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  • Laurent
  • Réac, atrabilaire, mais non sans expérience le justifiant. Sens de l'humour permanent, mais hélas sens de la réalité qui s'échappe de jour en jour. Par contre, même houleux, j'aime bien les échanges de point de vue. Et sur tous les sujets.
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18 avril 2015 6 18 /04 /avril /2015 16:02

Robert le fort

 

 

La première mention historique de Robert le fort nous vient d’un diplôme de Charles II datant du 3 avril 852. Il est alors titré « recteur » de l’abbaye de Marmoutiers. Ce qui signifie, qu’en qualité d’abbé laïc, il recueillait de plein droit les bénéfices de ce monastère. Cette gratification, fréquemment accordée par les rois du IXè siècle, offrait à son titulaire tout le profit de l’administration dont il était responsable, tandis que la supériorité des fonctions ecclésiastiques restait détenue par un clerc régulier. De cette façon, Marmoutiers, située sur la rive droite de la Loire, en amont de Tours, était alors régit par un moine du nom d’Herberne. Ce fut ce même religieux qui subit l’année suivante la sanglante visite d’un raid normand. Alors que la ville de Tours fut pillée et incendiée dans le même temps, 116 moines sur 138 furent massacrés autour et dans l’enceinte de l’abbaye. Ce carnage, touchant personnellement Robert le Fort, peut alimenter l’hypothèse que celui-ci, de lui-même, aurait sollicité un commandement dans cette région. Hélas, l’Histoire ne nous confirme pas si son investiture de 853 fut bien postérieure au sinistre de Marmoutiers, pas plus qu’elle nous prouve que Robert ait été gratifié de cette abbaye en 851, après la mort de Vivien.

De plus, notons, qu’à cette époque, et même encore au-delà, la volonté d’en découdre ne trouvait pas toujours sa source dans un esprit de vengeance. Autrement, la loyauté et le devoir de protection du seigneur envers son sujet ne façonnaient pas non plus la motivation nécessaire à un valeureux guerrier. Nous n’en étions qu’à la genèse du système féodal, ici, pas encore organisé de principes sociaux, ni de sauvegarde individuelle. Davantage, l’intérêt matériel fécondait plus aisément une levée d’étendard, et, si la cruauté des vikings s’abattait facilement sur les populations sans défense, c’est que l’aristocratie locale, toujours avide de nouveaux revenus, le livrait à des faits d’armes assortis de bénéfices plus attrayants que la simple gloire de stopper une bande de pirates venus d’on sait où.

Indirectement mais seul, le trésor du roi se voyait pénalisé par le fléau normand qui, du reste, s’ajoutait aux révoltes concoctées un peu partout dans le royaume. Nous pouvons croire alors que cette double nécessité fut la raison principale attachant des hommes solides au service étroit du carolingien, tel que le fut Robert le Fort.

Le choix de ce dernier, s’il se montra positif, présenta néanmoins par la suite quelques défaillances en 856. En effet, le traité de Louviers, signé cette année-là, s’il ramenait  la paix entre les francs et les bretons, il lésa considérablement les intérêts neustriens. Louis le bègue, fils du roi, alors âgé d’une dizaine d’années, fut promis en mariage à Ansgarde, fille du breton Erispoë. Le jeune carolingien, au même traité, se voyait également nanti d’un duché formé par les pays d’entre Seine et Loire. Ce qui déjà portait à la vexation !

Mais, le pire de cela, c’est que les conseillers du jeune prince, mal triés par le roi, se montrèrent d’une incompétence particulièrement désastreuse.

Ainsi, l’indignation des administrés se tourna très tôt vers lemissus Robert. De plus, cette rébellion des grands de Neustrie n’était pas une moindre cause car, les normands, en 853, ne s’étaient pas contentés d’un voyage tourangeau. Le Perche fut aussi dévasté ; en témoigne le sac de l’abbaye de Saint-Lomer de Corbion.

La situation de Charles ne lui autorisait pas le luxe de contrefaire une coalition mêlée à une invasion. Certes, Robert l’agace, mais, Robert, il en a besoin.

Dautant que les vikings ne sont pas repartis. Par les côtes du Morbihan, les rivages de la Vilaine sont ravagés, puis Nantes avant qu’Erispoë parvienne à les contenir un temps dans l’île de Biesse.

De là, en 854, ils effectueront un nouveau raid sur la Loire en remontant jusqu’à Orléans. Cette cité, défendue par l’évêque Agius, devra acheter leur départ qui fut néanmoins fatal pour l’abbaye de Micy-Saint-Mesmin, autant que pour la ville de Blois.

Les pirates de la Seine ne restèrent pas inactifs ; Paris fut encore visité. En 858, Chartres fut investi par négligence de l’évêque Frotbold qui le paya de sa vie. Devant toute cette faiblesse militaire de la part de Louis le bègue, la Neustrie négocia  une alliance avec les bretons, dont le nouveau roi, Salomon, avait assassiné Erispoë, en 857. Ce qui rendit caduc les accords passés avec Charles. Le jeune Louis, incompétent, doit donc fuir sa province. Pourchassé par Robert, il trouve refuge auprès de son père. Celui-ci, en marge de cela, devait faire face aux menaces de Louis le germanique dont l’armée arrivait sur Orléans. Et ce fut-là, que Robert s’associa au roi d’outre-Rhin, à la tenue du siège de la ville. C’était la fameuse désertion des barons de 858. Une erreur militaire du germanique lui fit perdre la face, avant qu’une sévère injonction de l’archevêque de Reims le fasse plier bagages.

Robert le fort se retrouva seul et fuyard avec la qualité d’ennemi de la couronne comme en témoigne les annales de Saint-Bertin de l’an 859.

Ayant quelque peu maîtrisé son frère, le roi de France orienta son armée vers les bretons et les neustriens réunis (annales de Metz, 860). Son initiative, il la regretta longtemps, car la retraite de l’ost fut remarquablement pitoyable. La honte en quelque sorte !  Le fat et l’avidité de Salomon n’eut rien à envier à cela. À peine avait-il arrosé sa victoire qu’il s’introduit sur le pays neustrien pour y augmenter ses bénéfices. Cette conduite fut perçu tellement odieuse que Robert décida de chercher une autre alliance. Bonne initiative, puisque c’est le roi qui vint lui solliciter son aide. Nous sommes alors en 861 ; une gigantesque flotte normande se présente à l’embouchure de la Seine. Elle est commandée par Wéland. Face au danger, le roi tasse sa fierté et traite avec Robert à Meung-sur-Loire. Après la diète régulière tenue à Compiègne, cette année-là, l’ex-missus fut investi du commandement général, toujours entre Seine et Loire. Cette même charge qu’avaient tenue le comte Eudes d’Orléans, Vivien et Lambert de Nantes. Ici, des controverses historiques tentèrent d’attacher à l’ancêtre des capétiens le titre de duc de France, tout en accompagnant cette dignité d’une compétence territoriale. Cette assertion erronée fut défendue par M. Mourin qui engloba dans la mouvance du duché de Robert les villes d’Angers, Paris, Tours et Orléans. D'autres renfermèrent également dans cette unité géographique la Sologne, le Blésois, le Gâtinais, le Maine, le Perche, le pays chartrain ainsi que les villes de Beauvais et d’Amiens. En réalité, ce grand fief demeure une pure fiction. Jusqu’à la fin du Xè siècle, les titres donnés par les rois carolingiens, quoique souvent héréditaires, n’avaient rien de comparable à ceux qu’accompagnaient les véritables possessions du système féodal. De plus, les fonctions de duc, comte ou marquis restaient entièrement amovibles, et, revêtant une compétence civile et militaire, elles n’étaient motivées que par un rôle de protection envers le pouvoir central. Bien que les fils de Robert et leurs descendants apparaissent à l’Histoire comme ducs de France, féodalement, ce fief n’a jamais existé.

Considérons donc Robert le Fort, à partir de 861, comme marquis agissant à l’Ouest du nouvel État français, exclusivement pour le compte de Charles le chauve. À cette époque, ce « prince » était - c’est sûr - titulaire du comté d’Angers. Hélas, l’Histoire ne nous laisse aucun manuscrit rapportant cette investiture, pas plus qu’elle nous indique s’il la devait au roi de France ou s’il l’avait obtenu par hérédité. Guy de Bazoches, suivit par Aubry de Trois-Fontaines placèrent en 858 les deux charges de Robert. Pour ces auteurs, le père du roi Eudes reçut de Charles II le duché de Neustrie et le comté d’Angers le même jour.

Cette affirmation n’est toujours pas ni prouvée, ni non plus justifiée.

Nous ne voyons pas très bien pourquoi Charles aurait confié la responsabilité de presque toute la Neustrie à un homme, considéré comme rebelle, s’il n’avait détenu au moins déjà le comté d’Angers.

Quoiqu’il en soit, la nouvelle fonction certifiée du Robertide ne tarda peu à entrer en vigueur. Guntfrid et Gozfrid, seigneurs des marches occidentales, mécontents de leur subordination, se rangèrent sous les étendards bretons. Dans le même temps, des normands ravageaient Paris pour la troisième fois, tandis que ceux de Weland, pillaient et brûlaient Thérouanne ainsi que le monastère de Saint-Bertin.

Lorsque l’on parle d’un barbare, on parle d’un individu sans foi ni loi, donc sans patrie, sans loyauté ; sans âme non plus. Il semblerait que Charles le chauve su profiter de cette carence humanoïde, puisque Weland assiégea les vikings de l’île d’Oscelle pour le compte du roi de France.

C’était jouer avec le feu, car assiégeants et assiégés finirent par s’unir et remontèrent la Seine jusqu’à Melun en investissant, au passage, l’abbaye de Saint-Maur-des-Fossés

En 862, Weland réapparaît  à l’estuaire de la Loire. Venu s’enrichir et en découdre, les versatilités théâtrales de ce personnage vont pourtant servir aux stratèges de Robert.

De son côté, Salomon de Bretagne s’était renforcé d’une flotte normande en échange de nombreux présents. Robert s’empare de douze de ces embarcations, et en fait massacrer tous les occupants.

Craignant alors que Salomon achète encore quelques pirates, le marquis de Neustrie verse 6 000 livres d’argent à Wéland pour sa neutralité. Lors de la négociation, le grand barbare et sa femme accepteront le baptême chrétien. Là, Salomon était tenu en respect.

À la fin de 862, toujours par l’entremise de Guntfrid et Gozfrid, les bretons rallièrent à leur cause le propre fils du roi, Louis le bègue.

Impatient de régner, ce jeune fougueux mena une puissante armée sur les terres de Robert. Ce dernier n’envisagea pas de suite la réplique. Occupé pour le moment plus à l’Ouest, il remit à plus tard la volte-face, pour fondre sur les bretons qui subirent une sanglante défaite. 200 de leurs chefs passèrent au fil de l’épée. Tout de suite après, les dernières menaces normandes furent mise en totale déroute, et, ensuite, Robert se tourna vers Louis pour lui coller une fessée. Le prince eut la chance de pouvoir échapper à la colère du marquis.

Ne pouvant errer, il sollicita le pardon de son père. Certes, il l’obtint, mais seulement avec un apanage constitué du comté de Meaux.

À Entrammes, au sud de Laval, en 863, les bretons signèrent une paix avec Charles le chauve. Ce traité reconnaissait Salomon vassal du roi de France. En échange, Charles abandonnait une partie de l’Anjou au prince breton. Ce qui lésa considérablement les intérêts de Robert. Toutefois, ce dernier reçut d’autres compensations avant de reprendre sa lutte contre les normands de Weland. Ceux-ci, après s’être enrichis de leur état d’auxiliaires de la couronne, s’étaient rués sur la ville et l’abbaye de Poitiers. Sur eux, Robert remportera une éclatante victoire près des rives de la Loire. Une bande pirate fut taillée en pièces, mais, mis en échec peu de temps après, le comte d’Angers, blessé, parvint de justesse à s’enfuir d’une rencontre où ses troupes se présentèrent trop inférieures en nombre. Au cours d’une de ses campagnes militaires, Robert s’était emparé d’un rebelle gascon, Egfrid ou Unifred, comte de Toulouse, qui s’était joint à Charles l’enfant, insurgé contre son père, le roi Charles. L’insurgé fut conduit à Pistre où le roi lui accorda son pardon, mais où Robert échappa à un guet-apens tendu par la jalousie de Bernard, comte d’Autun.

En 865, le dauphin Louis est à nouveau réinvestit de la Neustrie avec le comté d’Angers et l’abbaye de Marmoutiers. Tout en conservant le comté de Blois, Robert fut à nouveau compensé par les comtés d’Auxerre et Nevers, avec la confirmation de son investiture sur Autun, retiré l’année précédente à l’espiègle comte Bernard.

Et toujours, les normands saccagent encore. Orléans et le monastère de Fleury-sur-Loire sont pillés, puis Le Mans, l’année suivante.

Et toujours, la nullité militaire du prince Louis, conduit le roi son père à réinvestir Robert de la défense de la région.  Cette fois, il obtint les revenus de l’abbaye Saint-Martin de Tours dont Engelwin fut spolié sans raison laissée par l’Histoire.

Et c’est l’année 866, pour les annales de Saint-Bertin. Les normands se dirigent une fois de plus sur Le Mans. Robert, Hérivée, Gotfrid et Ranulfe de Poitiers se portent sur eux, et c’est Brissarthe (la mort).

 

 

 

 Les carences généalogiques, bien qu’alimentées par de scientifiques études récentes, présentent Robert le Fort comme l’ancêtre de la maison capétienne ; celle ayant régné, durant des siècles, sur une grande partie du monde occidental. Il reste entendu qu’il ne descend pas de la cuisse de Jupiter, pas plus qu’il n’a été trouvé dans un chou.

Il eut une famille, cet homme !

Encore aujourd’hui, les hypothèses sur sa parenté sont fort nombreuses, autant qu’incertaines.

La première qui se répandit dès le Xè siècle, et pour longtemps, fut celle qui attribuait à ce Robertide un père d’origine étrangère du nom de Witikind.

Conrad d’Ursperg, abbé de Lichtenov, est considéré comme l’initial écrivain ayant fait mention de cette ascendance. Il précisait même que Witikind était allemand, et qu’il s’était réfugié en Gaule pour des raisons politiques. Mort en 1240, Conrad d’Ursperg, dont l’opinion fut rejoint par  Guillaume de Nangis,  Wolfgang Lazius, Onofrio Panvini, l’abbé Claude Fauchet et Anselme de Sainte-Marie, s’était sans aucun doute appuyé sur le texte de Richer, moine de Saint-Rémi de Reims dont la chronique ne fut retrouvée qu’en 1883.

Elle avait été rédigée en 991 et 998. Ce qui conduira, et à juste titre, Anatole de Barthélémy à juger l’auteur trop éloigné du temps des contemporains de Robert pour que le texte, dépourvu de précision à ce point, offre suffisamment de crédibilité. De plus, bien que l’impartialité de Richer soit reconnue par les spécialistes de son époque, admettons cependant, à l’avantage de M. de Barthélémy, que l’avènement d’Hugues Capet n’était pas matière à satisfaire tous les partis, et notamment celui de l’archevêque de Reims. Du moins dans les couloirs. Donner une ascendance d’outre-Rhin au nouveau roi, contribuait idéalement à une part de son discrédit. Quelques autres mentions de cette sombre ascendance de la maison régnante vinrent probablement étayer la première science de l’abbé de Lichtenov : entre autre, les chroniques de Guillaumes de Jumièges, ou encore les affirmations d’Yves de Chartres.

 

 

Parallèlement aux écrits de l’abbé Fauchet, Ponthus de Thiard, évêque de Châlon-sur-Saône, nous montre un alliage des noms de Robert et Witikind de la façon suivante :

Witikind 1er, roi des saxons, est mis en fuite par Charlemagne en 783.

C’est en Normandie, à savoir au nord de la Neustrie, que ce prince ira se réfugier. Quelques années plus tard, son différend avec l’empereur s’achèvera par un traité lui donnant pour épouse Berthe, nièce de Charlemagne, avec laquelle il aura un fils nommé Robert. Ce dernier enfantera d’un Witikind II qui, lui-même, aura un fils, Robert II : notre Robert le Fort. En ajoutant que Wirikind II fut pourvu du comté d’Angers en 860, Ponthus de Thiard ne rejoint pas exactement l’abbé de Lichtenov, qui identifie et décale d’une génération ce même personnage à celui réfugié en Neustrie.

Cette légende, si elle ne fut pas motivée pour nuire à la légitimité de la famille régnante par le fait qu’elle n’était pas française, pouvait cependant alimenter d’autres courants d’idées rattachant la maison de France à la gloire de Witikind le grand, dont les faits d’armes tinrent longtemps et violemment un échec notoire aux troupes de Charlemagne. Observons quelque peu le panégyrique de ce fabuleux guerrier pour mieux comprendre les bienveillantes raisons qui voulaient en faire un aïeul de nos rois.

