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  • Laurent
  • Réac, atrabilaire, mais non sans expérience le justifiant. Sens de l'humour permanent, mais hélas sens de la réalité qui s'échappe de jour en jour. Par contre, même houleux, j'aime bien les échanges de point de vue. Et sur tous les sujets.
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4 novembre 2005 5 04 /11 /novembre /2005 00:00

LE SACRE DU PRINTEMPS

 

                                                                      Dessin de Jean-Pierre Museux

 

La pluie de cendres qui s’abattait régulièrement sur les environs venait à peine de cesser. Vêtu du large sac de plastique bleu qui constituait la pièce maîtresse de sa garde robe, Jérémie, gamin malingre au visage blafard, sortit de l’amas de tôles noircies lui servant d’abri. Pour la première fois depuis des lustres, une pâle lumière était parvenue à percer le plafond éternellement bas et désespérément gris du ciel. L’estomac tenaillé par les pinces acérées de la faim, son éternelle compagne, Jérémie se mit à déambuler dans le dédale de ferrailles calcinées où se réfugiaient tous les êtres vivants lorsque les tempêtes d’air surchauffé se faisaient trop insupportables. Pour l’heure, l’enfant à la face opaline était seul à traîner sa carcasse dans ces lieux à jamais désertés par les dieux et les idoles. Ses compagnons étaient partis fouiller dans les décombres de la cité proche afin de faire provision des boîtes de métal gonflées et rouillées qui contenaient les denrées assurant leur survie. Affaibli par l’accumulation des jeûnes forcés, Jérémie, qui se déplaçait avec difficulté, s’était habitué à ce que ses congénères ne s’embarrassent pas de sa présence durant leurs expéditions. Bien que l’eau lui vienne à la bouche lorsqu’il songeait à la manne nourricière dont il allait bientôt pouvoir se remplir, une préoccupation bien plus grande encore avait mis  tous ses sens en ébullition. Des vibrations inconnues avaient investi sa boîte crânienne tandis qu’un intense et obsédant fourmillement s’obstinait à parcourir sa moelle épinière. Tout en lui frissonnait. Au loin, l’horizon s’empourprait d’une extraordinaire manière, ajoutant un nouveau point d’interrogation à la collection qui s’était déjà entassé dans sa cervelle. Une seule personne pouvait l’aider à résoudre l’énigme qui enflammait ses sens : celui qu’on appelait ‘’l’Ancien’’. Ce patriarche à la barbe blanche était ainsi surnommé parce qu’il avait été le témoin de l’époque de la grande déflagration où, l’espace d’un instant, la chair, le métal et le feu s’étaient unis en un pacte diabolique. Ceux qui n’étaient pas mort immédiatement avaient survécu  tant bien que mal, rongés de l’intérieur par un mal étrange, la peau constellée de stigmates. Jérémie s’arrêta net dans l’ascension de la côte montant chez ‘’l’Ancien’’. Il se demanda si son imagination lui jouait des tours ou si la croûte terrestre avait réellement prise cette teinte brune qu’il découvrait pour la première fois. Pour ne pas être en reste, la couleur des nuages avaient viré  à l’orange et s’étaient ourlés d’un violet profond. Décidé à trouver la réponse à ce délire chromatique, Jérémie reprit sa marche. Il arriva bientôt à proximité d’un autobus rouillé posé sur une montagne de pneus éventrés : la tanière du sage.

-‘’L’Ancien’’ ! brailla le gamin.

Une poignée de minutes après, le grincement d’une porte déchira l’air. Surgissant tel un diable hors de sa boîte, le vieux sage, la barbe blanche flottant au vent comme un étendard, scruta les environs en plissant les yeux.

-Qui est là ! ? tonna-t-il.

-C’est moi, Jérémie… !

-Entre… fit le vieillard en souriant à son jeune hôte.

Le gamin, qui connaissait bien la demeure du vénérable barbu pour y venir à chaque fois qu’il avait besoin de parler, se mit à déambuler dans le capharnaüm qui en constituait la décoration. Il s’installa sur le siège déglingué où il avait pris l’habitude de prendre place à chacune de ses visites. Le vieillard chenu s’assied à son tour sur son pliant de méditation et alluma la pipe avec laquelle il enfumait méthodiquement son antre. Devinant l’impatience mal contenue de son visiteur, c’est lui qui rompit le silence le premier :

-Alors, qu’est-ce qui te préoccupe ?

Jérémie se tortilla sur son siège un long moment tout en grimaçant et en se tordant les mains. L’’’Ancien’’, renommé pour son économie de parole et sa capacité à écouter les autres, se mit à observer son hôte d’un œil amusé.

-Quelque chose dans l’air… a changé… finit par lâcher l’enfant.

Le vieillard se leva lentement, marcha jusqu’à la porte et sortit. Il se mit à scruter l’horizon tout en tirant quelques bouffées de son fourneau empesteur. Après avoir reniflé l’air un bon moment, il décida de rentrer.

-Va t’asseoir, fit-il à son visiteur qui, piqué par la curiosité, l’avait suivi jusqu’au dehors.

Le gamin reprit place sur son siège d’honneur. Le vieux sage fouilla dans son bric-à- brac et trouva quasi instantanément ce qu’il cherchait dans le désordre apparent, preuve absolue du seul et véritable sens du rangement. Il revint vers son hôte en tenant précautionneusement dans ses mains une demi-sphère de métal retenue par une lanière de cuir. Il déposa doucement son fardeau sur un coin de table. L’enfant sentit confusément dans le regard du vieillard que la réponse à ses questions se trouvaient matérialisées là, dans ce pot rouillé avec tatouées sur ses flancs une étoile blanche et de mystérieuses inscriptions. L’Ancien avait rempli  la demi-sphère de terre et avait planté en son centre un bâton. Plusieurs fois, lors de ses précédentes visites, Jérémie avait observé sans rien dire son hôte procéder à un rituel des plus étranges consistant à verser lentement de l’eau sur le bâton planté dan la terre. Attendrit par la perplexité de l’enfant, le vieillard, approcha son index du fameux bâton et prononça ces simples mots :

-Observe et tu comprendras…

Jérémie écarquilla les yeux. Pour le mettre sur la voie, son mentor effleura de ses doigts frêles une tige attachée au bâton par de la ficelle. L’enfant avança son visage. Il avait déjà remarqué l’étrange protubérance accrochée à la fine tige verte et, fouillant dans sa mémoire, il se rendit alors compte qu’elle avait quelque chose de changé. La fameuse protubérance qui, la dernière fois qu’il l’avait observé, n’était alors qu’une insignifiante petite boule rabougrie, s’était muée en une sorte de lame mince de couleur verte à l’aspect nervuré. Jérémie leva ses yeux de charbon. La réponse à l’énigme qui l’obsédait ne tarda à fuser de la bouche de son hôte telle la vérité hors du puits, comme d’habitude, la sentence fut laconique, un mot, un seul résonna dans le silence :

-‘’Printemps…’’

Franck DUMONT.

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