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Réfugié

Réfugié


Je m'appelle Alpha Traoré, je suis malien, un bambara. Un matin de l'été dernier, un gendarme de la préfecture de Bamako est arrivé, accompagné d'un homme blanc. L'uniformé m'a tendu un papier et m'a dit :
- Il y a écrit la dessus que tu dois héberger cet homme pendant deux mois.
- Mais pourquoi, j'ai dis ?
- C'est pour tout le monde pareil, tu dois prendre cet homme, c'est un réfugié d’Europe, là-bas c'est tout pourrit, tout cassé, tout gâté, tout mort, à cause des centrales nucléaires qui explosent de partout. Il vient de la France, la centrale de Neuilly-sur-Seine à côté de chez lui à pétée à la tête des citoyens, partout ça radioactive, toute sa famille est morte. Il s'appelle Robert Dupont. Les français viennent chez nous ici parce que beaucoup parlent la langue pas trop mal, prends en soin. 
- Mais, j'ai dis, là, entre nous, comment je vais le faire vivre, j'ai déjà des tas de bouches à nourrir ici ?
- Tu pourras le faire travailler ce gazier-là pour qu'il paye sa pitance, c'est dans la loi. Bon je te le laisse, je repasse dans trois mois. En plus, tu pourra le mettre au milieu de ta case pour faire de la lumière, à cause de la radioactivité qu'il à dans sa peau, ça brille la nuit !
On a rigolé, mais pas trop fort, pour pas blesser le Robert.  Je me suis présenté, et j'ai dis au blanc        venu de la France : ne te vexe pas, mais vous avez de drôles de noms, chez vous la-bas, Robert Dupont, on entends souvent pas ça chez nous. Bon alors, je vais t'expliquer mon métier, j'ai dis.  Je suis piroguier, je suis comme les camionneurs chez vous, mais nous, la route, c'est le fleuve. On gagne notre vie en transportant des marchandises et en pêchant, et crois moi, la pirogue tout les jours, c'est pas gai. Il a compris la blague. On a tous  deux rigolé,  c'était déjà un bon début.
–    Allez, je vais te présenter ma famille, avec tout ce monde-là, ça va durer un peu, après on boira un coup pour nous couper la soif. Ici, si tu bois la bière, ça s'appelle k'onembou'. Ça, faut pas trop en boire, sinon demain tu as la gueule de bois... d'ébène    !  On a encore secoué notre boîte à rire. Le soir, après le travail et le manger, on palabre, on se moque des chefs la haut. Chez vous, vous avez des bons gaziers pour se moquer dessus. Surtout le petit ancien président, qui nous a insulté, avec le discours de Dakar. Celui-ci, il remue les épaules comme un gorille, mais il ressemble plutôt à un gremlin drogué au rhum-bissap. Robert a approuvé en levant son pouce tout en toussant de joie. Après avoir trinqué l’amitié, Mafima, ma femme, ma fée, a servit le mafé. Robert n'avait pas l'habitude de manger par terre, mais bon il fallait bien qu'il apprenne. Il semblait quelqu'un de pas si bête, malgré ses origines de pays sans marabouts. Le citoyen Robert a bien travaillé ; tout le temps, mangé comme nous, dormi sur une natte comme nous, jamais une plainte malgré son dos cassé et ses coups de soleils. Le dernier jour avant son départ on a fait une fête. Le réfugié a chanté des chansons de la France, un peu triste dans les paroles de leur chanteuse Edith Piaf,  mais qui vont très bien avec  le rythme du djembé. Il nous a aussi appris la danse du slow, ça m'a beaucoup plus, je crois qu'on va adopter cette coutume ici. Bon sang, sur la tête de mes sept enfants, quand Robert est repartit, on avait tous une goutte qui nous coulait sur la joue, et ça, parole de bambara, c'était pas une goutte de sueur.


          Franck Dumont – 07/2015


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