Considéré comme le héros national des peuples autochtones de Saxe, comme avant lui, Irminsul, il avait conduit une formidable insurrection en 778 jusqu’à Cologne, obligeant ainsi les francs à lever le siège de Saragosse qu’ils tenaient en Espagne. La répression de l’année suivante fut particulièrement sanglante. Le carolingien s’abattait sur la Westphalie, détruisant tout sur son passage. En 780, c’était l’Ostphalie qui subissait le même sort : pillages, incendies, massacres sont au programme. Le prétexte demeurait toujours la volonté de Dieu. Ainsi, pour ce motif, au terme de l’hystérie meurtrière, des centaines de païens reçurent le baptême chrétien.

En 782, trop confiant en leur victoire, les francs poussèrent leurs ambitions au-delà, vers les tribus slaves. Cette initiative du connétable Gilon devait se traduire par une regrettable erreur. Witikind se réorganise, puis se rue sur l’armée franque qu’il anéantit au mont Sünthal. Ici, ce fut la plus grande catastrophe de toute la vie de Charlemagne. Les représailles ne tardèrent pas. À Werden, près de Brême, le roi franc ordonnera l’exécution de 5 500 saxons, avant de mener une lutte sans merci contre le rebelle allemand. En 784, il passe l’hiver à Ehresburg, et au printemps 785, il obtient enfin la reddition de Witikind. Celui recevra le baptême dans l’église d’Attigny, et, malgré d’autres soulèvements saxons désorganisés en 793, 799 et 804, Witikind devait apparaître en l’histoire de la Germanie comme un saint quasi légendaire. C’est donc peut-être parce qu’Aimon de Fleury nous apprend, dans les miracles de Saint-Benoît, que Robert de Fort était saxon d’origine, que certains ont voulu améliorer cette assertion en lui attachant une glorieuse ascendance.

Quoiqu’il en soit, au cours de toute cette épopée, nous ne voyons pas exactement ce qui aurait poussé Witikind à se retirer à l’Ouest des états carolingiens, ni pourquoi sa famille s’y serait implantée définitivement.

Ce qui nous envoie vers une autre analyse du terme « saxon » lié à Robert par Aimon de Fleury. En marge de cette possible immigration germanique, les annales de Metz nous apprennent qu’il y eut la présence de saxons en Neustrie en cette fin du IXè siècle. En effet, Charles le chauve, dans sa campagne de 860 menée contre les bretons, avait à sa solde une avant-garde composée de saxons. Reste à savoir d’où ils venaient. S’il s’agissait d’un groupe descendant de ceux qui avaient été baptisés en 785 avec Witikind, aucune trace écrite ne nous indique une concession occidentale accordée ici par le monarque carolingien. Pas de trace non plus d’une nouvelle migration depuis.

Également, il nous faut écarter l’hypothèse que Charles II ait recruté des mercenaires d’outre-Rhin. Ceci, du fait, qu’en conflit permanent avec son frère Louis le germanique, il aurait eu beaucoup de difficultés à convaincre des sujets lui étant opposés. Cette nébuleuse historique qui suppose volontiers Robert le Fort sorti des rangs de cette avant-garde sera vite et remplacée par une logique plus défendable. À savoir qu’il existait, en Neustrie, une province nommée Saxia ou Saxonia, d’où aurait pu être engagés ces soldats dits saxons.

Plus tard, cette région fut d’ailleurs parfaitement identifiée comme celle de Bayeux dont une partie du comté portait de nom d’Otlinga Saxonica. Elle correspondait à l’ancien archidiaconé d’Hyesmois du diocèse. Aussi, la ville de Sées, nommée parfois Saxia ou encore Civitas Saxonum, de son ancienne occupation gallo-romaine,  pourrait aisément correspondre à la provenance de ces auxiliaires alors mal supposés immigrants. Enfin, en remontant beaucoup plus loin, nous pouvons concevoir que ces appellations peuvent provenir de l’invasion saxonne d’Odoacre que subit le quart nord-ouest de la Gaule aux IVè et Vè siècles. En témoignerait la Cour de Saxe du Corbonnais, dans le Perche. Quelques-uns d’entre eux auraient pu se mêler aux peuples autochtones tout en conservant une part nominative de leur culture. La société gallo-romaine offrant alors beaucoup d’attraits, il reste aisé de croire que l’envahisseur, mal organisé, se soit ramifié à cet endroit par voie de pacification.

La Pancarte noire d’Emile Mabille nous rappelle qu’une partie du m

Maine – le Saosnois – était nommée Pagus Sagonensis ou Saxonensis, et que le Xè siècle connaissait aux portes de la ville de Tours, la rue et le pont des saxons.

Toutefois, pour appuyer une dernière fois l’hypothèse faisant de Robert un étranger, voyons que les premiers carolingiens, désirant avorter toute ambition locale au sein des provinces restées fidèles à la première dynastie royale, avaient investis en Neustrie bon nombre de Bourguignons et d’Austrasiens à la tête des places stratégiques.

Pourquoi pas des saxons !

Sans aucun doute, ils y en avaient des étrangers en Neustrie. En traduit un acte authentique libellé par Robert le Fort lui-même. Il s’agit d’un contrat d’échange convenu en 866 avec Actard, évêque de Nantes,  concernant certains domaines du Blaisois,  et où il est fait mention de quelques de ses vassaux héritiers d’un certain Witicand.

 

De plus récentes études n’écartent toujours pas l’ascendance germanique du marquis de Neustrie.

Ne reposant toutefois que sur des indices assez minces, elles font de Robert une francisation de Rupert, issu d’une famille rhénane.

L’arbre, exposé par Karl Glöckner, serait donc le suivant : Robert le Fort est fils de Robert, comte de Worms, mort en 822 ou 834, et celui-là fils d’un autre Robert ou Rupert, duc d’Hesbaye, frère ou neveu de Cancor, fondateur de l’abbaye de Lorsch, et frère ou neveu de Landrade, la mère de Chrodegand, l’évêque de Metz.

De cette prodigieuse lignée serait également issue l’impératrice Ermengarde d’Hesbaye, l’épouse de Louis le pieux.

Sans la discrédité plus qu’une autre hypothèse, essayons tout de même d’en analyser ses étaies, et admirons la fantastique généalogie qu’elle nous propose remonter très loin. Elle part du VIIè siècle avec un inconnu, noble du diocèse de Thérouanne, et contemporain de Saint-Achaire de Noyon. Parmi ses enfants de cet inconnu, nous remarquons déjà un Robert, maire du palais de Neustrie, mais aussi un Erlebert, seigneur de Quernes, duquel nous allons suivre la lignée.

L’un de ses fils, Landebert ou Saint-Lambert sera abbé de Fontenelle, puis évêque de Lyon. Un autre, encore un Robert, accèdera à la chancellerie du roi Clotaire III au point de se voir titré duc de Neustrie. C’est à partir de celui-ci que la notoriété de la famille va davantage s’amplifier. Outre le célèbre Lambert de Maastricht, évêque de Liège, ce deuxième Robert aura deux filles : Angadrisma, épouse d’Ansbert, évêque de Rouen, et Folchaide, mariée à Théodon II, duc de Bavière.

Il sera également grand-père d’un premier comte d’Hesbaye nommé Lambert ou Adelhelm. Là, il nous manque l’identité de la génération intermédiaire, mais de cette dernière seraient issues les maisons du Maine et du comté de Laon, donc les ascendants de Berthe aux grands pieds.

Par ailleurs donc, le deuxième Lambert, reconnu comte d’Hesbaye, se trouve être certifié aïeul en ligne directe de Robert le fort ainsi que de sa cousine, l’impératrice Ermengarde.

Son premier fils fut encore un Robert (Robert 1er d’Hesbaye pour le coût). Celui-ci enfanta le fameux Cancor de Lorsch et un nommé Thurimbert, qui lui succéda en ses possessions temporelles.

De lui, nous trouvons un autre héritier direct en la personne de Robert II, puis son fils, un Robert III : papa de notre marquis.

Jusqu’ici, belle famille !

D’autant que la maman de Robert – l’épouse de Robert III donc – se trouve ici identifiée comme Waldrade, fille d’Adrien d’Orléans et sœur du comte Eudes.

Ce qui explique parfaitement la transmission du nom Eudes au futur roi Eudes de France, autant qu’à Eudes de Troyes, reconnu alors frère du marquis de Neustrie.

Cependant, ce qui manque à la cimentation de cette généalogie, c’est que l’on ne voit pas au profit de qui s’évaporent les comtés d’Hesbaye, Worms et Oberrheingau que détenaient Robert III.

Aucune trace manuscrite ne fait état de ces titres héréditaires de notre Robert, tout comme la date de sa naissance reste ignorée.

Et là, nous pouvons émettre un second doute quant à la durée d’une génération.

Robert III meurt en 834. Si nous admettons au mieux que le marquis naquit posthume, il aurait eu 32 ans lors de sa mort – déjà un vieil homme, pour l’époque.

Rien d’impossible, certes, mais compte tenu qu’il  serait l’héritier de son présumé géniteur, par son droit d’aînesse puisque son frère n’est alors connu que comme comte de Troyes, donc cadet, selon ladite hypothèse, et comme tout autant devait l’être l’autre frère, Adelehlme, il demeure quasi mathématique que notre Robert fut encore plus âgé que cela en 866. Ici, toujours rien de réellement contradictoire, mais, par contre, Réginon de Prüm  nous apprend avec certitude que les futurs rois Eudes et Robert 1er furent orphelins dès leur enfance. Non que l’homme ne soit plus systématiquement fertile en sa vieillerie, mais le cas se trouvait assez rare en ce haut moyen-âge.

Bref ! observons-là deux faibles énigmes qui pourtant nous interdisent de mettre classer cette ascendance parmi celles de fortes probabilités.

  

 

À présent, voyons ce qui rattache la famille de Robert le fort avec celle des Welf pour tenter d’y apercevoir une autre ascendance possible.

Après sa mort, toutes les charges et dignités qu’il occupait furent accordés à Hugues l’abbé, fils d’un Conrad, comte d’Auxerre, et petit-fils de Welf d’Altdorf. Quinze ans après, une partie des mêmes honneurs font retour à Eudes et à Robert, les enfants du marquis. Puis, au décès de l’abbé, tout ce qu’il possédait revint encore à Eudes qui, de plus, hérita du comté de Paris, précédemment détenu par un autre Conrad, frère de l’abbé.

Selon la chronique de Saint-Bénigne de Dijon, Hugues l’abbé était frère des fils de Robert le fort (ce qui doit s’entendre ici plutôt comme « demi-frère »). Auquel cas, si l’on occulte une filiation maternelle, nous ne pouvons nous appuyer sur rien ailleurs. En effet, si la chronique dit vrai, la seule parenté entre ces princes viendrait d’une mère commune ; à savoir Adélaïde d’Alsace, femme du premier Conrad d’Auxerre, qui aurait épousé le marquis en secondes noces.

Autrement, si la même chronique s’embourba dans la confusion, nous rejoindrons  Jean-Jacques Chifflet qui affirme Robert fils de Conrad ; par-là, Hugues, bâtard de ce même Conrad.

Pour M. Barthélémy, aucun doute quant la filiation venant de la mère. Pour cet érudit en la matière, Robert se maria bien deux fois. Avec une italienne, tout d’abord, de laquelle il eut une fille et nos deux futurs rois, puis veuf, avec Adélaïde, elle-même veuve de Conrad, et donc mère de l’abbé. À moins que ladite chronique ait confondu frère avec cousin, cela aurait pu être une quasi-certitude.

Hélas, non ! et encore à cause de l’âge, car Adélaïde, reconnue fille d’Hugues le peureux, aurait pu être la mère de son nouvel époux. Et, même si ce fut le cas, nous ne voyons  pas exactement l’intérêt d’Hugues l’abbé à léguer ses intérêts aux beaux-fils de sa mère plutôt qu’à un autre neveu. Considérons au mieux une hâte du rédacteur de la chronique quant à la réelle union des deux familles.

 Regardons alors plus probant, le second mariage de Robert avec une sœur ou cousine de l’abbé ; soit une fille de l’impératrice Ermengarde et de Lothaire 1er ; soit une fille ou une nièce inconnue de Conrad.

À cet effet, Réginon de Prüm, contemporain des rois Eudes et Robert, écrit dans sa chronique que le marquis de Neustrie était beau-frère d’Hugues l’abbé. S’est-il appuyé sur des ouï-dire ?

Enfin, ce que nous ne pouvons contester, c’est tout de même le lien indiqué par l’annaliste de Saint-Bénigne, car Hugues fut bel et bien le tuteur des enfants de Robert, dont l’un transmis à sa descendance le nom de cet illustre personnage.

Par contre, faire d’Eudes l’héritier du comté de Paris, cela reste improbable, et pour deux raisons. La première, tout en oubliant les dates dont aucun historien n’arrive à confirmer, nous ne voyons pas pourquoi  Rodolphe, fils du second Conrad,  aurait abandonné ce fief au profit d’un lointain cousin ; deuxièmement, nous ne voyons pas de rapport entre Paris et cette grande famille Welf qui régnait alors davantage sur la Bourgogne.

 

 

 

Avant d’en venir aux filiations plus logiques, pour ne pas dire plus certaines, mentionnons toutes les éventualités qui furent émises en vue de glorifier la troisième dynastie par son lien avec la deuxième.

Pour beaucoup, il s’agissait de voir en Saint-Louis, en François 1er, en Louis XIV, plus tard, les descendants du super Charlemagne. Directement,  Maître Besly, avocat du roi à Fontenay le Comte,  fait de Robert un descendant de Régine, concubine de l’empereur qui, du monarque, enfanta deux bâtards : Drogon et Hugues. Ce dernier père d’un autre Hugues, duc de Bourgogne, et géniteur de Robert. Plus subtiles furent ceux, comme Alphonse d’Elbène, Jean du Tillet, Scévole de Sainte-Marthe, André Duchesne, Charles Combaud, Marc-Antoine Dominicy, David Blondel, le père Labbé, Jean Du Bouchet et Matthieu Zampini, historien créditeur d’Henri IV,  qui attachèrent  notre marquis à Pépin d’Heristal, le célèbre maire du palais, père de Charles Martel. De sa première épouse il eut Childebrand, comte de Bourgogne et père de Nébelong 1er.  De celui-ci, s’étayeront deux branches possibles arrivant à Robert. La première lui donnerait un fils Théodebert, père d’un premier Robert, seigneur de Saisseau, qui enfanta le nôtre. La seconde, d’un autre fils connu comme Childebrand II, comte d’Autun, ferait de Robert le fort, un arrière-petit-fils de ce prince, par Eccard, puis Nebelong II, comte d’Auxerre. Thèse défendue par Jean-Baptiste Goth de Rouillac, duc d’Epernon.

D’autres, comme Jean Trithème et François de Belleforest, en exemple,  iront plus loin encore en fiction grandiloquente, avec une filiation remontant jusqu’à Marcomir, ancêtre déjà présumé des mérovingiens.

Pourquoi pas ?

 

 

Maintenant, si nous revenons sur l’étude de la transmission des noms à travers les ambiguïtés successorales du temps, la théorie la plus proche de la réalité demeure celle de M. de  Barthélémy. À  savoir, tout comme celle voulant faire descendre Robert d’un autre Robert, comte de Worms, que notre érudit s’est attaché plus particulièrement à la transmission de celui d’Eudes, fils aîné de notre sujet.

En cette seconde partie de siècle, quatre dignitaires prénommés Eudes circulent et procréent en notre royaume.

 

 

Pour M. de Barthélémy, c’est de ce côté qu’il faut voir notre ascendance. Eudes, comte d’Orléans, père de la reine Hermentrude, peut-être aussi comte de Nevers et d’Autun, reçut du roi le commandement des provinces d’entre Seine et Loire. Tombé dans un traquenard breton, il trouva la mort en 835, avec son frère Guillaume, comte de Blois. Cet Eudes laissa un fils également prénommé Guillaume. Hélas ce dernier n’aura pas autant de gloire auprès du roi. Révolté, on sait plus exactement pourquoi, le monarque ordonna qu’on lui tranche la tête à Senlis, en 866. Et, pour M. de Barthélémy ce fut la raison pour laquelle le nom ne sera alors plus transmis dans les générations suivantes. Guillaume étant devenu synonyme de traître.

