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Franck DUMONT
Faux rêveurs forever
Pièce en 1 acte
(Transcription d’un songe d’Eva Dumont)
Décor : La scène est plongée dans le noir, l’intensité lumineuse monte en même temps que la musique de fond, quand la lumière est à cent pour cent la musique s’arrête. Le décor du plateau est constitué d’une plate-forme aux formes irrégulière avec un léger rebord. Le fond et les alentours de la plate-forme sont noires, la plate-forme est couleur marron. En son centre un grand sac poubelle, de chaque côtés deux personnages (une femme A, un homme N) étendus dorment en position fœtale. Le personnage féminin (A) se réveille, se déplie en écartant lentement les bras, se met debout puis s’étire, elle ouvre ses yeux encore mi-clos. Tout à coup ses yeux deviennent exorbités elle se met à courir en tout sens sur le plateau, s’arrêtant à chaque rebord sur la pointe des pieds pour ne pas ‘’tomber’’ à l’extérieur.
A : - Ainsi çà n’était pas un rêve !
N : - Quoi qu’es-ce qui n’est pas un rêve ? (N se trouve debout tout en se frottant les yeux il à été réveillé par la course de A)
A : - Alors tu es là mon frère, tu n’es pas retourné au néant avec tout le reste…
N : -Tout le reste, qu’es-ce que tu racontes, et d’abord qu’est que tu fais dans mes songes, çà ne te suffit pas de remplir ma réalité depuis tant d’années que tu t’obstine à avoir les même parents que moi ?
A : - Garde ton calme mon frère, ce que tu vois autour de toi n’est pas un songe, c’est la réalité, aussi absurde et cruelle qu’elle puisse te paraître !
N : - La réalité ? Tu es folle ma sœur, encore plus folle que je ne le pensais !
A : - Et bien, si tu es si malin pinces-toi ! Pinces toi à t’en tordre de douleur, ton corps meurtri te feras toucher la vérité
Un sourire narquois barre le visage de ‘’N’’, il se précipite aux limites du plateau. ‘’A’’ l’arrête en le tirant par le bras juste au moment ou il va passer de l’autre côté.
A : - Arrête, si tu saute, tu finiras le reste de ta pauvre vie dans le vide infini !
N : - Et alors, si tu as raison autant en finir tout de suite !
Il essaie de sauter de nouveau, elle le retient...
A : - Ne me laisse pas seule, j’ai peur !
N : - Tu as peur, mais de quoi ? Tout ceci n’est qu’un cauchemar ordinaire, d’ailleurs s’il en était autrement ne serions nous pas déjà mort de froid et de manque d’oxygène ?
A : - Je ne sais pas ce qui c’est passé, je sais pas pourquoi nous sommes là, je ne sais même plus quoi penser, j’ai l’impression que mon cerveau, comme la sphère ou nous vivions va exploser à son tour, en tout cas pour l’instant nous sommes vivants.. Où plutôt des survivants, j’ai dans la tête l’écho du fracas apocalyptique qui à détruit la terre, les temps de la prophétie de Saint-Jean sont arrivés et nous voilà sur un morceau de la planète, une espèce de satellite perdu dans l’infini !
N : - Ah la belle histoire ! En matière de prophétie moi je pencherais plutôt pour une guerre nucléaire, nos condisciples humains ont toujours porté en eux la rage de l’autodestruction ! Si tu as raison nous voilà des sortes d’Adam et Ève à l’envers, les fossoyeurs de l’espèce humaine et ce caillou sera notre tombeau, si nous ne sommes pas encore morts par le froid et l’étouffement nous allons périr par la faim et la soif.
‘’N’’ s’approche du sac bleu et se met à tourner autour, les mains dans le dos.
N : - Et bien Ave, puisque tu sais tout de la réalité que nous vivons, dis-moi ce qui peu bien y avoir dans ce sac, la curiosité me porte à fouiller dedans, il pourrait bien s’y trouver quelque nourriture, mais quelque chose m’empêche de le faire, quelque chose comme une main invisible..
‘’A’’ porte les mains sur son ventre, elle se met à tourner autour du sac en même temps que son frère.
A : - Il me semble y entendre des rumeurs, des vibrations, une sourde complainte, de petits gémissements à peine audibles, des flux d’énergies, des odeurs, de la vie…
N : - Des vibrations ? De la vie ? Excuse mon prosaïsme mais moi j’y verrais plutôt comme un sac à provision, j’ai bien envie d’y plonger le bras pour voir..
Attends, laisse moi faire, il y à quelque chose d’infiniment précieux là-dedans…
‘’A’’ plonge la main dans le sac avec un geste d’une infinie lenteur, soudain elle s’arrête.
N : - Quoi qu’es-ce qu’il y à, quel est encore ce nouvel accès de démence ?
A : - Écoutes-moi et comprends si tu peut.. Je sens au bout de mes doigts toutes les choses de l’ancienne vie terrestre !
N : - Explique-toi, je n’y comprends rien !
A : - Je sens le souffle des hommes et des femmes, la froideur des pôles, la chaleur des déserts, le sable, l’eau des fleuves glisse entre mes doigts !
