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  • Laurent
  • Réac, atrabilaire, mais non sans expérience le justifiant. Sens de l'humour permanent, mais hélas sens de la réalité qui s'échappe de jour en jour. Par contre, même houleux, j'aime bien les échanges de point de vue. Et sur tous les sujets.
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2 avril 2005 6 02 /04 /avril /2005 00:00

DIDIER
 
 Le trépas demeure l’unique évasion qui ne soit
pas suivie de l’inconfort de la fuite.




Habituellement, lorsque Didier repose ses chaussettes après les avoir ôtées, il les laisse en désordre, en boule, à demi retournées sur
elles-mêmes. Là, sur la plage de galets, il les tend, les plie presque soigneusement, et les dépose enfin aussi presque délicatement sur ses deux souliers. Un instant, il arrête tous ses mouvements, et son regard se fige sur cet ensemble noir, contrastant avec les milliards de cailloux blancs. Puis, Didier se lève, ôte son pantalon, et le range encore bien plié aux côtés des chaussures. Pour le maillot, il hésite !...
Ce matin, lorsqu’il avait quitté la caserne de Fontainebleau, le climat lui paraissait favorable. Peu de soleil à cette saison, mais, sans blouson ni veste sur le dos, Didier se trouvait à l’aise. Le torse nu, sur la plage, cette aisance disparaissait !... Au premier contact de l’air, la surface de sa peau s’irise immédiatement. Aussitôt, Didier, écartant le frisson d’un bref mouvement d’épaule, se dévêt de son caleçon.
Là, il regarde autour de lui.
À l'horizon, sur sa gauche, l’être vivant le plus proche se distingue à peine. Rien derrière, l’océan devant, à présent il est nu.
Le caleçon, tout autant que le maillot du reste, n’eurent pas l’égard des autres vêtements.
Hâtant le pas vers l’eau, Didier pense probablement qu’elle serait plus favorable que l’atmosphère, mais à peine y a-t-il noyé ses deux chevilles qu’il crispe son élan tout en gonflant légèrement les muscles de ses bras. Ici, il reste immobile un long moment.
Il pense à l’heure d’avant, où, dans le train qui l’avait conduit sur cette plage, il avait croisé un appelé, comme lui ; certainement un permissionnaire aussi.
Se dirigeaient-ils tous deux vers le même endroit ?
vers le même dessein ?...
Peut-être !… Ce que Didier peut se confirmer maintenant, c’est qu’il ne sera plus jamais un militaire, un soldat, ni rien d’autre de ce genre, pas même un homme, tout simplement.
Ceci, parce qu’il comprenait que d’être un homme, c’était aussi de s’encombrer inévitablement d’un autre adjectif , une sorte d’étiquette qui devait s’accrocher à lui, un attribut insupportable, parfois interchangeable, quelques fois même nécessaire ; ce qui n’était que pire !
Deux fois, durant la matinée, Didier avait changé de train.
Les correspondances l’avait fait beaucoup trop attendre sur les quais, mais depuis, aucune autre réflexion l’avait détourné de ce raisonnement ; c’était son raisonnement, une chose bien à lui...
Alors, peu à peu, il s’engage  dans l’océan. Sa peau s’irise à nouveau, tandis que l’eau lui arrive au-dessus de la taille ; et plus haut lorsque la vague le rencontre à son passage.
Mais que ce soit ce passage de la vague ou un autre, pour Didier rien ne changerait ;  lui, il a toujours su qu’il n’était que de passage !...
À la minute d’après, il avait disparu ; avec lui, ses idées à peine nées ; également ses vêtements, plus tard, avec la marée.

Laurent Lafargeas, 1994.
N45 ed.2014.
 

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