Certes  plausible, mais l’érudit va plus loin. Il étaye sa théorie sur un acte d’échange passé entre notre Robert et l’évêque Actard de Nantes, qui indique Robert détenteur d’une propriété domaniale en le comté de Blois. Derechef, il en fait donc le fils du premier Guillaume en suivant la logique que, dans le cas contraire, c’eut été le Guillaume étêté détenteur de ce domaine. Une autre pièce mentionnant une donation indique Robert comme neveu du comte Eudes d’Orléans. Cette généalogie reste fort probable en raison de la transmission du nom, mais elle ne se prouve en aucune sorte ; du moins pas plus que celles la liant à d’autres seigneurs contemporains portant le même prénom.

Par exemple, cet Eudes, comte d’Angers et abbé laïc de Saint-Aubin en sa ville, qui pourrait être apparenté aux deux frères tués en 835. Voyons ici Robert le Fort  le plus souvent intitulé comte d’Angers dans tous les actes. Il reste incontestable qu’il lui succéda en cette charge.

Ailleurs, nous trouvons un Eudes, comte de Troyes, ayant pour frère et successeur, un dignitaire nommé Robert. Puis, encore un autre Eudes, fils d’un Hardouin, probablement comte d’Evreux.   

 

 

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Published by Laurent - dans HISTOIRE
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30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 19:08

 

 

Le traité de Verdun

 

 

Depuis l’avènement de Pépin le Bref, en 751, confirmé par un nouveau sacre trois ans plus tard, la dynastie carolingienne  avait maintenu solidement son autorité sur toute la Gaule.

Investit du pouvoir par un droit divin, aucune autre puissance ne pouvait se substituer à cette entité familiale dont les fils légitimes, à commencer par le futur Charlemagne, se voyaient pourvus d’une couronne ; trait d’union entre le temporel et le spirituel.

La royauté, cautionnée par le rituel du sacre, était devenue une fonction sainte.

Cet édifice, assis depuis sur un nouveau trône impérial, donc comparable à la toute puissante Rome antique, ne devait cependant durer que trois générations.

Une coutume franque, pratiquement inviolable, voulait justement que chaque enfant légitime de sexe masculin ait une part égale de l’héritage du père régnant. Ce qui mena Louis le Pieux à prévoir, dès 817, un partage entre ses trois fils tout en essayant, en marge, d’instituer un nouveau droit d’aînesse : l’ordinatio.

La grande assemblée des francs est convoquée à Aix-la-Chapelle ; Lothaire se voit attribuer la succession de l’empire, Pépin,  la couronne d’Aquitaine, quant à Louis, il deviendra roi de Bavière.

Les deux cadets demeurant ainsi vassaux de l’aîné.

Voyons ici l’unité impériale - chère aux ambitions de l’Église –  bien établi dans sa forme la plus conceptuelle.

Jusque-là donc, tout paraissait planifié sans heurt, mais, d’un second mariage, l’empereur eut un quatrième garçon au profit duquel il dut revoir les termes de son partage initial.

Ce qui engendra, durant de longues années, une querelle de succession qui ne s’achèvera qu’en 843.

Les premières conséquences de cette guerre civile furent l’appauvrissement de l’État ainsi que l’amoindrissement du pouvoir absolu qu’avait institué Charlemagne.

En 833, Lothaire, Louis et Pépin, révoltés contre leur géniteur, rallient à leur cause la presque totalité des vassaux de la couronne.

Alors, l’anarchie s’installe ; chacun détourne les intérêts nationaux vers un profit personnel devenant, peu à peu, transmissible par hérédité. Jusqu’ici, les fonctionnaires du monarque, comtes ou ducs des provinces frontalières, investis de leurs charges et jouissances par contrat assorti de précarité, demeuraient fidèles à leur souverain. Notons cependant que Charles-Martel, puis Pépin le Bref, garantirent leur intégrité territoriale par de nombreux liens renforcés de gratifications, parfois très coûteuses.

Sous le règne de Charlemagne, ces investitures se virent plus solidement tenues en main, certes, mais ce moyen de gouvernement n’était toutefois pas sans danger pour l’ordre carolingien.

La faiblesse de Louis le Pieux, tout en fragilisant la notion d’État, avait également transformé cette protection militaire en sources d’instabilités internes à l’empire. De plus, la fréquence des raids normands devait accentuer considérablement ce processus de décadence au sein des provinces les plus isolées du pouvoir central.

Ces dernières avaient déjà beaucoup souffert durant le siècle précédent. Les guerres, les épidémies consécutives et la malnutrition diminuèrent considérablement les effectifs humains, indispensables au monde rural dont l’agriculture, dans ce premier Moyen-âge, luttait perpétuellement contre la progression des forêts.

Ainsi, la rareté des espaces cultivables tombe très vite aux mains de l’aristocratie et du clergé.

Ce dernier, édifiera des monastères qui, après s’être enrichis durant la fin du règne de Charlemagne, devinrent les proies favorites de l’envahisseur païen.

Au sud, l’Occident reste encore menacé par la progression des sarrasins.

C’est maintenant que les grands dignitaires des fonctions défensives vont pouvoir assoir leurs richesses, autant sur leur nécessité stratégique que sur l’effritement du pouvoir central : les Wilhelmides en Aquitaine, Lambert à Nantes, les Bosonides en Provence, la famille des Welfs en Bavière, et Robert le Fort en Neustrie.

Toute cette aristocratie naissante, peu à peu devenue indifférente au concept d’État, va cumuler des bénéfices considérables sur le dos des carolingiens qui, de leur côté, s’efforçaient d’acheter ou de racheter leur fidélité.

Par endroit, une alliance plus étroite avec la famille impériale renforçait conséquemment l’autonomie de parfois de grands domaines lucratifs.

Aussi, de terres et d’argent, ces nouveaux princes s’attacheront de forts moyens d’arme protégeant leur hérédité des allégations royales.

Ce fut de cette façon que le IX è siècle verra naître la féodalité et ses places fortes. Ce siècle verra également son premier roi de France, Charles II qui, lors du partage de l’Europe à Verdun, en 843, obtiendra une autorité encore théorique étendue des côtes de la Manche et de l’Atlantique jusqu’aux rives de l’Escaut, de la Meuse, de la Saône et du Rhône.

Mais essayons ici de retracer chronologiquement le cadre historique depuis la mort de Charlemagne, en l’an 814.

Son fils et successeur, Louis, qui se nommait lui-même « le pieux », était alors déjà âgé de quarante-six ans. Il avait été associé au trône l’année précédente, au grand regret de son père lui préférant son aîné, Charles, davantage initié à la fonction impériale, mais hélas décédé en 811.

Cette déception du monarque défunt ne fut certes pas sans motifs justifiables ; et l’avenir le prouva.

Louis apparaissait comme un homme instable, non adapté pour le maintien de l’unité politique dont un siècle de conquêtes et d’évangélisations ne suffisait pas encore à garantir les frontières.

Aussi, davantage que ses prédécesseurs, il devait considérer l’État comme son bien personnel.

Louis 1er apprit la mort de son père alors qu’il séjournait à Doué-la-Fontaine, près de Saumur.

Jusqu’à présent, en dehors de quelques expéditions qu’il avait mené au nom de la couronne, il vécut la plupart du temps en Aquitaine, déplaçant sa cour d’un palais à l’autre : Doué, Anjac, Ebreuil et Chasseneuil.

Autour de lui se trouvent sa femme, Irmingarde, et ses conseils, Hélisachar, Benoît d’Ariane, ainsi que Bégon, son gendre et futur comte de Paris – tout ce monde accèdera très vite aux charges du gouvernement.

Dès qu’il fut installé à Aix-la-chapelle, la capitale de son père, ses premières actions furent de confisquer de nombreux biens d’Église.

Ce qui lui valut, et pour longtemps, la rancune générale du clergé.

Wala et son demi-frère Adalard de Corbie  seront destitués des hautes fonctions qu’ils exerçaient auprès de leur cousin Charles, puis envoyés au monastère de Noirmoutier.

Le nouvel empereur et Irmingarde seront couronnés à Reims par le pape Etienne IV, en 816, et Lothaire, leur fils aîné, sera intégré à l’avenir du gouvernement l’année suivante.

Motivé par le maintien de l’unité occidentale (chère à l’Église), la rédaction de l’Ordinatio Imperii instituait ainsi le droit d’aînesse.

Le cadet Louis se verra attribué le titre de roi de Bavière, tandis que Pépin occupera le trône d’Aquitaine. Néanmoins, tous deux, comme nous l’avons vu, resterons soumis au pouvoir impérial de leur frère.

Il en sera de même pour leur cousin, Bernard, déjà investit du royaume d’Italie. La part d’Arnulf, fils illégitime de Louis le Pieux, fut moins intéressante. Il devra se satisfaire d’une investiture très inférieure : celle du comté de Sens.

Ce règlement de succession, prématuré puisque l’empereur Louis vécu jusqu’en 840, ne fut pas du goût de tous les sujets francs dont certains s’appuyèrent sur les traditions du partage pour rejoindre la révolte de Bernard d’Italie.

La manifestation de celui-ci, à cet effet, lui coûta la vie.

Bien que l’empereur fût clément en lui faisant crever les yeux, la mort vint d’elle-même, quelques 48 heures après, le 17 avril 818.

Alors, préoccupé d’un souci d’autorité, et en garantie d’éventuelles autres insurrections de même nature, Louis, dit aussi le « débonnaire », fit arrêter, tonsurer et enfermer tous les bâtards de Charlemagne, ses demi-frères :  Drogon, Hugues et Thierry, pour les citer.

Plus tard, l’empereur du souffrir d’insomnie puisqu’il regretta tous ses méfaits, et, à l’instigation du réformateur Benoît d’Aniane, le nouveau monarque devait se repentir publiquement de ses actes à l’assemblée d’Attigny, où, devant les évêques, il subit l’humiliation générale, source de son historique discrédit.

Entendez que le caractère instable de ce prince se traduisait déjà ici ! Tout son règne devait prouver, par la suite, son manque de jugement cohérent, amenant parfois son intellect et sa dévotion à des excès de cruauté animés par un état de colère soudaine et injustifiée.

Alors, l’homme, très certainement hystérique, sombrait dans un remord qui fut la source de nombreux actes administratifs contradictoires.

Ce dérèglement, passant du crime aux largesses, souvent abusives, lui attribua, après sa mort, le surnom dudit débonnaire.

Cette ironie, mentionnée plus haut, et qui aurait pu quelquefois demeurée justifiée, reste cependant irréelle, car le mot semble vouloir davantage signifier de « bonne race », de l’ancien français de « bonne air ».  Terme rapporté à « généreux » ; c’est-à-dire noble !

Enfin, au-delà de cette ridicule pénitence, Wala et Adalard revinrent à la cour, et presque tout le monde fut réintégré.

La paix, à présent, pouvait se réinstaller !

Ici, le destin aurait pu s’interpréter comme mauvais acteur de l’Histoire puisque, le 3 octobre 818, l’impératrice Irmingarde meurt prématurément à Agen, et, au-delà de ce drame, le veuvage du souverain ne fut que de courte durée.

À la suite d’un concours de beauté qu’il avait organisé, le carolingien régnant porta son choix sur l’une des filles du comte Welf, un seigneur bavarois.

Mariée en 819, la nouvelle impératrice, Judith, était aussi belle qu’ambitieuse et dominatrice.

Son influence sur Louis devait très tôt faire naître l’animosité générale, entraînant derechef la décadence du pouvoir qu’avait parfaitement étayé Charlemagne.

Nous ne joindrons pas ici les propos misogynes de la plupart des auteurs qui virent en cette « miss Occident » une catastrophe politique, et qui lui attribuèrent, à tort, l’effondrement du plus bel édifice germanique que notre Histoire ait connu.

Certes, les manœuvres qu’elle exerça sur son époux, davantage orientés à servir sa propre cause, ne solidifièrent en aucun cas la crédibilité de l’autorité centrale, mais reconnaissons que le roi pieux, s’il avait été à la hauteur de ses décisions, comme l’eut été son prédécesseur, nul courant contraire aurait évolué au sein de l’État.

Le naturel féminin demeure !...

Rien ne nous oblige à y voir l’origine de toutes les défections du pouvoir français.

Néanmoins, le jeune Lothaire fut tout de même associé à la couronne dès 823. Date à laquelle il fut conduit à Rome pour recevoir les sacrements du pape, Pascal 1er.

Le 13 juin de cette même année, Judith de Bavière enfantait le futur Charles II, pour lequel, impatiente, elle exigea aussitôt une révision de la constitution de partage déjà établie.

Wala, devenu ministre du roi pieux, devait longtemps opposer l’unité impériale aux prétentions de la princesse allemande.

L’empereur, oscillant de part et d’autre, soumis aux deux influences, ne fut jamais assez ferme dans ses décisions.

Wala, dont l’ambition ne devait pas moins être tournée vers ses intérêts personnels, regroupait à la cour le parti des opposants de l’impératrice.

En 825, au sommet de sa fortune, il organisait l’union de Lothaire à la fille d’Hugues III de Tours, l’un de ses fidèles.

Ce dernier se vit même confier, l’année suivante, une armée dirigée contre les sarrasins qui menaçaient les états de Bernard de Septimanie, cousin de l’empereur, qui du néanmoins du se défendre seul contre l’envahisseur.

L’hésitation et l’incompétence d’Hugues, dit depuis « le peureux », ou le « timide », lui valut d’être convaincu de haute trahison, et, condamné à mort avec son complice, et non moins nul, le comte Matfrid d’Orléans.

La peine fut commuée, mais Judith de Bavière, profitant du discrédit pesant sur Wala, écarta celui-ci du pouvoir et le fit remplacer par Bernard de Septimanie, dont les faits d’armes en avaient fait un héros de cour.

Lothaire vit alors son autorité disparaître !

Toutefois, Wala, nouvel abbé de Corbie, lui, n’avait pas réellement disparu.

Accusant son successeur d’adultère avec l’impératrice, il fit courir les bruits que les deux amants pratiquaient également la sorcellerie, et même qu’ils tramaient un complot visant à faire assassiner Louis le Pieux.

Rien ne fut prouvé, mais Wala réussit à liguer Pépin, Louis de Bavière et Lothaire contre l’autorité paternelle de l’empereur.

À l’assemblée de Worms, en 829, l’aîné des fils de Louis 1er, qui avait précédemment accepté de se démunir d’une part de son héritage au profit de Charles, son jeune demi-frère, revint sur sa décision.

Ici, le règlement de succession, prévu depuis 817, se trouvait avorté.

À partir de cette date, la fidélité des grands dignitaires devint de plus en plus difficile à conserver, et le pouvoir impérial ne put se reposer que sur une vassalité contractuelle, réduisant peu à peu la fortune de la dynastie régnante. Nithard écrivait « l’État de l’empire dans lequel chacun, guidé par sa cupidité, cherchait son propre avantage, s’aggravait de jour en jour ».  

 

En avril 830, profitant d’une campagne militaire menée contre les bretons insurgés, Hugues le peureux et Matfrid d’Orléans se soulevèrent à la tête d’une puissante armée.

L’empereur, sa femme et Bernard de Septimanie seront encerclés.

Judith, apeurée, se rendit au monastère Notre-Dame de Laon.

Elle y fut enlevée par la suite, et par l’association Wala, Hugues et Matfrid. Ces derniers  exigèrent d’elle le serment de se faire religieuse à une assemblée réunie à Compiègne, où Louis le pieux fut également déposé par le clergé.

Après, Judith fut enfermée à Poitiers, dans le couvent de sainte Radegonde.

Cependant, Lothaire, ne jugeant pas l’heure venue de remplacer son père, se retira en Italie, laissant ainsi le pouvoir à l’abbé de Corbie.

Et là, si Bernard put échapper à la répression qui s’ensuivit, son frère Herbert et son cousin Eudes eurent les yeux crevés après avoir été jugés et révoqués de leurs fonctions.

L’empereur n’était plus qu’une marionnette dont l’abbé de Corbie tirait les ficelles, tout en imposant à l’État son gouvernement jugé comme une véritable dictature par certains historiens.  

Cette situation ne pouvait pas durer. Bientôt, Gombaud, moine probablement à la solde de Judith, intriguant Pépin et Louis le germanique, fils cadets du monarque déposé, réussit à les liguer contre les intérêts de leur frère aîné. Le résultat fut de nature à satisfaire quelque peu les nostalgiques de Charlemagne, car, en effet, un nouveau partage prévoyait trois royaume distincts, mais instituait tout de même la notion d’empire au profit de Lothaire. Notion précaire, somme toute !

Enfin, Wala dut s’exiler en son monastère pour la seconde fois, et, une assemblée tenue à Aix-la-chapelle, en 832, devait laver l’impératrice de l’accusation d’adultère, et la réintégrer dans ses dignités.

Matfrid se vit encore condamné à mort, encore gracié, et encore exilé.

