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Les chants de Tréphaïs (extrait : chant dixième)

Chant dixième





Lorsque Tréphaïs et sa migraine nous ont informé, qu'un jour prochain, ils prendront la parole sur l'œuvre du docteur Gilis'Iénal,
« Le regard est-il indispensable à la perception ? », tout en évoquant leurs impressions personnelles sur la nature de son habitat qu'il serait, de leur part, judicieux d'exposer, il nous est alors apparu bon d'analyser là tous les points de détail. Ce personnage - entendons Gilis'Iénal, - situé dans un tel environnement, fort aisément contradictoire, est né pour nous rappeler aux évidentes, parfois aux incontestables, aussi n'ayons aucune crainte d'en parler, aux plus tristes réalités de l'instant. Encore faudrait-il remettre le temps à son réglage initial ainsi qu'à ses dimensions propres ; disons ses étendards qui se sont rapidement dressés au-dessus de toute organisation d'espace.
Tréphaïs nous rapporte déjà qu'autour de l'habitat du célèbre prometteur, une vaste gentilhommière ornée autant de parois infranchissables que de colonnes ioniques adroitement façonnées, une garde permanente et intensive, qui malgré tout effort, voire même des efforts dit surhumains, nous interdit l'accès, voire l'approche du bâtiment.
Nous pourrions longtemps, sans nous attarder sur les réelles causes de notre faiblesse et sur notre inviolable naïveté, croire ici que Gilis'Iénal, derrière sa porte d'ivoire, s'enferme et s’énigmatise lui-même face à toutes communications venant de l'extérieur, mais il n'en est rien !... C'est tout simplement, en vérité, que Vilan Féro de Gilis'Iénal ne souhaite plus parler à personne. D'ailleurs, Tréphaïs n'est toujours pas revenu pour nous en relater le contraire.
La garde ?..., reparlons-en... Deux énormes canidés la composent. Le bâtiment est carré ; autour, le périmètre, un passage régulier d'une largeur d'environ trente pieds, est partagé par ces deux hargneux quadrupèdes qui, déterminés, nous interdisent la visite, notons sans relâche, et chacun dans sa moitié de surface, mais jamais au-delà de cette dite moitié.
Maintenant, imaginons le périple de Tréphaïs : il s'introduit dans l'espace précité. Aussitôt, il est mis en fuite par le gardien de la première surface ainsi violée. La course pourrait se terminer au désavantage de l'humain puisque le poursuivant bénéficie de quatre pattes. Ça, c'est entendu !..., mais à la frontière de la surface protégée, non précise même pour le douzième œil, non séparée ni même marquée, et surtout sans obstacle visible pour l'animal, ce dernier s'arrête net, laissant étrangement le destin de l'intrus au bon vouloir de son collègue, lui chargé de la protection de l'autre partie du périmètre gardé...
Alors, Tréphaïs reste là, surpris - convenez-en !-, déconcerté par l'attitude du premier chien, d'autant que le second, n'ayant pas encore fait son apparition, lui accorde ainsi le temps nécessaire à ce constat surnaturel.
Hélas, un peu plus loin, la deuxième rencontre demeure inévitable. La course reprend avec un nouvel adversaire, et se termine immanquablement par une situation identique ; situation inimaginable jusqu'à présent, autant pour Tréphaïs que pour nous tous. Certes ! personne ici ne sera mordu, ni même dévoré, mais quoiqu'il en soit, aucune stratégie n'est possible à envisager là, autrement que celle de quitter les lieux avant que la migraine ne s'intensifie. Les étendards de Gilis'Iénal, eux, s'élèvent sur notre rationalisme, opposant à notre imagination (dernier de nos pouvoirs estimés) un front indéfinissable ou indéchiffrable de son désir de ne plus jamais communiquer ; un front inviolable pour sûr, ou un front indétrônable ; un ordre établi chez lui, qu'il serait profanateur de vouloir outrepasser.

Laurent Lafargeas, 1978.

E04-11. ed. 23.07.2008.

 

Les chants de Tréphaïs (extrait : chant onzième)

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