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NANTERRE
Disons Nanterre mais parlons, en métropole, de quatre
vingt quinze ou de plus en plus autres endroits du cas.
Parlons de Nanterre comme, de son tribunal de
commerce, nous pourrions là évoquer l’enfer.
Ici, voyons défiler, sans y mettre un nom
pas plus, du reste, qu’une réelle fonction,
cent toges noires dont aucune donne espoir.
Chacune s’affaire ou semble être affairée de questions,
mais aucune s’attarde à vos craintes ou vos appréhensions.
D’ailleurs, c’est sans vous et dans les coulisses
que les partages se font et se décident leurs offices.
De ces chacals, certains d’entre nous sommes convoqués,
d’autres, par ailleurs assignés, ressortiront des leurs attribués.
Ainsi, l’un légalisera sa temporaire vampirisation,
tandis que l’autre s’alimentera du plan de cession.
" Que tout ira bien ",
disent ces avides coquins.
Longtemps, tout s’attend,
de qui vous êtes, votre tour en dépend.
Et lorsqu’est venue votre heure,
que de plus échangeriez-vous aux assesseurs ?
A cet effet, ces derniers, prévus oreilles bées
à vos supplications,
ne jugeront de votre court dossier nulle priorité
aux futures négociations.
Celles-ci sont déjà orchestrées ;
est-ce utile de le rappeler ?
Votre avocat plaidera, vêtu, lui, de robe identique,
juste pour, de cette cause perdue, en toucher un peu de fric.
Puis, la parole est donnée à l’administrateur
qui bien enrobe l’omniprésence de vos triches.
Mais, croyez-moi, c’est encore ce fin orateur
qui, d’entre tous, demeure le plus riche !
Pour lui, rien ne doit s’échapper de la coutume ;
entendons, celle qui transfert à son cabinet toutes vos fortunes.
Certes, nous ne sommes plus au Châtelet
décrit par Marot, il y a cinq cents ans.
Personne, ne sera saigné comme porcelet,
mais une croix, faites sur tout votre argent.
Arrive enfin l’audience des cent délibérés.
C’est l’heure de la castration obligée.
Une autre chambre, plus tard, appliquera les peines,
pour l’instant, les fauves envahissent l’arène.
De celle, sortiront en slip tous les condamnés !
Dans les couloirs, c’est la curée chaude ;
le dépouillement organisé.
Aussi, c’est de méthode que tout doit se réaliser.
Les adresses et téléphones sont échangés,
les premiers ordres sont donnés ;
il faut voir le suceur avant le liquidateur ;
dès demain, recevez le commissaire priseur.
A qui revient le ventre et le cœur
ne peut prétendre engloutir les membres !
Et plus la bête est grosse, plus soigneusement
elle en sera dévorée.
Au-delà, démuni de toute une vie de travail,
disons survivant et dormant à même la paille,
ses hyènes, de leurs rapports exposés dans votre dos,
pour dix années vous interdiront de repartir à zéro.
Alors, aux hommes et à Dieu, j’accuse
ce festival laborieux dont trop abuse.
Laurent LAFARGEAS