Hélas, dès l’année suivante, le trio infernal reprend sa revanche sur Gombaud et Judith, et les trois frères, Louis, Pépin et Lothaire, à nouveau ligués, livrent une bataille contre les forces de Louis le pieux.

La rencontre a lieu entre Bâle et Colmar, à Lugenfeld, dit « le champ des mensonges ». Les jeunes princes se sont fait accompagner par le pape Grégoire IV, intervenant au nom de l’unité impériale, certes, mais surtout venu traduire l’autorité de Rome en ces affaires temporelles. Auparavant, Grégoire avait dit « Il ne faut pas ignorer que le gouvernement des âmes qui appartient au pontife est plus important que le gouvernement temporel qui appartient à l’empereur ». La présence de cette éminence ne devait pas influencer Louis à consentir quoique ce soit, mais transforma particulièrement la situation à son désavantage. Le lieu de la bataille fut nommé « Le champ des mensonges », nous l’avons dit plus haut, car l’empereur se vit ici bel et bien trahit et abandonné par ses fidèles.

Le 30 juin, il dut se rendre, et fut emprisonné à Saint-Médard de Soissons. Judith sera enfermée à Tortona, en Italie, et le jeune Charles à Prüm, en Germanie.

Le premier octobre de cette année 833, à Compiègne, une diète impériale composée de plusieurs évêques, et animée par l’archevêque Ebbon de Reims, exigea que le prisonnier subisse une double dégradation.

À Soissons, privé des fonctions d’État, le vieux carolingien revêtit alors l’habit de pénitent.

En 834, le pays fut à nouveau plongé dans une rébellion de famille assemblant Pépin et son frère Louis ; tous deux inquiets de voir Lothaire s’approprier tout l’empire. De plus, Lambert, Matfrid et Hugues le peureux commençaient à se quereller.

Une nouvelle armée se forma et se rendit à Saint-Denis, où Lothaire retenait son père, ainsi que Charles, le fils de Judith.

Cherchant à éviter la rencontre, le prétendant à l’empire libéra ses parents, et se replia jusqu’à Vienne.

Cette fois-ci ce fut le peuple et le clergé qui rétablirent Louis 1er  le pieux, qui retrouva  sa couronne en mars 834.

Aussitôt, il envoya une délégation à son fils aîné lui ordonnant de quitter la Gaule.

La paix semblait vouloir s’imposer sur l’Occident, car lors d’une autre assemblée réunie à Worms, Lothaire s’y prosterna très humblement en sollicitant le pardon de son père ; ce qui lui fut accordé !

Le lendemain, ils se réunirent en conseil de famille, et au terme de trois jours de négociations, le fils repentit envoya deux émissaires au vieil empereur afin de le prier de diviser ses états à sa convenance.

Louis régla donc sa succession en ce sens, tout en isolant la Bavière.

Lothaire choisit alors la partie orientale de l’empire, et concéda la partie occidentale d’au-delà de la Meuse au jeune Charles, son demi- frère.

Pour l’heure, Louis le Germanique demeurait en totale disgrâce.

Ce qui engendra d’autres conflits, vous le pensez bien !

Pépin mourut en 838. Déjà, Charles se vît confier l’administration de l’Aquitaine, État du prince défunt. Ce fut, de cette province, qu’il apprit autant la mort de son père, en 840, autant la fourberie de Lothaire qui, violant les accords de Worms, entamait son invasion par le nord.

Charles ne pouvait laisser faire, bien entendu, et son armée devait rencontrer celle de son aîné près d’Orléans.

Pour ce jour, aucun combat ne s’engagea ; une trêve fut conclue donc, et, le 15 avril 841, Charles installa sa nouvelle cour dans la ville de Troyes.

Ensuite, une seconde rencontre diplomatique fut prévue le 8 mai, au château d’Attigny. Hélas, Lothaire occulta le rendez-vous.

Par contre, informé de cette assemblée, Louis le Germanique y délégua deux émissaires tendus vers une alliance avec Charles.

Celui-ci en profita, et, au mois de juin suivant, il réunit son armée à celle de Louis.

La rencontre fut sanglante. Au terme de longues négociations afin d’éviter le combat, le 23 juin, les troupes furent alignées en rang de bataille. Louis et Charles proposèrent à leur un aîné un ultime compromis : ils concédaient chacun une part de leurs états en préconisant le partage de l’empire en trois royaumes d’égales administration. Alors, conseillé par Hugues, Ibert et Drogon, Lothaire fit répondre qu’il lui fallait du temps pour analyser ces nouvelles concessions. Il s’agissait-là d’une ruse, car, du temps, il en avait en effet besoin, mais c’est parce qu’il attendait la venue des forces de Pépin II d’Aquitaine, son neveu. Pourtant, par l’intermédiaire de ses vassaux, Hermenald, Frédéric et Ricouin, il avait juré de maintenir la paix.

Le 24 juin, Pépin arriva sur le champ de Bataille (Fontenay-en-Puisaye, près d’Auxerre).

À présent, Lothaire était pressé d’en découdre. Cependant, ses deux frères l’invitèrent à une autre journée de réflexion quant à l’idée du partage. Hélas, rien n’y fit !

À l’aube du 24 juin, les fers se croisèrent, et ceci durant toute la journée.

Au soir, la victoire de Charles fut totale. Lothaire et ses fidèles furent mit en déroute, et les annales de Saint-Bertin, exagérant les chiffres, nous apprennent que 40 000 hommes trouvèrent la mort dans cette rencontre qui fut assurément la plus meurtrière de l’histoire carolingienne. Écoutons le témoignage d’un certains Angilbert dans un poème qu’il nous a laissé : « …que ni la rosée, ni l’averse, ni la pluie ne tombent jamais sur les prés où les guerriers les plus exercés au combat ont péri pleurés par leur père, leur mère, leurs frères, leurs sœurs et leurs amis… J’ai regardé la vallée du sommet de la colline quand le vaillant roi Lothaire repoussait ses ennemis et les faisait fuir jusque de l’autre côté du torrent. Du côté de Charles et de Louis pareillement, les champs sont blancs de vêtements de lin des morts comme en automne, et sont souvent blancs d’oiseaux. Cette bataille n’est pas digne d’être célébrée dans un chant mélodieux. Que l’Est, le Sud, l’Ouest et le Nord pleurent tous ceux qui ont été tués ainsi ».

Cependant, cette bataille de Fontenay, défaite cuisante pour Lothaire, ne devait pas mettre fin aux ambitions de ce dernier.

Dès l’année suivante, il envoyait une armée conduite par Ottokar, évêque de Mayence, aux portes de Strasbourg défendue par Louis le Germanique.

Aussitôt, Charles, partant d’Avallon, se dirigea sur Toul, franchit les Vosges au col de Saverne et, le 14 février, déferla sur les troupes de l’évêque qui furent mises en déroute. À la suite de cette nouvelle victoire, les deux cadets scellèrent leur alliance par un serment rédigé puis émit dans la langue respective de chacun des deux princes. En fait, ce fut le contraire : Charles le prononça en tudesque,  Louis en langue romane. Par la suite, ce fut ce fameux serment qui devait établir l’existence d’une double réalité : celle d’une nation française, et celle d’une nation allemande.

Enfin, après de longues négociations, Lothaire, Charles et Louis s’accordèrent à procéder au partage de l’empire.

À Verdun, au début du mois d’août 843, Charles se voit attribuer les territoires situés à l’Ouest de la Saône, à savoir la « Francia occidentalis », Louis reçut la souveraineté sur la Bavière et les pays situés sur la rive droite du Rhin, à savoir la « Francia orientalis », et Lothaire, avec le titre d’empereur, obtint donc la terre située entre ces deux états, formant ainsi une bande étroite allant de la Frise jusqu’à  Rome. La France et l’Allemagne étaient nées. Les régions d’entre les deux, c’est-à-dire la « Francia média », nommée aussi Lotharingie, constituèrent, durant des siècles, l’objet de convoitises franco-allemandes parfois très violentes. 

L’unité impériale s’était brisée, mais la paix s’en était substituée. Traditionnellement, et nous l’avons dit, le traité de Verdun est l’acte qui créa deux entités constituant, plus tard, l’Allemagne et la France. Cette dernière se voyant alors attribuée de son réel premier roi. Beaucoup d’historiens et de nationalistes s’attacheront à ce concept ; certains même affirmeront que les négociateurs du traité furent, au-delà de maints inventaires, respectueusement animés de la sauvegarde des diversités ethniques autant que linguistiques, et, par extension, de l’idée que la séparation des deux grands états, en dehors de l’éphémérité du troisième, se cicatrisa en la naissance d’autres nations de moindre importance, telle la Suisse, la Belgique ou la Hollande.

Non sans vouloir occulter presque complètement cette théorie, nous rappellerons ici que l’appellation initiale des trois royaumes restait la même : « Francia ».

Le peuple, quant à lui, s’il demeure saxon dans un endroit, s’il est  lombard dans un autre endroit, où encore burgonde, goth, frison ou breton par ailleurs, il ne perçoit pas vraiment l’importance de ce morcellement politique. Notons  également, et non de moindre influence, que les volontés du Saint-siège - représentant de l’unité chrétienne - s’imposèrent tout particulièrement parmi les exigences du traité.

L’empire d’Occident n’est plus que symbolique, certes,  mais l’autorité spirituelle de Rome demeure.

À chacun des trois souverains de faire régner leur autorité, ou d’envisager des extensions.

Pour ce qui fut la plus urgente manœuvre de Charles, c’est d’assainir son royaume des invasions normandes qui n’avaient de cesse au meurtre et au pillage.

Ici, en examinant les siècles qui suivirent, nous pouvons également accepter que si la Francia média ne s’était pas morcelée aussi rapidement au-delà de ce partage, c’est peut-être elle qui, aujourd’hui, se nommerait la France ; ou encore la partie orientale si le Saint-empire romain germanique n’avait pas refait surface.

Aussi, dans de tels cas, compte tenu que l’Austrasie se fractura lors dudit partage, que la Neustrie, plus tard, devait s’amputer de la Normandie, et que l’Armorique demeurait inlassablement Terre floue, nous pouvons considérer la charmante éventualité que notre premier royaume aurait porté le nom d’Aquitaine ; à présent, celui de République d’Aquitaine.

Reconnaissons que cette probabilité s’égare tout autant que les hautes éruditions traitant du sujet, et admettons raisonnablement, qu’à Verdun, la France commença à prendre la forme qu’elle a aujourd’hui, mais qu’elle aurait pu s’attribuer d’un autre nom.

L’Histoire se faisait bien ici, mais ne se faisait pour l’heure que sur les exigences de quelques mortels. Le pouvoir spirituel, lui, tracera davantage un chemin beaucoup plus long.

Du reste, d’autres suppositions tout aussi fantastiques qu’une nationalité occitane apparaîtront durant la féodalité dont les prémices furent les principales stratégies du traité de Verdun. D’abord, ces dernières devaient tenir compte d’une répartition équitable des revenus qu’offraient les terres à distribuer. Ici, notons que les négociations préalables s’étendirent sur plus d’une année au-delà du serment de Strasbourg. Des fonctionnaires avaient été mandatés afin de dresser un inventaire précis des apports matériels de chacune des métropoles. Au passage, ils en recueilleront les plaintes, les suppliques   ainsi que les commentaires des évêques et seigneurs locaux. Ensuite, la première géographie européenne respectait les liens qui unissaient précédemment chacun des princes à leurs fidèles. Ce fut donc dans le souci de pérenniser les bénéfices de leurs vassaux que les trois frères divisèrent l’empire. Inévitablement, le contraire aurait fait naître bon nombre de guérillas (aucun dignitaire ne doit percevoir ses revenus sur deux états différents, avait dit Charlemagne).

Ainsi, la part de Louis le germanique débordera sur la rive gauche du Rhin avec les diocèses de Worms, Spire et Mayence, tandis que les comtés d’Autun, Mâcon et Châlon, administrés par Warin, fidèle de Charles, seront intégrés dans la Francia occidentalis en lui formant une boucle sur la rive orientale de la Saône.

Fustel de Coulanges précisera : « Le partage de Verdun ne fut pas pour les peuples, mais pour les vassaux ».

Aussi, le partage distribuait des terres allant parfois bien au-delà des limites naturelles et économiques de l’autorité carolingienne. À savoir des zones restant à conquérir.

En résumé, le traité mettait tout d’abord un terme à une regrettable guerre fratricide, confirmait à l’Histoire l’existence des liens vassaliques de cette époque (du moins leurs influences directes sur l’organisation du temporel), enfin, le traité de Verdun remplaçait un empire franc par trois royaumes carolingiens.

 

Le traité de Verdun (deuxième partie)

 

 

 

 

 

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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 15:51

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Hôtel de Lassay

Avec Madame de Montespan, le roi Louis XIV eut plusieurs enfants dont une fille, Louise Françoise de Bourbon, dite Mademoiselle de Nantes, épouse de Louis III de Bourbon-Condé. Devenue veuve en 1710, elle eut une liaison avec Léon de Lassay, fils d’Armand de Madaillain de Lesparre, marquis de Lassay. Celui-ci avait acquis en 1719 un vaste terrain en bord de Seine.

Malgré qu’il désirait y construite un bâtiment du type Grand Trianon, il demanda tout de même à Mademoiselle de Nantes la construction d’une relative sobriété. Louise et son amant Léon mandatèrent alors l’architecte Giardini pour ce faire. En parallèle et voisin se construisait le Palais Bourbon.

Les travaux commencèrent en 1722, mais Giardini devait trouver la mort la même année.

Il fut alors remplacé par Cailleau, dit Lassurance, mort à son tour en 1724. Sa succession fut prise par Jean Aubert, assisté de Jacques V Gabriel, et le château fut terminé en 1728 dans le même temps que le Palais Bourbon.

 

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On entrait dans l'Hôtel par un vestibule qui s'ouvrait sur un grand salon donnant sur la terrasse du côté de la Seine. À droite et à gauche, les appartements étaient composés de quatre chambres principales, avec antichambres et cabinets particuliers.

 

 

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Le joyau était la grande galerie qui occupait toute la profondeur, c'est-à-dire onze mètres, et dans laquelle Lassay exposait sa précieuse collection de toiles des écoles Flamande, italienne et espagnole.

 

 

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Le petit salon

 

Une controverse historique fait de Léon de Lassay, le premier et seul propriétaire de l’hôtel, mais il reste

assuré que son père Armand, libertin lettré, ami de Madame de Maintenon, et riche marquis de Lassay, en Mayenne, en soit bien l’initiateur.

 

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La salle à manger

 

 

En 1738, disparaît le marquis Armand de Lassay, dit le Don Juan du grand siècle.

Il devient important ici de décrire la nature de sa descendance pour comprendre que la jouissance de l’immeuble fut alors partagée. Louis Léon, mort en 1750, malgré son mariage avec Reyne de Madaillan de Montataire, ne laissa aucune succession. Par contre, l’une de ses demi-sœurs fut  plus prolifique. Le troisième mariage d’Armand d’avec Julie de Guenani-Bourbon  enfanta Anne Louise de Madaillan de Lesparre. Cette dernière, décédée en 1723, laissa une fille, Adélaïde Geneviève d’O qui transmit son héritage à son époux, Louis de Brancas, duc de Villars. Cet homme mourut en 1794, mais il céda auparavant  l’hôtel de Lassay à Louis V Joseph de Bourbon-Condé, en 1768.

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Hôtel de Lassay en 1750.

Le prince Louis de Condé fut duc d’Enghien, grand maître de France, lieutenant général des armées du roi, colonel général de l’infanterie, et, surtout déjà héritier du Palais Bourbon par sa grand-mère, Mademoiselle de Nantes. Palais qu’il abandonna au profit de son fils, lui préférant alors l’hôtel de Lassay dont il fit beaucoup de transformations et agrandissements.

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(Annexe bâtie par Leroy et Le Carpentier)

Dès son acquisition, le prince confia l’extension vers l’Est de son palais à l’architecte Antoine Matthieu Le Carpentier. À la mort de ce dernier, en 1773, Claude Billard de Bélisard continua les travaux avant que Jean-François Leroy les terminent à partir de 1780. Il semblerait que ce palais-annexe fut conçu pour la maîtresse du Bourbon, Charlotte de Brignole, princesse de Monaco.

Un salon circulaire transformable bénéficiait d’un plafond en forme de disque muni d’un mécanisme pouvant l’élever au sommet de la coupole, elle-même divisée en tranches, comme le seraient celles d’une pastèque, et représentant l’histoire de Vénus peinte par Antoine François Callet.

Également, un temple fut construit dans le jardin afin d’abriter une œuvre sculptée précédemment  par Jean-Baptiste Pigalle pour la marquise de Pompadour : L’Amour embrassant l’Amitié.

Émigré dès 1789, Condé devait organiser son armée contre-révolutionnaire à Worms.

