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Marot l'exilé

Marot l’exilé

 

Si nous devons parler des auteurs ainsi que des poètes français ex lus, parlons de Clément Marot, tout comme d’autres appartenant à la grande ombre de notre histoire littéraire, mais qui en furent pourtant les étapes notoires de son évolution.

Issu de l’influence, voire de l’enseignement des les rhétoriqueurs (son père en était un), chronologiquement, Clément Marot arrive comme l’éminence succédant celle de François Villon.

Il naquit à Cahors, vers 1496 ; de ce fait de culture et de langue d’oc, et pour reparler de son géniteur, Jean Marot, lettré auprès d’Anne de Bretagne, puis à la cour du roi, notre adolescent dut s’enrichir très tôt de l’écrit d’oïl.

Vers 1512, il rencontre une éminence en rhétorique, le poète Jean Lemaire de Belges - certainement son initiateur à la poésie -, et ce fut durant ses orléanaises études de droit qu’il fit la connaissance de son plus grand ami, Lyon Jamet.

Etudiant, notre jeune homme n’en est pas moins travailleur, puisqu’il traduit, à cette époque, deux œuvres de non faible importance : La Première Eglogue des Bucoliques de Virgile et Le jugement de Minos.

Ensuite, le secrétaire du roi, Nicolas de Neufville, l’engagera comme page. Ce dernier terme n’est assurément plus à considérer comme celui revêtant les mêmes fonctions qu’il pouvait nous faire entendre en période médiévale. Le « page » ou « valet » désigne à présent l’écrivain de cour.

En 1515, il est clerc à la chancellerie de Paris, basochien, et sous la protection du ministre Florimond Robertet. Aussi, le fait qu’il fut, à cette époque, membre des Enfants sans souci, tout porte à croire qu’il en fut membre actif, et qu’il du interpréter quelques sotties parisiennes à l'hôpital de la Trinité.

En 1519, et probablement suite à une décision de François 1er, 
le voici attaché comme poète à Marguerite de France, propre sœur du monarque précité, et duchesse d’Alençon.
 
Nous sommes alors en pleine période d’idées réformatrices en matière de religion. Nombre pensées s’opposent, et ce fut du relationnel de Dame Marguerite que Clément se pervertit en adoptant et diffusant de sa plume certains anti-dogmes dictés de Jacques Lefèvre d’Etaples, vicaire de l’évêque de Meaux – complice également.

Ce qui ne dura qu’un laps de temps, car non du goût de la Sorbonne !

De persécutions, cette dernière obtiendra la soumission de Guillaume Briçonnet, ledit évêque, ainsi qu’aisément la fuite de Lefèvre.

Le jeune Marot, quant à lui, devenu paria dans cette affaire d’adultes, se réfugia à Nérac, auprès de Marguerite ; disons la plus haute protection de garantie.

Cependant, sa détermination rebelle s’accentuera – son intellect religieux, il y tient ! -, et ce fut en mars 1526 qu’il devra vivre une incarcération au Châtelet (l’enfer), pour l’heure, accusé de luthéranisme. De là, il en fera appel au théologien Nicolas Bouchart, principal artisan de son arrestation, puis à son ami Lyon Jamet de Sensay.

Enfin, ce fut Louis Guillart, évêque de Chartres, qui parvint à le faire transférer en sa prison, plus « clémente ».

Elargit en mai, réincarcéré quelques mois plus tard, puis une troisième fois en 1532 pour les mêmes motifs qu’en 1526, c’est-à-dire pour non respect du jeûne de carême, c’est l’ « L'affaire des placards » qui fut la cause de son premier exile.

La Sorbonne, toujours poursuivant les idées de réformes, ou même celles qui s’en approchent, condamne Marguerite de France, devenue reine de Navarre, pour la subversion de son texte Mémoire de l’âme pécheresse. Clément, dont la hargne religieuse s’assimile peut-être à cette prohibition, estime judicieux d’éviter au mieux les joies du cachot qu’il commence à bien connaître.

À cette appréhension, son intuition fut juste puisqu’il fut interrogé par la police, lors d’un passage à Bordeaux. S’enfuyant de cette ville - à tant, dirions-nous -, il gagne la Navarre où il séjournera en toute quiétude jusqu’en 1535.

De là, sa chère Marguerite de France, sa puissante aînée - malgré tout en disgrâce - invitera notre religieux poète à quitter la région et à se rendre à la cour de Ferrare, plus favorable aux réformes en vogue. Après, il porta un temps son exile à Venise, puis à Genève.

