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Bernard de Ventadour

Bernard de Ventadour


De son temps nommé Bernard de Ventadorn, ce chanteur fut probablement l’un des plus célèbres poètes ; en tous cas, le troubadour le plus connu de nos jours – musicien était-il également reconnu.
Le doit-il à ses hautes fréquentations, comme celle de la cour d’Angleterre, par exemple ?
Très certainement, puisque attaché directement à la reine, Aliénor d’Aquitaine : la plus grande dame de ce XII è siècle !
Cette félicité notoire ne fut pourtant pas celle de ses origines, à en lire la plupart des sources.
Nombre de celles-ci s’accordent que, né vers 1125, il serait le fils du « fournier » - entendons le boulanger – du  
château de Ventadour ; d’où son nom.
D’après une biographie provençale, celui d’un serf et d’une boulangère liée au même château, sis en Limousin. Et, plus socialement en dessous, qu’il n’aurait été qu’un serviteur de cette boulangerie.
Uc de Saint-Circ rejoint sa filiation d’avec une boulangère, mais lui attribut un père militaire, tout comme l’affirme également Peire d’Alverne, un autre troubadour.
Opposées à tous ces lignages dits modestes, d’autres hypothèses moins crédibles apparenteront Bernard directement aux seigneurs de Ventadour, et, plus précisément, à l’abbé de Saint-Martin de Tulle, lui-même issu de cette noble famille.
Quoiqu’il en soit, ce fut le vicomte du lieu, Ebles II, dit le chanteur (Eblon lo cantor) qui enseigna l’art lyrique au futur poète (chansons, vers et tensons).
Toujours, la vida de Bernard, écrit d’Uc de Saint-Circ, nous informe que le futur successeur du vicomte, Ebles III, portera d’énormes soupçons quant aux écarts de fidélité de son épouse envers le jeune troubadour supposé éprit de la dame ; Marguerite de Turenne, pour la citer.
Cette dernière sera enfermée quelques temps avant d’être répudiée. Notre jeune Bernard, lui, fut tout simplement mit à la porte du château.
Ensuite, ayant erré en quelques cours – notamment celle de Montluçon -, il rejoignit celle d’Aquitaine, et suivit outre-Manche l’ex reine de France, Aliénor, au-delà de son second mariage avec Henri II Plantagenêt. C’est de cette période que
l'oeuvre  du poète fut la plus abondante, et, si ses premières chansons d’amour l’avait conduit à l’exile de Ventadour, les suivantes, adressées à la reine pour la plupart, ne se tarirent pas d’audace autant que de sentiments exactes.
Maintenant, notons ici qu’une grande part des dames qu’il
évoque  - par amour, bien entendu -, restent presque toutes anonymes ; entendons qu’elles ne sont point nommées dans le texte ;  qu’elles ne sont représentées que par un senhal : un pseudonyme inventé, et parfois représentatif de la personne, surtout dans l’âme de l’auteur.
Citons La dame du Vianais, ou encore Bel Vezer !
De retour en pays de langue d’oc, Bernard fut attaché à la noble Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, puis à Raymond V de Toulouse.
Après la mort de celui-ci, en 1194, le poète se retira moine en l’abbaye cistercienne de Dalon, où il mourut peu après.

 C'est pour Aliénor d'Aquitaine qu'il composa le plus de chansons. Persuadé que "le chant qui ne vient pas du fond du coeur n'a pas de valeur". Il sut allier dans ses poèmes la virtuosité formelle à la sincérité du sentiment. Dans la quarantaine de "chansons" qui nous restent, il s'est montré avant tout le poète de l'amour ; sur des rythmes d'une subtile variété, il a livré de mélancoliques confidences sur sa passion pour la Dame de Ventadour ou pour Aliénor, et a su traduire, en de splendides images symboliques, les désirs ou les désillusions de tous les "faux amants".

 

Extraits : 

 

-  L'instant où j'aperçois mon amante, une subite frayeur me saisit ; mon oeil se trouble, mon visage se décolore, je tremble comme la feuille que le vent agite; je n'ai pas la raison d'un enfant, tant l'amour m'inquiète ! 

Ah ! celui qui est si tendrement soumis mérite que sa dame ait pour lui de la générosité.

 

- Il est vraiment mort celui qui ne sent pas dans son coeur la doulce saveur de l'amour. Que vaut la vie sans amour ?

Quelle est-elle sinon un ennemi pour les autres ? Puisse Dieu ne jamais me haïr au point que je vive jour ou mois après être tombé au rang de ces ennuyeux, privés de tout désir d'amour.

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