Son hôtel fut alors confisqué comme bien national en 1792, et devint l’École Centrale des Travaux Publics, future Polytechnique, de 1794 à 1804.

En 1800, il congédia son armée et se réfugia à Londres.

De retour en France en 1814, son hôtel lui sera restitué l’année suivante avec ses autres biens ainsi que son titre de Grand maître de la maison du roi.

 

En dehors de son petit-fils, Louis Antoine Henri de Bourbon-Condé, duc d’Enghien, fusillé dans les fossés du château de Vincennes, le 21 mars 1804, il laissa ses biens au père de celui-ci, Louis VI Henri de Bourbon-Condé qui, mort en 1830 sans plus d’héritier, rédigea son testament au profit de son filleul, Henri d’Orléans, duc d’Aumale.

 

 

 

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 Façade nord

Ainsi légataire universel, avec le château De Chantilly, le duc se trouvait être l’homme le plus riche de France. Le Conseil des tutelles l’obligera à louer l’hôtel de Lassay à l’administration avant de lui vendre, en 1843, pour servir de logement au président de la Chambre des députés.

De cette époque, l’édifice sera élever d’un étage, et une galerie sera percée afin de lui donner un accès direct au Parlement.

 

 

 

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Salle de jeux

 

En dehors d’une courte période (1870-1879) durant laquelle le gouvernement siégeait à Versailles, cette « petite » maison fut toujours, et encore aujourd’hui , destinée à l’usage personnel du président de l’Assemblée.

 

 

 

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Hôtel de Lassay (Façade sud)

 

Construit d’un seul corps sans ailes on y accède par une grande allée donnant sur la rue de l’Université. 

La transparence  actuelle des dépenses de l’État affectées à l’hôtel de Lassay ne nous permet pas de parler de chiffres précis. Néanmoins, nous pouvons l’estimer en rapport à la surface qu’elle occupe au sein de l’Assemblée nationale.

Le budget 2014 de celle-ci est publié par la cour des comptes.  À savoir 537 824 millions d’euros de fonctionnement général.

19,9 millions d’euros de cette dépense furent voués, l’année dernière donc, au budget dit d’investissement  (2,6 millions aux travaux de rénovation, 1,3 million pour la sécurité incendie, 900 000 euros pour la sécurité des bâtiments, 1,7 million pour la rénovation des locaux, 500 000 euros pour la mise aux normes des accès handicapés,  1,6 million pour la valorisation du patrimoine, etc…).

En dehors des salaires et charges du personnel liés à l’hôtel de Lassay, nous pouvons cependant estimer la dépense de son entretien à 10% de l’énorme somme indiquée ; à savoir environ 2 millions d’euros environ. Une paille !

 

 

 

 

 

 

 

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12 mars 2015 4 12 /03 /mars /2015 08:15

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Hôtel Lambert

Il fut construit de 1640 à 1644 par Louis Le Vau, à la demande de Jean-Baptiste Lambert, commis du surintendant  Bullion, et l'un des plus gros promoteurs de l'île Saint-Louis. Mort avant la fin des travaux, c'est son frère, Nicolas Lambert de Thorigny, dit Lambert le riche, qui fut le premier occupant de ce petit château parisien.

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La galerie d'Hercule

C'est l'œuvre de Charles Le Brun, qui travailla durant cinq années en l'hôtel Lambert, et où il réalisa d'autres fresques avant de transporter son art à Versailles. Les bas-reliefs sont l'œuvre  de Gérard Van Opstal. Plus tard, ce sera Eugène Delacroix qui modifiera quelques détériorations  faites durant la révolution.

Corrompu dans le procès de Nicolas Fouquet en tant que président de la chambre des comptes, Lambert le riche sera amendé d'une forte somme, mais put cependant garder son hôtel qu'il transmit à sa descendance.

En 1732, la propriété est acquise par le fermier général, Claude Dupin qui le partagera avec sa belle-mère,  l'actrice Madame de Fontaine, dite Manon Dancourt.

 Madame Louise Marie  Dupin, l'épouse du fermier général, tiendra salon littéraire à l'hôtel Lambert,  tout comme en son château de Chenonceau. Parmi ses convives, notons Montesquieu, Jean-François Marmontel, Voltaire, Grimm, le cardinal de Bernis, Le Bouyer de  Fontenelle, Marivaux, Leclerc de  Buffon et Jean-Jacques Rousseau.

Le 31 mars 1739, Claude Dupin vend l'hôtel à Florent Claude, marquis du Châtelet. Ce dernier se ruinera à certaines modifications et agrandissements, mais il ne put le garder longtemps. En 1745, il le revendra au financier Marin de La Haye. Néanmoins, son épouse, Gabrielle Emilie Le Tonnelier de Breteuil, mathématicienne et physicienne, eut le temps d'organiser de somptueux festins en présence de son mari et de son amant, François-Marie Arouet, dit Voltaire.

 

L'hôtel sera successivement tenu par Salomon, Benjamin, et Etienne de La Haye.

Puis, en 1781, c'est Achille René Davène, seigneur de Fontaine qui s'en porte acquéreur.

Hélas pour lui, la terreur de 1794 lui confisqua son bien  qui ne retrouvera  qu'en 1802. 

 

En 1813, c'est le comte Jean-Pierre Bachasson de Montalivet qui rachète cette perle du XVII è siècle. Il était ministre de Napoléon. Après lui, l'hôtel sera partagé entre une matelassière militaire et un pensionnat de jeunes filles, avant d'être partiellement restauré par Violet le Duc.

 

 

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Salon des bains

Chambre de Voltaire, en 1742, ses magnifiques fresques d'Eustache Le Sueur (1652-1655) furent totalement détruites lors de l'incendie du 10 juillet 2013.

 

À partir de 1843, l'hôtel s'offre une troisième vie avec les salons et bals de la princesse Zofia Anna Sapieha Czartoryska.

Devenu alors siège de la culture polonaise de Paris, se retrouveront ici Frédéric Chopin, Adam Mikiewicz, Zygmunt Krasinski, George Sand, Honoré de Balzac, Franz Liszt, Eugène Delacroix, Hector Berlioz, Auguste Clesinge, et Alphonse de Lamartine.

Plus tard,  l'hôtel sera habité par le prince Wladyslaw Gzartoryski, fils de Zofia et  d'Adam Jerzy, et sa femme, Marguerite d'Orléans, la petite-fille du roi Louis Philippe.

 

Après la seconde guerre mondiale, le château sera divisé en logements séparés dont l'un sera occupé par l'actrice Michèle Morgan qui voisinera avec le millionnaire Arthuro Lopez Willshaw et son compagnon Alexis Rosenberg de Redé, aussi grand organisateurs de galas mondains. Notamment le fameux bal oriental du 5 décembre 1969 qui réunit 3 500 personnes et qui lui coûta plus d'un million de dollars.

 

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(Vue de l’amont  de l'île Saint-Louis : l'hôtel de Lambert derrière celui de Bretonvilliers en premier plan, à gauche)

En 1975 la propriété devint celle des Rothschild qui la cédèrent au frère de l'émir du Qatar, Abdallah Bin Khalifa-Al-Thani, en 2007.

 

 

 

 

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2 mars 2015 1 02 /03 /mars /2015 16:06

Mais les conséquences féodales que ces rois avaient pourtant cherché à éviter dans leur rédaction (texte disparu) ne furent pas toutes maîtrisées. Certains grands, détenant des « honneurs » au sein d’un royaume, purent très tôt, à leur gré, accorder leur service et leur fidélité, pour un autre bénéfice, dans les limites de l’État voisin.

Pour endiguer cette imperfection, les trois monarques deviendront raisonnables, et, inspirés par l’Église, décideront d’instituer le « régime de confraternité », déjà évoqué par leurs prédécesseurs.

À cet effet, ils convinrent de se réunir le plus souvent possible afin de statuer sur tous les problèmes d’origines locales, toujours susceptibles de générer une incidence à répercutions internationales.

En exemple, citons leur rencontre à Yütz, en 844, d’où partirent des ambassades vers Nominoë de Bretagne et Pépin II, roi titulaire d’Aquitaine. Également, remarquons, en 847, cette réunion à Meersen, où les trois monarques optèrent pour de nouveaux moyens de défense commune quant à la lutte contre l’envahisseur normand.

Hélas, après la mort de Lothaire, en 855, cette confraternité s’évapora peu à peu ; avec elle, l’idéal du peuple chrétien de Rome.

En témoigne la désertion de quelques comtes de l’Ouest, en 858.

Abandonnant le parti de Charles de France, ceux-ci avaient rejoint les troupes de Louis, paraissant alors mieux servir leurs intérêts.

Ce qui nous prouve que le roi d’outre-Rhin entretenait déjà une politique marginale.

D’autant que l’État de son frère, Lothaire, fut morcelé à son tour.

Louis II hérita du titre d’empereur avec l’exercice d’une autorité directe sur l’Italie. Charles eut la Provence avec la Bourgogne Transjurane. Quant à Lothaire II, il ceint la couronne d’un nouveau  pays allant de la Frise, au nord, jusqu’au Jura, au sud. Royaume que l’on nommera Lotharingie, et qui laissera son nom, plus tard, à la Lorraine.

Comme cela restait prévisible, ces trois nouveaux tigres ne s’accordèrent pas dès le premier jour de leurs investitures.

Bien des conflits durent être apaisés des deux oncles, eux-mêmes pas toujours désintéressés.

Ainsi, les dissensions allaient se recréer inévitablement. Tandis que Lothaire II s’accorde avec le roi de France, Louis II d’Italie se rapproche davantage du roi de Germanie.

Très rapidement donc,  les guerres de famille reprennent leur infernale destruction d’hommes.

Un moment, le royaume de Charles II, dit à présent le chauve, faillit être envahit par son frère qui avait rallié, en 858 comme nous l’avons signalé plus haut, une grande part de barons français.

Heureusement, le germanique fut promptement éconduit par une majorité d’évêques, et, devenu un peu moins ambitieux, il s’en retourna en ses états.

Le 7 juin 860, la paix retrouvée, un second serment de Strasbourg est prononcé par l’ensemble des monarques d’Occident.

L’Église en fut le principal metteur en scène, car le morcèlement de l’empire n’était plus à son goût. Déjà, du vivant de Lothaire 1er, le pape Serge II avait émis quelques menaces à l’encontre des souverains d’Europe.

Son successeur, Léon IV, fut plus virulent encore : « seuls l’empereur et lui peuvent diriger le monde des chrétiens », écrivait-il.

En marge de cela, cet assoiffé de pouvoirs libellera des sanctions ayant le dessein d’avorter toute initiative d’évêque prise sans l’accord de Rome.

Plus tard, Nicolas 1er, dont le pontificat se termina en 867, s’affirma davantage comme l’autorité suprême de toutes les affaires d’État. Il interviendra même jusqu’en Orient.

Mais, si la grande utopie de l’étendue du pouvoir spirituel de Rome semblait se gérer par une divine théorie, le pouvoir temporel, quant à lui, subissait davantage d’aléas, et, sur le terrain, ses représentants ne détenaient pas la partie la plus facile du maintien de l’ordre escompté.

Pour mieux comprendre ce qui opposait l’évolution de l’aristocratie aux tentatives royales de nationalisation, il faudrait nous pencher sur une analyse plus complète de la vie sociale du temps.

Observons alors les particularités ethniques, trop virtuellement considérées lors des négociations de Verdun, le rapprochement du sujet à son seigneur direct, laïc ou ecclésiastique, et, surtout, dès 835, remarquons l’insécurité engendrée parce que furent les invasions normandes.

Ces barbares, venus de Scandinavie, « le Pays des voleurs », s’étaient installés, vers l’an 800 pour la plupart, dans les îles de l’Écosse et en Irlande – ce fut en 787 que, pour la première fois, ces hommes du Nord, « nor man », auraient abordé les côtes de Bretagne insulaire.

Des bases importantes seront établies dans les Feroë, les Orcades et les Shetlands. De là, ils commencèrent à inquiéter les plages françaises.

En 810, afin de prévenir les incursions du danois Göttrick,  qui menaçaient le Nord de l’Occident, Charlemagne réunissait l’ost royal à Werden.

Hélas, l’empereur, vieillissant depuis la mort de sa cinquième femme, n’avait plus l’ambition militaire dont il fit preuve auparavant. Le cœur n’y était plus !

Ce fut alors le destin qui améliora considérablement la situation. Le monarque scandinave fut assassiné par ses propres sujets, et son entreprise resta sans lendemain.

Plus tard, les vikings venus d’outre-Manche, ayant visité les côtes vendéennes à plusieurs reprises, tentèrent une percée en Neustrie.

En 820, treize embarcations armées, dites esnêques, sont refoulées par les francs à l’embouchure de la Seine. Cet échec les conduisit plus au sud, où ils franchirent le détroit de Gibraltar. Menant alors leur expédition en Italie, ils atteignirent Byzance.

D’autres danois (ou norvégiens) s’installèrent dans la région de Kiev.

L’Europe se trouvait alors encerclée par ces tribus païennes. Pas  toujours considérés comme barbares, ces peuples n’avaient ni subit l’influence de Rome, ni celle de la chrétienté. Néanmoins, outre leur qualité de marin, on leur reconnaîtra plus tard leur état de commerçant. Mais, avant tout, il semblerait qu’une tradition scandinave exigeait d’un jeune homme qu’il prouve son courage par une expédition guerrière et maritime digne d’être retenue par la postérité. De plus, l’attrait des pays neufs, dut probablement répondre, chez eux, à un souci démographique.

Telles sont les raisons supposées qui les amenèrent tout d’abord sur les côtes anglaises, puis en Europe occidentale.

Retenons également l’hypothèse que depuis l’exil des saxons vers le Nord (exil provoqué par les répressions de Charlemagne), la Scandinavie dut appréhender comme un danger inévitable le voisinage du pouvoir carolingien, et que, sans vouloir affronter celui-ci par une contre-offensive dans les règles, les danois adoptèrent le parti de déstabiliser l’empire naissant par des raids éclairs.

À cet effet, leur maîtrise de la mer s’affirma très tôt comme une paralysie insurmontable pour l’armée franque, elle qui n’avait jamais jugé utile de s’équiper d’une flotte militaire. Aussi, l’aisance maritime du normand, si elle rencontrait une quelconque résistance, s’offrait toujours le choix d’une côte plus abordable.

Leurs incursions de cette première partie du neuvième siècle ne présentaient aucun désir de conquêtes organisées. Le pillage demeurait leur seule vocation.

À cette fin, ils visaient plus particulièrement les monastères dont les richesses paraissaient détenir la faculté de se régénérer plus rapidement que celles des populations rurales. L’exode de ces dernières, désorienté par la terreur inspirée de ces pirates, les conduisait trop souvent au même résultat, c’est-à-dire au massacre.

Par comparaisons, les sarrasins sont des enfants de chœur, comme en témoigne les annales de Saint-Vaast : « Les normands ne cessaient d’emprisonner et de massacrer les chrétiens, de saccager les églises, d’abattre les remparts et d’incendier les villes. Par toutes les places ce n’étaient que cadavres ; clercs, laïcs, noble ou non, femmes, jeunes gens, enfants en nourrice. Aucun emplacement dans le sol ne fût jonché de morts. On vivait partout dans la détresse et dans la douleur devant ce spectacle de l’anéantissement du peuple chrétien ».

En 835, bien renseignés sur la fragilité du pouvoir interne de l’empire carolingien, une bande de normands débarque dans la baie de Bourgneuf, au sud de l’estuaire de la Loire.

Du 12 au 31 mai 841, toujours profitant de la guerre fratricide occupant les rois francs, un de leurs chefs du nom d’Asgeir opère un véritable pillage sur Rouen. La ville est incendiée avant que la flotte meurtrière, redescendant la Seine, saccage l’abbaye de Jumièges au passage. Celle de Saint-Wandrille sera épargnée par le paiement d’un lourd tribut et par 68 captifs qui furent, par la suite, rachetés par les moines de l’abbaye de Saint-Denis.

Quelques mois plus tard, c’est la ville de Fécamp qui est pillée et incendiée dans la nuit. Au-delà, les vikings n’auront de cesse à lancer des raids sur l’Armorique et la Neustrie.

En 843, ils s’emparent de Nantes, prenant les habitants en otages avant d’installer une base dans l’île de Noirmoutier.

L’année suivante, c’est la Garonne qui fit connaissance avec ces pillards. Là, ils remontèrent le fleuve jusqu’à Toulouse. Dans le quasi même temps, la Flandre sera également visitée.

Au début du printemps de la même année, 120 esnêques, menées par Ragnar Lodbrog, remontent la Seine jusqu’à Paris. La ville sera dévastée le 28 mars ; les abbayes de Saint-Germain des prés et de Sainte-Geneviève sont pillées ; comme Saint-Wandrille, Saint-Denis paya une rançon pour ne pas subir le même sort.

