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“ Nos actes les plus irréfléchis ne sont pas toujours les moins importants ; les moins conséquents. Alors, admettons ici que le danger reste permanent.
Sans plus de commentaire que celui-ci, j’ajouterais cependant souhaiter voir s’empirer encore les relations entre les communes du Raincy et de Clichy-sous-bois".
Dans cette générale lugubre banlieue de Paris, cernés par cette agglomération sans fin, notre environnement, notre lieu de naissance, pour l’heure, mon camarade et moi, nous y traînions nos demi- loques adolescentes sous les pluies fines d’un hiver à peine terminé .
Nous étions à la recherche d’une kermesse qui, peut-être, n’avait jamais eu lieu.
Inutilement, nous avions parcouru ainsi des dizaines de rues désertées. A présent, minables, sans plus d’enthousiasme qu’au début de ce dimanche gris, séparés de quelques mètres l’un de l’autre, nous arpentions des quartiers riches et vallonnés avant de rejoindre, au-delà, les barres d’ H.L.M. de notre cité.
Beaucoup de pavillons cossus à cet endroit ; beaucoup de soigneux jardins et jardinets ornent ici les larges trottoirs plus que par ailleurs.
Derrière la grille de l’un d’eux, je fis une pause à mon avancée afin d’observer une magnifique rosace fleurie de plusieurs couleurs. En botanique, je n’y connais rien. Je n’en suis pas non plus un fervent admirateur.
Alors, pourquoi devais-je y trouver là, une raison suffisante à mon premier acte ? ; entendons celui de pénétrer, rasoir en main, dans l’enceinte de cette maison bourgeoise…
Peut-être, son portail étroit à demi-ouvert, en était la cause ?…
Ce qui est sûr, c’est que j’aurais pu m’abstenir de m’encombrer durant le reste de la journée avec une fleur que d’ailleurs j’aurais certainement jeté un peu plus loin
( mon intérêt pour les chose de notre monde, n’ayant certes pas la faculté d’aller au-delà.).
A l’instant où je m’apprêtais à trancher le plus délicatement possible la tige qui soutenait mon futur, mais non indispensable trophée, que dis-je ?, au moment précis où j’allais séparer la rose de son support sans le moindre dégât, je perçus désagréablement, à une trop faible distance derrière moi, la présence indubitable de la propriétaire des lieux.
Ce fut alors, les injures classiques qui se mirent à pleuvoir. Je ne citerais là, que les plus familières : voleur, voyou, vaurien…
Jusqu’ici, peu de surnaturel dans un comportement d’autodéfense légitime. Par contre, ce fut lorsqu’elle voulut accompagner ses vociférations par des gestes, voire de la brutalité à mon égard, qu’instinctivement, je me retournais vers elle avec une violence presque identique à la sienne. Presque, le mot est encore faible, car en effet, durant ledit mouvement, la lame de mon rasoir frotta, hélas pas tout à fait légèrement, la gorge hurlante de la mégère, ici en totale position de défensive.
La suite de l’événement accéléra ma fuite plus que celle dont je m’imposais de coutume. Cette oie furieuse et ses clapotements ne tardèrent pas à se perdre dans le sang – entendons-là, du vrai sang -, et, au terme de quelques courtes secondes indispensables aux meilleures prises de conscience de l’acte, je la vis passablement s’effondrer sur le parterre fleuri, écrasant ainsi de sa lourde morphologie, la partie même du décor qu’initialement elle voulait protéger.
Pour ma part, je m’interdis d’assister plus que cela à l’agonie notoire de cette antiquité humaine, manifestement encore chaude avant mon départ.
Enfin, plus serein de retour sur la chaussée qu’en fait je n’aurais jamais dû quitter, je retrouvais mon camarade, avec lequel, à grands pas, nous allions abandonner ces quartiers que, de concerte, nous estimions plutôt malfamés.
Laurent LAFARGEAS, 1979.