu’elles ont dans l’âme de conviction, ose en extraire le tour d’une pointe d’aiguille à la convenance de ta prime, et tu verras la foudre te retourner les viscères à n’en plus faire autre que de la mèche à limeignon.
Notre vieux Jélénia, pour l’heure davantage sacrifié de lui-même, allant à fin et victime d’un monde qu’il perçoit comme s’effondrant avec son âge (devenu inutile également), ne peut, sans aucun doute, mener une guerre au sens des ses pires ennemis. Et ici, je parle de guerre douce au regard de celle qu’il aurait à livrer à l’encontre d’une seule de ces femmes. J’entends celle à laquelle des deux précitées il aurait la fatale maladresse de contrarier.
- De mon côté, je puis t’assurer que ces galanteries ne sont pas du goût de mon maître.
- Quoi !…, en serait-il déjà informé ? s’étonna Mandoret.
- Et de lui-même, avant les confessions niaises et prématurées de son fils, répondit Orlande. Celui-ci est gâté d’un tel brasier qu’il n’en craint plus les foudres… Héraïl, mon ami, que convient-il de faire afin de redresser les cervelles de ces deux jeunes débutants pourceaux ?
- Ne blâme pas trop hâtivement les innocences que nous connurent dans notre passé : celles peut-être dont nous abusâmes par endroits…
Ici, un instant, Orlande détourna son regard vers le plafond. Mandoret reprit :
- et bien, le contraire de ce que nous dicterait l’obéissance.
- Parle pour toi, ta fortune te protège de tous les orages ; quelque en soit leur provenance !
- Que justifie donc ta présence ici, si elle n’est autre qu’au service de cet hymen incongru ?…
- J’ai donné ma parole à ce freluquet d’Ivanec de lui apporter mon aide – certes, j’aurais dû m’en abstenir -, mais songe à la résolution de son père, des suites incontournables de ses courroux. Aussi étudie bien les avantages au mariage qu’il a péniblement organisé… Etudie toutes les causes opposées à ces ferveurs ponctuelles, et tu accepteras qu’il y ait plus d’aisance à exterminer l’ensemble des tyrans qui règnent encore en Orient.
- Qui te parle d’extermination ?…, qui te ferait voir un quelconque aboutissement par les armes ?… Entends ! partout dans le monde, les armes ont déjà trop parlé ; partout y compris dans nos Hyderlands…
Regarde plutôt qu’il nous appartient de soustraire les meilleurs profits de cet imprévu ; de ce maillon défectueux à la pérennité de cette guérilla d’autochtones qui n’a cessée d’ensanglanter nos plaines et nos collines.
Orlande s’inquiéta (non directement à juste titre) des ambitions de son ami.
- Oh, je vois bien où tu souhaiterais conduire cette opportunité si habilement exposée… Accueille mes excuses ; j’oubliais que tu demeure un habile usurier, un fin commerçant.
- Et alors, devrais-je en avoir de la honte ? rétorqua Mandoret par cette question. Ecoute-moi à présent ; tous les feux de l’enfer jamais ne détourneront ni l’ardeur, ni les exigences de ma nièce – sois en convaincu. Ton Géraud brave plus qu’il ne faudrait – selon tes dires. Conviens donc qu’il m’est alors impossible d’imaginer un autre futur que celui de la résolution générale… Jélénia perd sa vie (je te l’ai déjà dit ) ; ce que me rapporte la chambrière est encore plus précis à ce sujet : le vieux, in articulo mortis, se hâterait de faire épouser Alympe pour garantir ses alleux. Du moins, leurs transmissions. Ici, je doute fort qu’il y parvienne en son sens. Ceci, toujours à la considération du caractère hautement déterminé de ma nièce… Sois persuadé de cela !… Crois-moi, si ton dévoyé persiste à contrer l’autorité de son père se sera alors la paix définitive entre ces deux châteaux ; plus encore (osons l’espérer), leur unification ... À présent, Orlande, grandement fatigué de guerres intestines, réfléchissait aux manières de procéder.