Charles le chauve, quant à lui,  dut offrir 7000 livres d’argent afin de voir repartir l’envahisseur paraissant immaîtrisable.

Ce qui n’écarta le danger que pour quelques années. Du moins pour le Nord du royaume, car Bordeaux reçut une nouvelle visite massacreuse en 847. L’Espagne ne fut pas non plus épargnée. Séville subit la plus grande tuerie de son Histoire.

En octobre 851, tandis que, partant de l’île de Thanet, 300 ce leurs navires se présentent à l’embouchure de la Tamise, pillant Londres et Canterbury, Asgeir réapparaît dans l’estuaire de la Seine.

Cette fois-ci, Saint-Wandrille ne devait pas échapper à la destruction, et les pilleurs décidèrent d’hiverner dans l’île de Jeufosse, entre Bonnières et Vernon.

D’autres bandes choisirent l’île d’Oscelle, en amont de Rouen. De là, un raid terrestre sera lancé sur Beauvais, alors complètement dévastée. Puis, ce fut le tour de Saint-Germain de Fly. Les francs, momentanément organisés, déroutèrent une armée normande rencontrée à Wardres. La plupart de ces barbares regagnèrent alors leurs embarcations pour fuir le pays, tandis que le téméraire Asgeir restera à Jeufosse jusqu’en juin 852. Prudent, il saccagera tout de même le monastère de Livry, à Bayeux.

À la fin de cette année 852, il sera renforcé par de nouvelles bandes, commandées par Sigtrygg et Godfrid. Charles de France et son frère, Lothaire, assiègeront l’île sans oser donner l’assaut.  Peu après noël, ils levèrent le siège après avoir monnayé cependant le départ des troupes de Godfrid.  Hélas, Sigtrygg, lésé par ces accords, demeura à Jeufosse en ravageant allègrement une bonne part des régions de la Basse-Seine. Ceci jusqu’en mars 853, et avant de rejoindre son complice, lui, occupé à détruire la région de Nantes.

 

Tous ces raids sanguinaires ne furent pas la conséquence directe de la destruction de l’empire (Attila aurait fait mieux), mais, sans cesse répétées, ces incursions ruinèrent peu à peu l’économie de la nouvelle France. Certes, militairement, Charles II avait fait  ce qu’il pouvait ; d’ailleurs son règne ne trouva jamais de répit en cette lutte. À noter qu’il ne disposait guère les fonds nécessaires pour entretenir une armée efficace. Contraint alors de déléguer ce rôle aux fonctionnaires qu’il estimait les plus compétents, il distribua des honneurs et bénéfices appauvrissant ainsi considérablement sa couronne, elle, toujours convoitée, tant par ses demi-frères, tant ensuite par leurs descendances. Dès lors et sans le prévoir, il allait multiplier les bras d’une tentacule incontrôlable dont la première croissance datait du règne de Louis le pieux. Tentacule nommée féodalité, apte à diluer la domination carolingienne en ce siècle, apte à réduire le pouvoir de la couronne au siècle suivant. Quand Hugues Capet accéda au trône de France, quelques 140 ans plus tard, le roi ne représentait plus qu’un garant indispensable au maintien de l’unité spirituelle. La réalité de son influence matérielle ne s’exercerait  que sur un petit domaine noyé dans une mosaïque d’autres fiefs, parfois plus étendus, pour ne pas dire plus riches.

 Comme nous l’avons déjà observé, le droit d’ainesse que l’empereur avait institué en 817 ne rejoignait pas les coutumes franques quant au partage limité d’un prince défunt.

Les siècles mérovingiens prouvent que la pratique demeurait bien entérinée dans les esprits. D’ailleurs, Charles Martel et son fils, Pépin le bref, n’avaient rien modifié en cela. Aussi, la guerre de succession de Louis le pieux ainsi que le traité de Verdun attestèrent de cette coutume  occidentale qui ne disparue jamais complètement, et que les révolutions de palais n’eurent pas les effets escomptés. Jamais non plus ne fut remise en cause l’hérédité elle-même, autant dans la succession directe des monarques que dans les branches parallèles. Elle constituait l’élément essentiel de la pérennité et de l’essence pure de tous actes politiques.

Sinon, à quoi servirait l’accumulation des gloires, des pouvoirs et des richesses, si elles devaient s’évaporer  après la mort d’un seul homme ?

Si la grandeur de Rome ne s’était pas obligatoirement assise sur le principe, ce dernier n’en demeurait pas moins sous-jacent, et Charlemagne, devenu l’héritier théorique de l’unité mondialement orthodoxe ne pouvait que confirmer ses actions par l’assurance qu’elles lui survivraient.

À l’époque de Charles le chauve, le défenseur de Dieu, ce n’est pas lui. L’empereur, c’est Lothaire. Mais en Francie occidentale, le seul monarque, c’est Charles. Et ce n’est pas Dieu qui l’a placé sur le trône. C’est d’abord par lui-même, et par les armes qu’il obtint sa couronne, mais c’est surtout l’hérédité qui justifiait son cheval de bataille. Cette hérédité qui, en coulisses, confirmait la fortune d’autres carolingiens secondaires, comme  Eccard, issu de Childebrand, le frère de Charles Martel, ou encore Pépin, comte de Vermandois, issu de Bernard, ce roi d’Italie aveuglé par son oncle.

Les filles de roi aussi ne sont pas totalement exclues des richesses de famille. Bien qu’aucune part politique ne leur soit attribuée, elles constituent néanmoins une réalité stratégique dans leurs alliances ; que ces dernières soient assorties d’une dot ou non.

Certaines de ces alliances permirent à d’autres grandes familles d’étayer leurs prépondérances géographiques. Autant par des liens étroits avec des membres de la dynastie régnante, autant entre-elles, selon la représentation de chacune. Au IXè siècle, elles sont plusieurs à se disputer les charges et honneurs que l’apogée de l’empire accorda à toutes ses frontières.

 En exemple, citons la célèbre Berthe aux Grands pieds, l’épouse de Pépin le bref ; elle était fille de Caribert de Laon, probablement issu de la dynastie des Hugobertides. Parlons d’Himiltrude, fille d’un comte de Bourgogne, et petite-fille du comte de Paris, qui sera la première épouse de Charlemagne. Ou encore de l’une des filles de ce dernier épousant Angilbert, comte de Ponthieu. Également, Ermentrude, la femme du roi Charles II, fille du comte Eudes d’Orléans. Et la liste est beaucoup plus longue.

En France, la fameuse tentacule s’est tout d’abord formée par l’insoumission du jeune roi Pépin II d’Aquitaine : alors symbole de l’indépendance occitane. Derrière lui, ou plutôt derrière l’entité qu’il représente, nous trouvons les descendants de Guillaume d’Orange : les Wilhelmides.

Au comté de Poitou, nous voyons Bernard jusqu’en 844.  Toupion, son frère ou cousin, fut comte d’Angoulême. Et puis, parlons du virile et vaillant Bernard de Septimanie, accusé d’adultère avec la reine, et qui, chassé du gouvernement impérial de cette inconvenance, s’évertuait à constituer un royaume indépendant à partir des marches d’Espagne. Voilà un homme qui ne baisse jamais les bras !

Sa grand-mère était fille de Charles Martel, et sa sœur, Chrotlinde , épousa  Wala de Corbie, son détracteur. Quant à sa femme, Dhuoda, elle était issue d’une éminente famille d’Austrasie. La tête de cet ambitieux tombera à Toulouse, en 844, sous la hache d’un bourreau du roi Charles. Ce qui n’empêcha pas son fils de devenir un élément tout autant perturbateur au sud de la Loire.

Identifié comme Bernard Plantevelue, ce second belliqueux assembla sous son autorité la Septimanie, le comté de Toulouse, ainsi que celui d’Auvergne en épousant la fille du comte Guérin. Plus tard, ce mariage devait établir symboliquement le duché d’Aquitaine au profit de la famille de ce Guérin.

 

Au sud de la Loire émergeaient également les Raymondins, issus de Frédelon, et assis par la suite sur le vaste comté de Toulouse ; les Taillefer à Angoulême ; la maison de Catalogne, issue de Bello de Conflent.

En Bourgogne et en Provence, les Bosonides imposeront leur hégémonie jusqu’à fournir un roi de France, un temps en la personne de Raoul.

À Paris, les Girardides, plus proche du pouvoir central d’Orléans, auront une influence quelque peu désastreuse avant de disparaître de notre Histoire. L’un des Widonides de Nantes deviendra empereur en 891. En Neustrie, les Rogonides devront laisser la place aux Robertides ou Robertiens.

Ceci tout comme les Etichonides, représentés par Hugues le peureux, cédèrent aux Gerolds en 854.

Les Unrochides deviendront aussi comtes de Toulouse et empereurs.

Ingelger fondera la première maison d’Anjou. Thibaud l’ancien, celle de Blois, qui deviendra celle de Champagne. Baudouin Bras de Fer sera à l’origine du comté de Flandre.

N’oublions pas non plus de citer les Welfs, auxquels appartenait Judith de Bavière.

Ajoutons à cette liste non exhaustive deux marginaux de la corbeille : Nominoë de Bretagne et Rollon, premier duc de Normandie.

Observons que le siècle reste bien occupé. Pour notre roi, il va falloir gérer !

La France de 843 commence par d’autres guerres, bien entendu donc, et sur plusieurs fronts pour Charles. D’abord les bretons, à l’Ouest, le Pépin au sud, et les normands un peu partout. Pour ce faire, le nouveau souverain sera aidé par les Welfs, Rodolphe et Conrad, Alard, le sénéchal, et surtout  Warin, son fidèle comte de Châlon.

Mais toute la réussite de l’État ne se résume pas au concours de ces quatre grands.

Le roi devra courber l’échine en novembre de cette première année de règne. Réunissant  une assemblée générale à Coulaines, où il expie ses fautes publiquement, il fut contraint, de plus, à l’engagement du respect des biens de chaque laïcs et ecclésiastiques présents.

Une humiliation, certes, mais une humiliation non stérile puisque il obtint de l’aristocratie la reconnaissance de son autorité. Là encore, cet engagement fut limité à la théorie car, non seulement tous s’essaieront à  multiplier les bénéfices de leur maison, mais ils iront même au-delà en transmettant leurs honneurs à leur descendance directe, comme s’il eut été question d’une charge personnelle.

De toute façon, la première étape du roi fut celle de détruire la coalition formée autour de Pépin d’Aquitaine. La tête tombée de Bernard de Septimanie ouvrait la série d’une répression confirmée.

Mais comme la violence engendre la violence, et que la diplomatie permet souvent de reprendre une respiration toute relative, une trêve est signée à Saint-Benoit-sur-Loire, en 845. Charles y abandonne l’Aquitaine à son neveu en échange de presque toute sa fidélité. Hélas, rien dans ce traité ne laissait apparaître une pérennité inviolable des accords entendus.

En 848, Charles se fait couronner roi d’Aquitaine à Orléans, puis s’empare de Toulouse dans le même mouvement. Dans cette lointaine France, encore au-delà des Pyrénées, il fallait faire tomber une autre tête : celle de Guillaume, un autre fils de Bernard.

Plus tard, Pépin II sera livré au roi par le comte de Gascogne. Évadé, il continuera à déstabiliser le pouvoir carolingien jusqu’en 864.

Pour tenter de satisfaire un besoin d’autonomie régionale, Charles donnera un autre roi à l’Aquitaine en la personne de son fils, Charles l’enfant. Les bonnes formes firent couronner ce gamin à Limoges. 

Malheureusement, la suite de cette idée ne présenta pas exactement l’apaisement désiré. À son tour, le jeune roi du sud se révolta un temps avant de mourir prématurément.

Charles II le remplace aussitôt par son autre fils, Louis, futur Louis le bègue, mais la réalité du pouvoir de ce pays méridional est déjà partagée entre plusieurs ensembles indépendants.

Les problèmes de Neustrie sont plus graves. En dehors de quelques hommes puissants et insubordonnés qui dominent de fait le centre de la région, celle-ci est constamment pillée par les normands.

Quant à l’Ouest du royaume, il demeure la proie quotidienne des ambitions bretonnes.

Ici, pour renforcer son autorité, le roi de France eut recours à une institution vieille de Charlemagne, et cependant appropriée à la situation menaçante : le missus dominicus. Cette mission, tout d’abord accomplie une fois l’an, était généralement confiée à des représentants de l’ordre dignes de confiance, et dont la charge principale  consistait   à limiter les abus des comtes et des évêques. Ceci, sur un ensemble de provinces limitrophes. Laïcs ou ecclésiastiques, ces contrôleurs spéciaux, investis d’une délégation royale absolue, recueillaient les plaintes des administrés, et œuvraient ainsi à l’encontre des fonctionnaires locaux ayant outrepassé le cadre autorisé de leur charge. Ainsi, dans le cas d’une expédition militaire que le roi ne pouvait mener lui-même, ces inspecteurs de la gestion étatique se transformaient  en véritables gouverneurs.

C’est de cette façon, l’an 853, que Robert le Fort se vit chargé de l’office de missi diminici d’entre Seine et Loire.

Pour sa circonscription, qui comprenait selon le recueil des historiens le Maine, l’Anjou, la Touraine, le Carbonnais et le pays de Sées, Robert du s’accorder avec les évêques Osbert et Dodon, tous deux investis de la même confiance royale.

L’importance stratégique de cette région n’était pas seulement tournée vers le péril normand ; elle devait également faire face à la poussée des bretons, de plus en plus rebelles depuis le partage de Verdun.

Les débuts du règne de Louis le pieux avaient rencontrés une virile insoumission en Armorique. Lorsque l’empereur envoya une ambassade à Morvan, seigneur de cette province, ce dernier lui fit répondre que « sur la terre des bretons, Louis n’a aucun droit ». L’insurgé devait aussi ajouter qu’il se tenait prêt à livrer bataille.

Les conséquences furent immédiates. L’ost royal est convoqué et rejoint par le carolingien à Vannes. Après de meurtriers échanges, au cour desquels Louis 1er devait prouver  une fois de plus à l’Histoire que sa dynastie n’avait rien de moins cruelle que la première maison régnante, le prince breton fut tué sur les rives de l’Ellé, alors qu’il s’apprêtait à une contre-attaque. Cette campagne désordonnée ne devait pas soumettre la région d’une façon définitive. En 822, les bretons retrouvèrent un chef en la personne de Wihomarc. Celui-ci, très vite muselé au terme d’une nouvelle expédition carolingienne, dut jurer fidélité à Aix-la-chapelle, en 825.

Reprenant les armes aussitôt, il fut massacré à son tour par la répression de Louis qui, exaspéré, confia le comté de Vannes à Nominoë, breton d’origine, mais néanmoins partisan du pouvoir central. Ce personnage, docile durant le règne de l’empereur, deviendra une véritable calamité au-delà de la mort de Louis.

En effet, ne se considérant pas lié à Charles le chauve, il organisa un soulèvement général. Vite réprimé, la révolte réapparue en 843 avec Lambert II, alors écarté de la succession de son oncle.

Trouvant-là un allié de taille, Nominoë se revendiqua du parti de Lothaire, puis avança jusqu’au Mans. Cette ville le vit repartir à cause d’une menace normande sur les côtes de l’actuel Morbihan.

En 845, Charles le chauve décide de mettre un terme à la rébellion bretonne. Il mène alors ses armées sur celles de Nominoë qui emportera la victoire à Ballon. Le roi ajoutera à cette défaite une erreur diplomatique fatale à sa sécurité : il confia toute la marche de Bretagne à Lambert II, croyant que celui-ci s’était définitivement brouillé avec le vainqueur de Ballon.

Heureusement pour la Neustrie, ce redoutable Nominoë trouva la mort à Vendôme, le 7 mars 851.

Son fils et successeur, Erispoë, maintiendra le roi en échec tout autant.

Charles subira encore une défaite écrasante le 22 août de la même année, près du Grand Fougeray, et se verra obligé de traiter, reconnaissant au prince breton la possession de toute l’Armorique.

 

 

 

 

 

 

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Published by Laurent - dans HISTOIRE
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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 08:25

L'église Sainte-Opportune de Paris et son quartier

La première chapelle érigée aux abords de la rue Saint-Denis fut la chapelle de Notre-Dame des bois durant les premières  évangélisations de l’époque gallo-romaine. En 853, Hildebrand, évêque de Sées, désirant préserver des invasions normandes ses reliques de Sainte-Opportune, les déposa en cette chapelle qui, dès lors, attira bon nombre de pèlerins en quête de miracles.(en témoignerait ce pèlerin mortellement déranger par un serpent, « égaré » rue Saint-Denis, et qui, porté en l’église, retrouva la vie instantanément).En parallèle, d’autres reliques auraient été protégées à Moussy-le-neuf. Mais il semble plus probable que ces reliques avaient transitées par Moussy-le-neuf. Quoiqu'il en soit Hildebrand fut le premier curé de la paroisse.