En 1536, suite à l’édit de Coucy, permettant aux émigrés protestants de revenir en France à la condition qu’ils abjurent dans les six mois, Clément Marot se soumit à cette condition, à Lyon, devant de cardinal de Tournon.

Très vite, il retrouvera son crédit auprès du roi qu’il accompagnera d’ailleurs lors de l’expédition de Picardie, en avril 1537, mais d’autres de ses écrits subversifs le conduiront à un second exile, en 1542.

Ayant alors fort mal supporté la raideur du calvinisme genevois, ceci durant plus d’une année, il gagnera Chambéry, puis la cour du comte d’Enghien, où il trouva la mort en septembre 1544.

Auparavant, du souhait de réintégrer Paris, il avait composé une églogue sur la naissance du futur François II, mais la pensée réformatrice ayant dominé sa vie, c’est donc en perpétuel exile qu’il sera inhumé en l’église Saint-Jean Baptiste, à Turin.

 

Si « protestant » était-il, rien n’indique vraiment de quelle obédience il appartenait. Dénoncer l’Eglise de Rome restait dans l’air du temps, et souvent favorable à la monarchie. Aussi, il est fort probable que ce dessein fut à l’origine de l’hétérodoxie « spirituelle » de Marot.

Rappelons que son père écrivait pour François 1er, et, qu’après sa mort, vers 1525, Clément lui succéda dans cette charge.

Sa première dérive fut son rapprochement aux évangélistes de la théologie de Jacques Lefèvre ; ceux que l’on désignaient comme « groupe de Meaux ».

Lefèvre, ayant écrit des commentaires sur les évangiles et publié son Quincuplex psalterium, en 1509, rejoint les conceptions de Nicolas de Cuse ; avant lui, celles de Denys l’Aréopagite : « il faut croire en l’Evangile, et non la comprendre », « l’homme ne peut penser Dieu, ni même l’infini où les contraires coïncident, que par une méthode analogique… »

Egalement, Jacques Lefèvre considère que Platon, Aristote et bon nombre de philosophes grecs peuvent mener au christianisme.

« Il faut vivre dans le christ » rappelait le Manuel du soldat chrétien d’Erasme.

À partir de 1521, les défenseurs du précepte se différencient en trois théologies opposées : les luthériens, l’erasmisme et l’évangélisme réformé. Ce dernier constituant le groupe de Meaux, influencé par l’humaniste suisse Ulrich Zwingli, qui, contrairement à Luther, ne reconnaît pas le christ en l’eucharistie.

Au châtelet, interrogé par le lieutenant criminel Gilles Maillart, Clément Marot niera être luthériste ; c’est-à-dire contre les gloses papales.

À ce moment, il était jugé pour avoir mangé du lard en carême, suite à une dénonciation d’Isabeau, son ex maîtresse.

Echappant aux horreurs de la justice parisienne, il fut tout de même reconnu évangéliste car, relevant quelques passages des épîtres aux corinthiens de saint Paul, il veut « rassembler les hommes autour du message du christ » ; « la religion doit conduire à la charité » ; « le monde est monde de péché » ; « la mort est une autre vie où règne le christ ».

De là, l’écriture spirituelle de Marot sera abondante : 11 oraisons pieuses et 50 psaumes traduit directement du texte hébreu, et qui deviendront des chants religieux pour les protestants. Enfin, disons que notre poète restait fort représentatif du courant mystique que l’on nommait alors la dévotion moderne ; celle qui, en marge des nouvelles théologies et des humanistes, engendra bon nombre d’églises réformées.

Outre quelques traductions et préfaces d’auteurs antiques, les textes religieux cités ci-dessus, l’œuvre de Marot abonde en petites pièces – il reste, malgré ses exiles, le plus grand poète du temps ; disons que la supériorité de son intellect surpasse haut la main celle de ses détracteurs, désireux de le conduire au bûcher - : 294 épigrammes, 80 rondeaux, 65 épîtres, 54 étrennes ou madrigaux, 42 chansons, 35 cimetières ou épitaphes sérieuses, 27 élégies ou épîtres galantes, 22 chants divers, 17 épitaphes, 15 ballades, 5 complaintes ou élégies funèbres.

Aussi, deux long poèmes : le temple de cupido et L'enfer, pièce qu’il composa à l’hôtellerie de l’Aigle, en 1526.

 

Laurent Lafargeas.

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