- Il nous faut des alliés, s’exclama-t-il. Si ce n’est au billot, ma simple plaidoirie du cas me conduirait en geôle de la sénilité qui me guette déjà.
- Et plaidoirie auprès de qui ? interrogea Héraïl de Mandoret. Auprès de Foulque, lui-même ?… Les déments, les aliénés, comme lui reste-il, n’utilisent pas leurs oreilles. Que lui dirions-nous en cet endroit qu’il nous écoute ?… Vois cela ailleurs.
- Que ta sagesse l’entretienne à ma place, répondit Orlande.
- Seule l’idée d’approcher ce personnage me ferait sortir du ventre tous les repas qui y sont entrés depuis le jour où j’ai cessé de me nourrir au sein, rétorqua Mandoret. Et sache que si cette brute me jetait son gant, je m’empresserais de le satisfaire dans la plus totale ignorance de nos projets.
- Pourquoi donc parles-tu de paix ?
- C’est que… Bon ! laisse-moi agir, et procure-moi ta confiance… Tout d’abord, il s’agit d’orchestrer la rencontre de nos deux oisillons afin qu’ils s’émoussent du mieux qu’ils n’auront entre les mains
(l’ébauche d’une œuvre n’a jamais sollicité de plus urgent que la signature au bas de la dite œuvre). Tu ne dois pas être en faute de connaissance d’un passage souterrain traversant de part en part la colline du Montoi Faussart, située juste aux abords du lac ?
- Oui, bien-sûr !…, il m’est d’ailleurs souvent commandé d’en observer le fiable accès.
- Une cavité hors vue en longe le parcours. Cela aussi tu le sais ?
- C’est là qu’à l’insu de mes maîtres je retrouvais ma douce …
Héraïl de Mandoret, informé par le temps d’une triste part de la vie de son ami dont il ne fut l'heure à évoquer, l’interrompit aussitôt :
- nous allons s’entendre sur la nuit de jeudi à vendredi ; je vais quérir le chevalier Kévir de Maloé pour y conduire ma nièce dans le but que nous savons. À toi de faire correspondre le reste avec ton garçon.
- Tu oublies la garde que Foulque a mis en place afin de nuire aux directions de son fils. L’odieux Fambert en est mandaté !… Je doute fort que cette cavité n’échappe aux menées de ce Cerbère.
Ici, Mandoret rassura son ami :
- si cet imbécile cherchait à joindre notre accès, il s’y trouverait comme un citadin manchot en quête, de nuit, à pêcher l’anguille avec ses pieds. Ayant congédié son âme depuis fort longtemps, crois-moi, ce gueux ne détient pas davantage l’aptitude à nous contrefaire de ses nuisances qu’il n’a à craindre des enfers.
Orlande, muni d’un rictus de confirmation à ces derniers dires, ajouta :
- en effet, ce rustre n’a pas plus de subtilité à l’intérieur de son esprit que l’on voit de relief au champ de blé après le passage de la hue.
Mandoret, profitant de ce dit rictus engageant l’hilarité, l’amplifia de la façon suivante :
- en réalité, ses bras ne peuvent magner que la houe, et encore, houe menée d’un cheval savant ! Et, s’il se mettait à écrire, ce ne pourrait être qu’une quémande aussi compréhensible qu’une missive rédigée dans un alphabet étrusque, qu’il nous faudrait vingt générations, à temps plein, pour la translater.
- En effet, ta verve s’adapte et parle à souhait des prouesses de cet ours, compléta Orlande, mais Krestan, tu l’oublies également.
- Nous avons autant à craindre de ce fourbe, qui manipule pour ton maître - cependant guère plus voisié que ce Fambert -, que du pernicieux moine qui serpente d’habile façon à l’entoure de Jélénia. Décidément, à en dresser le bilan exact, peu d’esprits insurmontables, en réalité, garnissent ces deux châteaux …
Sur ces derniers mots, les deux hommes éclatèrent de rire à nouveau, et, cette fois-ci, pour un plus long moment.