Le roi, Louis le Bègue, tout autant enthousiaste, fit don à l’évêque en exile de quelques terres voisines de son culte, et finança le remplacement de la chapelle par une église beaucoup plus vaste, qui reçut très vite un chapitre, et très vite cerné d’un cloître. En 1176, un autre roi – Louis VII- accorda à cette église des droits  de seigneurie, censive et justice sur quelques prés et marais rencontrés sur le chemin de Montmartre. C’est de cette époque que les moines de Sainte-Opportune s’employèrent au défrichement de bon nombre de terres en friche. Un peu plus tard, l’édifice fut encore agrandi d’une nouvelle construction  avec une tour impressionnante et un portail donnant sur la rue de l’Aiguillerie (actuelle rue Sainte-Opportune, ouverte après 1734). En 1311, l’évêque de Paris, Guillaume d’Aurillac y établit deux marguilliers y ayant charge de la gestion de la fabrique. En 1374, une autre relique fut apportée  ici par Jean du Pin, évêque de Cluny. Ceci à la demande d’Hugues de Champs-Girard, moine du cloître, chargé de l’entretien du chevet. Il s’agissait d’un bras de la Sainte – thaumaturge normande et abbesse d’Almenêche, morte vers 770 -  dont la translation fut au préalable  célébrée en grande liesse par l’évêque Emery de Magnac, en l’hôtel Saint-Paul, et en présence du roi, Charles V. En son sein, l’église avait un magnifique candélabre à dix branches qui lui fut offert par Charles-Quint, lors de son passage à Paris. Aussi, une toile de Jean Jouvenet, La présentation au temple (collection du musée de Condé). Son abside donnait sur la rue Saint-Denis, et son cloître se situait au sud de la dite abside et faisant face à l’actuelle place Sainte-Opportune.

 

Elle fut reconnue église royale en 1714, mais son culte supprimé en 1790. Devenue alors propriété nationale, elle fut vendue le 24 novembre 1792, puis démolie en 1797.  

En 1180, l'affluence des pèlerins de Sainte-Opportune exigeait la création d'un asile de proximité. Une première fois mentionné par deux lettes de l'évêque Maurice de Sully datant de 1188, ce refuge fut construit juste derrière l'église et dont l'accès se trouvait  au numéro 20 actuel de la rue Saint-Denis. Géré par des frères de l'ordre de Saint-Augustin, il fut intitulé hôpital des Pauvres de Sainte-Opportune ou encore Ostellerie de Sainte-Opportune dans certains écrits. Il accueillait, entre autre, les jacquets de Compostelle. Plus tard, l'attrait des miracles peu constaté fit tomber la fréquentation des vrais pèlerins, et le lieu, déjà mixte, devint davantage un accueil pour jeunes filles mi- pauvres arrivant de province.  En 1222, avec l'édification de sa chapelle interne, et sa protection spéciale du pape Honorius III,  l'hôpital prit le nom de Sainte-Catherine. Et, plus tard, au XIV è siècle, tous des évêques de France organisèrent une quête en sa faveur. 

En ce qui concerne la prostitution, maladroitement endiguée depuis la nuit des temps, elle perdurait néanmoins dans le quartier, à cette époque. La rue Saint-Denis fut, est et restera  la rue Saint-Denis !

En "vertu" de cela, et pour faire face à d'éventuelles épidémies, le règlement de l'hospice limitait l'usage de ses 15 lits à trois nuits consécutives. Ce qui n'évitait pas les conflits permanents avec  les autorités prévôtales voisines de cet asile, néanmoins protégé par une immunité ecclésiastique.

Sur le principe, le Saint-Esprit imposait, outre l'accueil et le soin des malades, l'inhumation des cadavres retrouvés sans identité,  autant retrouvés dans les rue de Paris, autant noyés dans la Seine, qu'autant produits par la morgue du Châtelet.

À cet effet, nous trouvons une sentence du prévôt de Paris datée du 23 décembre 1371, confirmée du parlement l'année suivante, attribuant une partie spécifique du cimetière des Innocents à cet usage. Les Catherines devaient prendre en charge  la toilette du mort, la fourniture de son suaire, puis les frais de son extrême onction en leur chapelle et de sa conduite décente en la partie du cimetière, où se trouvait la croix de Sainte-Catherine.

En théorie et pour se faire, la gratification de ces religieuses de l'ordre de Saint-Augustin, se limitait à la revente des vêtements trouvés sur les défunts, mais, trop souvent, ces derniers étaient encore confisqués par ledit Châtelet, lui, bien étudié à ne rien perdre.

En exemple des conflits opposant l'ordre séculier à celui de cette autre autorité cléricale, citons, en 1308, le cas de Jacquet de Horet, clerc ayant commis quelque méfait, et qui, souffrant, se fit porter en les lits de Sainte-Catherine.

Les sergents l'ayant arrêté, Clément d'Orly et Jean de Saint-Just, usèrent alors de force pour soustraire l'accusé de la protection de l'asile, afin de le conduire au fond des geôles du Châtelet.

Les religieuses portèrent cette violation de leur immunité auprès du tribunal ecclésiastique.

Les deux sergents furent condamnés à leur verser 400 livres parisis ; aussi, contraint d'élargir le prisonnier.  Hélas, le pauvre clerc avait succombé aux tortures qu'il avait subi  dans les fosses du Châtelet. Une seconde audience obligea donc les deux tortionnaires au repentir de faire exécuter  une effigie en cire du défunt, et de la porter eux-mêmes en les murs de l'hôpital. 

De plus, les Catherinettes obtinrent leur destitution.

Ce rapport que l'Histoire nous a laissé témoigne d'une unième façon de disparaître incognito en les sous-sols de la prévôté. En autre exemple, et venant d'un autre écrit de 1612, notons 98 corps sans vie sortant du Châtelet, et inhumés en à peine quatre mois au cimetière des Innocents. Les autopsies qu'opéraient alors les subordonnés légistes de l'hôpital ne pouvaient que très rarement certifier les causes du décès, mais les suspicions de maltraitance ne manquaient pas de monter  les invectives  des religieuses à l'encontre de la prévôté. D'ailleurs, en nombre cas, elles lui maintinrent la dragée haute.

Outre leur refus d'assurer la sépulture aux protestants, qui étaient généralement inhumés au cimetière de l'hôpital de la Trinité, elles rechignaient à l'enterrement des suicidés, eux, conduits à la voirie du gibet de Montfaucon. Encore une fois nous  trouvons dans l'Histoire un conflit avec les autorités séculières. En 1494, les sergents du commissaire du Châtelet déposèrent le cadavre d'un auto-pendu chez les Augustines en obligeant le fossoyeur à se mettre au travail.

À nouveau, les Catherinettes assignèrent, eurent gain de cause, mais, surtout, obtinrent le respect des conventions originelles quant à la livraison des cadavres vêtus et non dépouillés  comme de coutume jusqu'alors.

Déjà exemptées  de la gabelle, le roi les autorisa à la fabrique et à la vente de bière et cervoise sans paiement de l'impôt. Ce fut en 1346.

En 1479, elles peuvent ainsi reconstruire  leur chapelle.  

En 1616, l'hôpital s'agrandit (un porche rue Saint-Denis accueille les filles sans toit, tandis qu'une porte charretière, donnant sur la rue des Lombards, reçoit les dépouilles du Châtelet).

D'une dizaine de religieuses gérant l'établissement à ses débuts, elles sont alors au nombre de 30. Aussi, avec les multiples exonérations et dons qu'elles obtiennent de toutes parts, elles sont alors propriétaires à maints endroits de la périphérie. Remarquons ici, l'enclos du "Pressoir", plus au nord de la rue Saint-Denis, voisin des Filles-Dieu et de la Cour des miracles. Malgré ses richesses, très souvent jalousées, la charge des Catherinette sera confirmée par Versailles, en 1688.

En 1790, un inventaire de Sainte-Catherine  indique  que ses trois dortoirs peuvent accueillir jusqu'à 90 jeunes filles par nuit, mais hélas, en période de grande disette, nombreuses candidates se voient refoulées par les force de l'ordre.

 

 Déjà, en 1786, le cimetière disparu. Puis, le décret de l'Assemblée constituante du 13 février 1790 supprima toutes les congrégations du royaume. Ainsi,  les Catherinettes se voyaient  dissoutes, mais, le service qu'elles rendaient à la population considéré fort appréciable, leurs activités furent maintenues, et leurs sépultures, alors interdites en la ville, se  portèrent au cimetière de Clamart de l'hôtel-Dieu. Un peu plus tard, elles y achetèrent un terrain voisin, rue des Francs-Bourgeois de Saint-Marcel, afin de plus largement continuer leur bienfaisance à l'égard des indigents. Bienfaisance qui disparaîtra définitivement le 11 juillet 1794. L’année où nous ne pouvions y compter qu'une vingtaines de nonnes.

Le 28 juillet 1795, une partie sud de leurs locaux fut attribuée à l'Institut national des jeunes aveugles, qu'une ordonnance royale du 24 décembre 1817 permis l'extension sur les  restes de l'hôpital. La chapelle, devenue théâtre dès 1793, se transforma en lieu de culte pour les théophilantropes, avant d'être démolie en 1853. Quant aux  parties nord, elles furent  vendues en 1812  à des particuliers par l'Administration des hôpitaux de Paris. Elles formèrent alors les 39, 41, 43, 45, et 47 rue des Lombards.

L'élargissement de la rue Saint-Denis, ainsi que le percement du boulevard Sébastopol détruisirent entièrement les reste de ce monastère, avec lui, une Sainte-Catherine  sculptée par Thomas Renaudin, de l'Académie Royale, et qui ornait l'entrée principale de cette - non des moindres - institution sociale de l'ancien régime.

L'église Sainte-Opportune se trouvait à demi cernée d'une voierie formant un L partant de la rue Saint-Denis, et se terminant place Sainte-Opportune. Cette rue se nommait rue de l'Aiguillerie. Antérieurement, elle fut mentionnée rue Alain de Dampierre, en 1222 (confondue un temps par les historiens avec la rue de La Réale), puis rue du cloître Sainte-Opportune dans un écrit de 1449, et enfin rue de l’Esguillerie, avant 1650, et en raison des nombreux vendeurs d’aiguilles qui occupaient la rue. Elle s'élargissait en son intérieur pour former deux placettes ; l'une face au portail de l'église, l'autre au chevet de la même église. À son nord, à 'angle de la rue Saint-Denis, et ayant regard sur la rue des Lombards ainsi que sur le portail de l'hôpital Sainte-Catherine, habitait au XVI è siècle un riche protestant, Philippe de Gastine.  Commerçant recommandable, selon Agrippa d’Aubigné et Jacques-Auguste de Thou. Organisant  clandestinement ici les offices de son culte, il fut dénoncé et arrêté avec son fils Richard, son gendre Nicolas  Croquet et deux autres parents, Jacques et François de Gastine.

Le peuple catholique de Paris faisant alors pression sur le Parlement, celui-ci signa le 30 juin 1569 un arrêt, non sans être assorti de tortures conventionnelles,   condamnant Nicolas Croquet, le vieux Philippe et Richard à être pendus en place de Grève, Jacques aux galères perpétuelles, et François au bannissement. Leurs biens furent confisqués au profit de la couronne et leur argent distribué à différents couvents, avec néanmoins une rente de 600 livres prévue pour les femmes et  enfants des condamnés. Quant à la maison de cette rue de l'Aiguillerie, dite Maison des cinq croix blanches, elle fut totalement rasée, et son terrain nu fut alors nommé  place de Gastine. Et ce jusqu'en 1789, car l'arrêt prévoyait une poursuite de 6000 livres assortis de sévices corporels contre celui ou celle qui tenterait de relever ici une quelconque habitation. De plus, en marque d'expiation, le centre de cette place fut pourvu d'un crucifix doré et juché au sommet d'une pyramide de pierre sur laquelle une plaque de cuivre gravée indiquait la sentence du Parlement.

Cette affaire de Gastine n'en était pourtant là qu'à ses premières tragédies. Deux ans après, l’article 32 de l'édit de Saint-Germain-en-Laye prévoyait l'enlèvement de tout monument évoquant ce passé répressif, donc susceptible d'engendrer des troubles de motivation religieuse.  L'amiral Gaspard de Coligny, en vertu de cet article, et agissant pour le compte de la famille Gastine, demanda au roi  autant la restitution du terrain, autant la démolition de la pyramide diffamatoire. Charles IX, ne voulant pas contrarier Coligny, ordonne  ladite démolition, mais la municipalité s'y refuse et le Parlement rappelle que la croix fut érigée par une ordonnance de justice non rétractable. Le premier président ainsi que le lieutenant civil de Paris, à qui le roi s'était adressé, quittèrent sournoisement la ville, laissant cette dernière aux troubles inévitables qui allaient suivre.

Dans un premier temps, les opposants à la destruction de la croix négocièrent avec le monarque qui, un tantinet pusillanime, s'entendit avec eux sur un simple déplacement dans l'enceinte du cimetière des Innocents.

C'est alors que bon nombre de curés et prédicateurs, tel Simon Vigor, estimant ces accords plus qu'injurieux, excitèrent le peuple à l'insurrection. Le Parlement les convoqua, et leur interdit de porter les armes. Simon Vigor sera admonesté par le grand vicaire de l'évêque, mais les troubles ne firent que s'amplifier. L'opuscule de René Benoist voulait calmer le peuple, mais précisait hypocritement que le roi avait failli à la vraie religion en faisant suite aux désirs de Coligny.

Voyant les fondations de la pyramide se creuser, les premières émeutes éclatent au cimetière des Innocents, le 8 décembre 1571. Le lendemain, c'est une foule de pilleurs qui oblige Tanchon, lieutenant de la prévôté, à se réfugier dans une maison proche de Saint-Séverin. Le 10 décembre, les troubles ne semblent pas vouloir s'estomper, et le parlement sollicite l'intervention du gouverneur, François de Montmorency. Aussi, l'avocat du roi, Pibrac, avec le premier président, Christophe de Thou, enjoignent aux prédicateurs de faire cesser le désordre. Mais, une majorité de ces clercs ne font qu'attiser l'émeute. Comme le docteur en théologie, Poncet de l'église Saint-Barthélémy,  qui sermonnait  toujours contre le roi et les avocats de la ville.

Le 18 décembre 1571, Charles IX est exaspéré. Il menace le Parlement d'agir en urgence sous peine de voir tomber une répression particulièrement sanglante. Son frère, le duc d'Anjou, réitère cette menace en exigeant que la croix soit immédiatement transférée.

La cour s'active d’abord au jugement des récents prisonniers, mais l'audience est aussitôt interrompue par le chevalier du guet qui, au nom du roi, réclame la pendaison des séditieux.

Également, il menacera de faire appel aux bandes de Filippo Strozzi. Malgré qu'un accord financier avait déjà été entendu avec le comte de Retz pour l'enlèvement  de cette  croix Gastine, particulièrement devenue célèbre, le Parlement fit mine de ne pas avoir connu les exigences du roi. Enfin,  dans la nuit du 19 au 20 décembre, le monument est déplacé par les officiers du Châtelet. À l'aube, ce fut la guérilla. Des émeutiers forcent les entrées du palais en bousculant bon nombre d'avocats. Les dignitaires s'enfuirent, et les portes parviennent difficilement à se fermer. Christophe de Thou et Pierre de Longueil signent  un arrêt ordonnant l'exécution immédiate des meneurs.  Il est demandé au vicaire, Pierre de Dreux d'obliger Poncet d'intervenir, mais rien n'arrête cette marée humaine qui s'attaquent  aux protestants de la ville. Sur le grand-Pont, deux maisons sont pillées. Même scénario, le lendemain, aux abords de la place de Gastine, où une maison est incendiée, un serrurier  massacré par la foule et pendu à son balcon. En parallèle, Pierre de Masparraulte et le conseiller Bernard Fortia sont mandatés pour rétablir l'ordre, mais c'est François de Montmorency qui y parvient, non sans laisser deux ou trois cadavres sur le pavé.

Aux Innocents, notons  gravée sur la pyramide, avant ou peut-être durant ces pitoyables tractations, une inscription à peine lisible, mais ironisant particulièrement  autant sur le fanatisme des catholiques que sur celui des Huguenots. Le vers en fut attribué sans certitude au poète Etienne Jodelle.