N : - Tout çà dans un sac en plastique, et quoi d’autre encore ?
A : - J’entends la plainte des animaux, les cris des enfants, le bruit du vent dans les arbres, la fureur de la lave des volcans, le clapotis des mers…MORTES !!! Un parfum de bois brûlé parviens à mes narines, la paume de mes mains se griffe aux morceaux de ferrailles calcinés, aux angles des rocs broyés, aux brisures de verre…
Elle retire sa main.
N : - Tu dis qu’il y aurais là dedans de l’eau, des choses à manger…
A : - À quoi penses-tu, serais-tu assez barbare pour te nourrir des restes de l’humanité !
N : - Je suis l’aîné, c’est à moi de prendre les décisions maintenant !
A : - Être l’aîné ne te donnes pas plus de plomb dans la tête !
N : - Si je n’ai pas autant de plomb de la tête que tu le souhaiterais, en tout cas toi, tu n’as pas de cœur, regarde moi, j’ai faim et j’ai soif…
A : - Je peux faire quelque chose, ferme les yeux et compte jusqu’à dix.
N : - Quoi ?
A : - Tu as faim, tu as soif ?
N : - Oui, c’est çà…
A : - Alors vas-y
Pendant que ‘’A’’ compte, une personne en noir apporte un sac à dos sur le plateau.
A : - Retournes toi…
N : - Qu’es-ce que c’est, on dirait un sac à dos…
A : - C’est, un sac à dos ! Celui que j’avais quand je partais en colonie de vacances.
N : - Mais comment est-il arrivé là ?
A : - Par mon imagination, c’est simple.
‘’N’’ ouvre le sac en continuant à parler.
N : - Ton imagination ! Vraiment tu es mure pour l’hôpital psychiatrique !
Il sort du sac un papier alu, une gourde métallique et un gros réveille. Il renifle l’emballage en papier alu et le déplie.
N : - Oh, un sandwich au Mutella !
Il coupe le sandwich en deux et en tends un bout à A.
A : - Non, manges, en vérité je te le dis, c’est sûrement ton dernier repas…
N dévores le sandwich et ouvre la gourde.
N : - Je suppose que tu ne veux pas boire non plus, c’est au sirop de grenadine ?
A : - Bois, le sucre adouciras ta gorge seras le signe du souvenir de notre alliance par le sang qui coule dans nos veines…
N bois goulûment et s’essuie la bouche d’un revers de la main.
N : - Et maintenant, qu’es-ce que nous allons faire ?
A : - Maintenant, nous allons attendre.
N : - Attendre quoi, attendre qui, qu’es-ce tu racontes !
A : - Calme-toi mon frère, te voilà soudain bien nerveux.
N : - Mais te rends tu compte, nous allons mourir ici dans d’atroces souffrances, dans le manque, dans l’angoisse, dans la folie !
A : - C’est étrange, il y à un instant tu semblais persuadé que nous vivions un rêve commun et maintenant tu es tout aussi persuadé de finir sur un lambeau de notre défunte planète perdu dans le cosmos.
N : - Et toi qui es si maligne, toi qui sais tout, toi qui es si forte qu’es-ce tu penses de tout çà, tu n’à pas peur !’
‘’A’’ se lève et d’un pas las, elle va ramasser le réveille que ’’N’’ à sortit du sac à dos tout en parlant.
A : - Oui j’ai peur ! Mais je sais que la réponse à tout çà ne tardera pas à venir…
N : - Encore un mystère, vas-y expliques toi, je n’en plus !
A fouille au fond de son sac à dos, elle en sort une boîte de médicaments et le fait voir à N.
A : -Regardes, tu sais ce que c’est ?
N : - C’est ce que tu prenais pour dormir quand tu étais petite, le médecin t’avait prescrit çà, un truc très fort. Et alors, qu’es-ce que çà à voir avec tout çà ?
A remontes le réveille et le pose par terre. Elle sort le contenu de la boîte de médicament et en tend la moitié de pilules à N
A : - Prends çà, nous allons dormir… Longtemps... Nous nous réveillerons chez nous, ou à l’hôpital, nous n’aurons fait qu’un cauchemar. Ou alors…
N : - Ou alors ?
A : - Ou alors nous mourrons dans notre sommeil, de faim, de froid, de soif, de manque d’oxygène. Je ne sais pas…
Ils avalent en même temps leur poignée de médicament.
N : - Alors adieu petite sœur…
A : - Adieu ou à bientôt. Tu sais ce sac bleu, çà n’est peut-être pas le tombeau de l’humanité ; ces sons aquatiques, ces vibrations, cette eau, c’est peut être le liquide amiotique de l’humanité à venir…
N se met à sourire.
N : - Eh, tu te rappelles !
Il se met à chanter :
N : - Somwhere, under the raimbow...
Ils chantent en chœur et s’allongent par terre. A pose le réveille entre eux deux. Ils s’endorment tandis que le son de l’horloge s’amplifie, la lumière décline jusqu’au noir complet.