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Au Paradis (essai)

Au Paradis


Hier, durant la nuit, je me suis rendu aux portes du paradis...
Non que je l'ai fait de mon propre chef, mais le hasard provoque de drôles d'évènements.
Ce qu'on a l'air idiot à attendre comme je l'ai fait devant ces murailles impénétrables. Je m'étais toujours imaginé l'entrée comme un bâtiment d'une quelconque administration. Je veux dire ces endroits où des centaines d'autres candidats attendent patiemment ou non leur tour.
Mon imagination était dans l'erreur. Pas de souffle audible, de voix, de bruit de pas, absolument rien, le vide le plus complet régnait là où je me trouvais, debout.

Je suis resté posté comme un bon soldat devant ces accablantes portes transparentes, il m'était pourtant impossible de distinguer la moindre indice visuel à travers! Les heures passaient et mes jambes commençaient à me faire afreusement souffrir. Je dûs m'asseoir, de façon à ne surtout pas me décourager, comment repartir bredouille après un si long voyage? La question ne me plaisait pas. Donc je décidai de rester le temps qu'il faudrait aux propriétaires de se réveiller, se rendre compte de ma présence et de venir m'accueillir. Personne ne vint. Inutile de décrire ici la solitude qui bientôt s'empara de moi.
J'étais assis sur un sol blanc ou devrais-je dire immaculé, des éclats scintillaient dans le ciel, à la manière des flocons de neige lorsqu'ils tombent et paraissent être des fragments de diamants.

Finalement, je ne saurais dire combien de temps tout cela dura. Probablement plusieurs jours, avec le recul. Ce qui me tira de mes pensées embourbées fut un curieux nuage, de forme ordinaire bien qu'il n'y ait rien d'ordinaire, de taille minuscule, et coloré tel l'arc-en-ciel au plus beau de sa forme. Mais rien ne pouvait m'étonner et quand il se mit à converser avec délicatesse, je ne fus pas surpris mais je lui répondis instantanément. Il m'invita gracieusement à déposer mes fesses sur son enveloppe moelleuse. Je m'exécutai immédiatement. Ce fut une expérience indescriptible ici. Mais l'émotion me transpersa à la vue de tant de perfection et d'éclat. Tandis que cette traversée pour le moins inattendue m'offrait un paysage extraordinaire, je me rendais compte de l'essence même de mon être, ordinaire. Que pouvais-je bien faire ici, assis sur un nuage me transportant au-delà du connu?

Je ne pouvais cacher mon allégresse et le nuage se mit à me féliciter de certaines péripéties de ma vie passée sans toutefois aborder de sujet délicat. Il ne me parut pas sage de l'interroger sur notre destination car s'il avait désiré que je le sache il me l'aurait confié lui-même.

Il dusparut brusquement sans bruit, sans trace. Ma chute, aussi vertigineuse fut-elle ne m'affola pas le moins  du monde. Je partageais la liberté de tous les oiseaux, la qualité de tous les saints. En vérité, il n'y eut pas de chute. Le temps s'effaça, mes yeux virent le passé ainsi que l'avenir.

 

BERNARD Fabrice

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