Une autre sinistre affaire est liée à cette rue de l’Aiguillerie. Nous sommes le 24 décembre 1551. Parée telle une guirlande, une « bourgeoise » se rend seule à la messe de minuit. Bien entendu, elle fut épiée, et c’est à coups de marteau que ses agresseurs parvinrent à l’alléger de la vie et de ses bijoux. L’outil, resté sur place, fait arrêter son propriétaire : un serrurier du quartier nommé Adrien Doué. Le pauvre homme, torturé au Châtelet, sera remis en liberté en un tel état qu’il ne survécu que quelques heures. Lamentable erreur judiciaire ! Vingt ans plus tard, deux malfrats avoueront le meurtre ainsi que le vol du marteau.

Par la suite, en 1836, la rue de l’Aiguillerie fut réduite par le percement de la rue Saint-Opportune.  En 1801, l’alignement prévu par Jean-Antoine Chaptal lui prévoyait une largeur de 7 mètres, mais une ordonnance royale du 16 août 1836 augmenta cette largeur du double. Néanmoins, il n’y eut que deux expropriations d’effectuées, contrairement au projet qui en comptait davantage. Enfin,  un arrêt du 1er février 1877 lui fit prendre le nom de la rue des Lombards qui lui faisait face, à l’Est.

Juste au sud de l’église et longeant le cloître se trouvait le bureau des lingères dans la petite rue Courtalon, du nom de Guillaume Courtalon, ici propriétaire de deux maisons au XVI è siècle.

Là, fut le théâtre macabre de la princesse Jabirowska. Nous sommes en 1684. En quelques mois, le quartier voit disparaître 26 jeunes gens âgés de 17 à 25 ans. Ce coin de Paris s'alarme, et les bruits circulent. Les juifs auraient-ils décidé de crucifier en leur shabbat ?

Plus saugrenue que cela ; une très riche malade du foie ne serait guérissable que par de réguliers bains de sang. Les bruits circulent, et jusqu'à Versailles. Ainsi informé, le roi invite son lieutenant général de la police, le fameux Nicolas de La Reynie, à orienter plus sérieusement ses enquêtes vers Sainte-Opportune. Celui-ci mandate son meilleur agent, Lecoq. Tout d'abord, les résultats sont nuls, le roi s'impatiente, La Reynie se fâche, et Lecoq ne dort plus. Intervient alors le surnommé l'Éveillé ; le fils de Lecoq. Ce dernier propose son concours comme appât. Opération risquée, mais opération estimée nécessaire. Alors, voici le jeune homme arpentant les rues du quartier, paré au mieux de vêtements passementés, de somptueux colliers, et de bourses pleines.

Aucun poisson à l'hameçon durant quatre jours. Le cinquième, aux jardins des Tuileries,  notre Éveillé fait la connaissance d'une charmante jeune étrangère, accompagnée d'une vieille gouvernante. La conversation s'engage aisément, elle se prolonge du reste, et le fils du policier apprend que la belle est fille d'une mercière de la rue Saint-Denis et du prince Jabirowska, que celui-ci, rappelé par le roi de Pologne, fut assassiné sur la route par des brigands, et, qu'ainsi, la jeune fille devient héritière de toute sa fortune. Tout cela ressemble fort bien à un appât !  L'Éveillé se fait passer aussi pour la progéniture directe d'un riche médecin de Paris, et la vieille dame, lui rappelant qu'il serait plus convenable de faire connaissance avec la mercière avant toute idylle, convient d'un rendez-vous pour ce faire, le soir même à 21 heures. Lecoq, averti par son fils, se rend discrètement au lieu du rancart. À savoir devant le portail de Saint-Germain l'Auxerrois. La duègne prend le jeune homme par la main, Lecoq et son escorte suivent en tapinois, et, ainsi, maint détours sont opérés avant d'entrer dans une maison de la rue Courtalon. Ici, la jeune fille, se faisant donc appeler  princesse de Jabirowska, attendait notre Éveillé en un déshabillé qui lui fit un temps oublier sa mission. Dans le même temps, Lecoq cernait la maison. Un moment, la princesse s'absente de la pièce. Le jeune homme en profite pour scruter l'endroit, et, à l'intérieur d'une armoire, découvre, alignées, une série des têtes humaines soigneusement momifiées.

Nous étions à la bonne adresse ! La femme revient accompagnée par quatre gaillards armés, Lecoq et ses hommes interviennent en force dans le même temps, et les contrevenants sont aussitôt conduits dans les geôles du Grand-Châtelet. Ici, l'usage de la question éclaire rapidement le sordide de ce business : un odieux trafic d'organes. La vénus du traquenard - une anglaise en réalité - usait de ses attraits pour guider ses clients en la rue Courtalon, où ils étaient aussitôt trucidés et découpés sur place. La tête partait en Allemagne aux fins de recherches anatomiques, et le corps était revendu aux étudiants en médecine. Il faut bien que la science avance !

Enfin, tout ce beau monde ne tarda guère à être pendu en place publique.

À cette affaire policière, une nébuleuse historique voudrait que la belle espiègle britannique, aurait été soustraite du Châtelet par un homme masqué, qu'elle fut ensuite reconnue au cour d'une cérémonie organisée par Monsieur, frère du roi, puis qu'elle réussit à s'enfuir par une fenêtre sans plus jamais ne faire parler d'elle. Pourtant, afin d'accorder du crédit à cette évasion, reconnaissons qu'il nous manque les résultats d'une complète analyse des réels moyens de s'échapper du Châtelet.  

Proche, voyons ladite rue des Lombards, du moins sont tronçon ouest, laissé là par  l'ablation du boulevard Sébastopol, et voyons ici le berceau de la boîte de conserve, enfin l'appertisation, son ancêtre. Cet là, en effet, que Nicolas Appert, à l'enseigne de "la Renommée", au 47 de la rue,  ce petit génie ouvrit son premier commerce, en 1784.

Ce champenois, ayant fait ses armes de confiseur en Allemagne, auprès du duc Christian IV  de Deux-Ponts Birkenfeld, devint riche commerçant du quartier,  certes, tout d'abord en perdant son temps aux idées révolutionnaires. Président de la section dite des Lombards, comme beaucoup, il se retrouva incarcéré. Heureusement que quelques mois, car, passé l'orage de la terreur, en 1795, il mit au point l'hermétisme des aliments sous verre.

Avec l'aide donc  du verrier Jean-André Saget, il parvient à convaincre les amiraux de la marine française à se fournir de ses provisions, et ouvre ensuite, à Massy en 1802, la première fabrique de conserves alimentaires. Suite à un choix proposé par le ministre Jean-Pierre de Montalivet, Appert refuse de s'enrichir de son invention, et publie bénévolement, en 1810,  sa technique sous le titre L'art de conserver pendant plusieurs années toutes les substances animales et végétales. Ainsi glorifié de l'appelation de "bienfaiteur de l'humanité", il laisse internationaliser son système  que les anglais ne tarderont pas à améliorer.

Peter Durand déposa un brevet en sa nation, et, plus tard, Bryan Donklin et John Hall remplaceront le verre par du fer blanc, beaucoup plus résistant au transport. Le quart d'heure était mal choisit !

Nous étions justement en guerre avec les britanniques. La défaite de Trafalgar scella le sort de Nicolas Appert ; sa ruine fut prompte, et devenu la proie des fluctuations fiscales du nouveau siècle, il dû céder son entreprise à  Auguste Pieur, en 1840, avant de mourir l'année suivante, à Massy, sa dernière demeure, et sans avoir les moyens de financer son propre enterrement. Alors, comme tous les génies, Nicolas il fut inhumé en fosse commune.

Sort injuste, dirions-nous encore aujourd'hui, dès l'instant où nous sommes sauvés par un cassoulet en boîte, dès lors que nous avons négligé la garniture du frigidaire.

La rue des Lombards prit son nom vers 1320 sur celui de rue de la Buffeterie.

Ce fut, déjà sous le règne de Philippe Auguste, que bon nombres marchands, banquiers et changeurs milanais, génois, florentins et vénitiens vinrent installer leurs commerces en cette rue particulièrement destinée à les accueillir (Buffeterie voulait dire bureau).

Depuis le concile de Nicée et le capitulaire de Nimègues, en 806, l'avance de fonds assortie d'intérêt était estimée contraire aux saintes écritures. Le XII è siècle vit réapparaître cette interdiction. C'est injuste ! c'est péché !

Bien qu'il en fût de même pour le judaïsme, notre loi canonique ne prohibait cependant pas la pratique entre un juif et un chrétien, et vice et versa.

Aussi, certaines règles du prêt sur gage permettaient l'usure au financement d'entreprises marchandes, très prolifiques en  les villes méditerranéennes.

 Peu à peu, les villes du nord virent s'installer des offices bancaires, tenus par des négociants venus du sud. Tout d'abord distingués sous l'appellation de cahorsins, ils deviendront lombards durant les siècles suivant. La Cisalpine était en effet favorisée par l'axe commercial menant à Rome.

En France, et même ailleurs, les termes "lombard" ou "milan" deviendront très vite les synonymes d'usuriers.

C'était bien la profession de la Compagnie Bardi qui, à plusieurs reprises, envoya en France  son agent toscan, Boccaccino di Chelino de Bonajuto Boucachin, en français).  Il est dit qu'il logeait en 1293 en la paroisse de Saint-Jacques de la boucherie. D'avec une parisienne, celui-ci aurait eu un fils né rue des Lombards, le futur poète Giovanni Boccaccio, dit Boccacce. Mais, rangeons plutôt cela dans le tiroir des légendes car,  par ailleurs, l'Histoire atteste bien que l'écrivain fut originaire de Certaldo, dans la province de Florence.

Par contre, et ce qui n'est pas contesté, c'est que l'artiste à bien suivit des études de droit canonique à Paris, où il  fut entretenu de son père, et, dès 1327, en cette rue des Lombards.

À quel endroit précis ? En ce tronçon, peut-être, ou bien côté Est de la rue, en la paroisse Saint-Merri, tout comme la cave des templiers.

Ce qui est plus sûr, toutefois moins réjouissant, c'est la mort d'un autre poète bien français, Paul Emile Debraux, au 39 de la rue des Lombards, son dernier home. Soigné de la phtisie laryngée par le docteur Morel de Rubempré, le chansonnier succomba ici le 12 février 1831, à l’âge de 35 ans. Ici, la France entière perdit le père de Fanfan la tulipe, cet air populaire dont le refrain reste fredonné de tous encore aujourd'hui. Né en 1796, ce bébé lorrain fut installé par son père, l'année suivante,  rue de l'École de médecine, à Paris. Très tôt orphelin, sont jeune talent sera remarqué dans la Société de Momus, avec  celui d'autres chansonniers populaires, tels Ménétrier, Hyacinthe Leclerc ou encore Etienne Jourdan. En 1814, il avait fondé la goguette des Gais lurons, réunie au Sainte-Agnès, estaminet de la rue Jean-Jacques Rousseau.

En 1823, suite à la saisie de l'un de ses recueils, il sera condamné à un mois de prison pour outrages aux bonnes mœurs.

Après qu'il fut inhumé au cimetière du Père-Lachaise, son grand ami, Charles Le Page, composera une chanson en son hommage. Quant à son épouse, Aglaé Cornélie Tattegrain, elle mourut dans la misère, cinq ans plus tard.

 

 

 Un rapport daté de 1754 indique pas moins de 28 épiceries ouvertes rue des lombards. Parmi elles, certaines cumulaient le commerce d’apothicaire (ceci, malgré une interdiction de 1638). Notons Léguiller, Delondre et Pluvinet. Une confusion de prénoms ferait de ce dernier, Jean-Claude ou Jean-Charles, le député suppléant élu le 22 mai 1789 aux états-généraux. Il tenait son commerce ou laboratoire au 39 de la rue. Adresse fréquentée par Charles Louis Cadet de Gassicourt et surtout par Antoine Laurent de Lavoisier qui, ami de Pluvinet, lui confia une étude relative au girofle et à la préparation du chocolat, en 1788. Plus tard, c’est ce même Pluvinet qui tentera en vain de sauver le chimiste, alors condamné à la guillotine avec tous les fermiers généraux. Ce Pluvinet dont la faillite est enregistrée le 12 septembre 1803, avait été l’adjoint de Jacques Mercier, apothicaire du comte de Provence, puis conseiller du roi en son hôtel de ville.

 

 Sainte-Opportune (seconde partie)

Laurent Lafargeas

 

 

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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 09:19

Julien Bedeau, dit Jodelet

 

Né le 14 octobre 1591 à Nantes.

Décédé à Paris, rue des poulies, le 26 mars 1660.

Comédien qui débuta dans la troupe de Mondory en 1620, à l'hôtel du Marais.

Avec Jaquemin Jadot, L’Epsy, Alizon, Le noir et son épouse, il fut contraint de joindre le théâtre de l’hôtel de Bourgogne, par ordre du roi en 1634.

Grand, maigre, le nez concave et le sourcil épais, donc particulièrement laid, rien que son physique obligeait à rire. Il excellait dans les rôles de valets stupides, fourbes et poltrons.

En 1642, il réintégra la troupe du Marais où Scarron lui écrira Jodelet duelliste ainsi que Jodelet et le maître valet. Aussi d’Ouville composa Jodelet astrologue, et Thomas Corneille, Jodelet prince, en 1655.

Dans Le Menteur et La suite du menteur de Pierre Corneille, il joua merveilleusement le rôle du valet de Dorante. Également, il joua dans Déniaisé, la pièce de Gilles de Tessonnerie.

En 1659, Molière lui créa le rôle du Vicomte Jodelet dans Les précieuses ridicules qui furent interprétées au Petit-Bourbon.

 

Il fut inhumé le 27 mars 1660 en l’église Saint-Germain l’Auxerrois.

 

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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 08:55

Bertrand Ardouin de Saint-Jacques, dit Guillot-Gorju

Né à Paris le 31 août 1600.

Mort à Paris, rue Montorgueil, le 5 juillet 1648.

Médecin de la faculté de Montpellier, ou du moins apothicaire, il circula longtemps avec un charlatan en la matière avant d'entrer dans la troupe de l'hôtel de Bourgogne, en 1634, en qualité de farceur, et en remplacement du trio Gaultier-Garguille, Gros-Guillaume et Turlupin.

Il interprètera merveilleusement des rôles de chirurgiens, enrichies de sa verve et de sa fabuleuse mémoire du détail.

Il épousa Gabrielle Le Messier, fille de l'acteur, Bellerose.

 

En 1642, il quitta le théâtre pour exercer la médecine à Melun, mais victime de nostalgie, il revint mourir à Paris, non loin de cet hôtel de Bourgogne qui lui manquait considérablement.

 

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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 12:14

Guillaume Marcoureau, dit Brécourt

Né à Paris, dans le quartier Saint-Gervais, le 10 février 1638.

Décédé à Paris le 28 mars 1685.

Comédien et dramaturge, il s'attribua son pseudonyme en raison de l'hôtel de Brécourt, propriété de son père, Pierre Marcoureau, dit Beaulieu, lui aussi comédien, tout comme sa mère, Marie Boulanger.

En 1659, il épousa Etiennette Des Urlis.

Il fit ses débuts dans la troupe de Philandre, puis au théâtre du Marais pour lequel il écrivit La noce du village. Ceci avant de joindre la troupe de Molière. Il abandonna  cette dernière au profit de l'Hôtel de Bourgogne, en 1664.

En 1674, à Londres, il fera jouer son Ballet et musique pour le divertissement du roy de la Grande Bretagne.

Ensuite, il jouera à La Haye dans la troupe du Prince d'Orange en 1680, puis l'année suivante.

En 1682, il est de retour à Paris où il intègre la nouvelle Comédie Française.

Pour éviter l'excommunication des acteurs, donc au refus de la sépulture de l'Église, il signa sa renonciation à sa profession de comédien, en 1685, l'année même de sa mort quasi sur scène.

 

Son œuvre :

La Feinte mort de Jodelet (Paris, 1659)

 Le Grand benêt de fils (1664)

Le Jaloux invisible (1666)

La Noce de village (1666)

L'Infante salicoque ou le Héros de roman (1667)

Ballet et musique pour le divertissement du Roy de la Grande Bretagne (Londres, 1674)

L'Ombre de Molière (1674)

La Régale des cousins de la cousine (1674)

La Cassette (1683)

 

Timon ou les Flatteurs trompés (1684)

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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 20:21

Rachel Trepeau

Actrice Française du XVII è siècle.

Avec Marie Vernier, elle fut l'une des toutes premières comédiennes françaises (auparavant, les rôles féminins étaient tenus par des acteurs déguisés en femme).

 

Elle interprètera Alexandre Le Hardy  à l'Hôtel de Bourgogne dans la troupe de Valleran Le Conte de 1607 à 1609. Puis, toujours au sein du même théâtre, elle jouera dans la troupe de Gros-Guillaume, en 1616.

 

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