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  • Laurent
  • Réac, atrabilaire, mais non sans expérience le justifiant. Sens de l'humour permanent, mais hélas sens de la réalité qui s'échappe de jour en jour. Par contre, même houleux, j'aime bien les échanges de point de vue. Et sur tous les sujets.
  • Réac, atrabilaire, mais non sans expérience le justifiant. Sens de l'humour permanent, mais hélas sens de la réalité qui s'échappe de jour en jour. Par contre, même houleux, j'aime bien les échanges de point de vue. Et sur tous les sujets.

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25 juillet 2017 2 25 /07 /juillet /2017 15:23

Créolités montmartroises

 

 

 

 

 

 

 

 

Je ne suis point d’ici, et non plus de là-bas

Créole des créoles. Matin, trop de couleur

Et soir, accent pointu dont se gaussaient mes frères.

Issu de Nègropole c’est-à-dire de nulle part

Ou plutôt de partout, hybride de cultures,

Comme une graine égarée, que le vent a happée

Dans son jeu de hasard, pour la déposer là

Ignorant les frontières, pépite de cacao

Sur une nappe blanche. J’ai grandi en rêvant

À ce lointain pays que j’avais dû quitter

Bien avant ma naissance. J’ai fredonné la Seine

Et chanté l’Océan, avec deux Joséphine

Aux destins différents. L’une fit battre les cœurs

Régime de bananes, sur jambes de déesse

Adoptant un patchwork d’enfants abandonnés.

L’autre fit battre les corps. Adepte du Code noir

Elle a prôné l’esclavage. Pour exploiter ses terres,

Et bien plus ses semblables.

Je faisais d’un frisson une vague géante

Je gravissais Montmartre, ma Montagne Pelée

Et le volcan en moi ne dormait déjà plus.

J’ai appris de l’enfance, ce qu’est la différence.

Le bœuf mode purée, le boudin antillais

Le poulet du dimanche, le divin pain au beurre

Des jours de communion. Le steak et la morue

Friand de poisson frit, j’adorais les ignames

Papayes-mangues-patates-douces, arrivés par colis.

Les premiers émigrés débarquaient de Bretagne

D’Italie, d’Espagne ou du ventre d’Auvergne

Avec leurs habitudes, façonnant leur quartier.

34 Ma peau une tache sombre dans l’hiver neigeux

On voulait me toucher, quand d’autres étaient au cirque

Viens voir ses cheveux, leurs dents sont des diamants

Les Noirs rient tout le temps. Une femme a glissé

Sur mon visage un doigt, qu’elle avait pris le soin

D’humecter de salive, testant mon maquillage.

Des fenêtres apeurées se ferment à la campagne.

D’autres s’ouvrent incrédules sur l’ombre d’un passage.

Des têtes blondes se pressent, des hublots nous regardent.

L’œil rond soudain s’éveille sur un monde inconnu.

Une maman a dit au petit turbulent,

Si tu ne restes sage, et ne veux te calmer

Le Monsieur t’emmènera, se tournant innocente,

Un sourire complice, vers l’Oncle désabusé.

Nous étions une poignée, nous étions une famille

Paris du dix-huitième, pari de s’en sortir.

Tous cousins, tous frères.

Tu ne laisseras pas dormir

Quelqu’un devant ta porte avec le ventre creux.

Il fallait se serrer, pour se chauffer le cœur

Tout autant que le corps, lorsque l’indifférence,

La peur, l’ignorance, hantent le voisinage,

Qu’un ogre venu de l’est, mange toute une jeunesse

Et dévore les âmes. Certains ont pris les armes

Très peu sont revenus. On se sentait Français

Il nous reste les larmes et un manteau d’oubli.

Il fallait à l’école prouver qu’on existait

Et bâtir notre histoire en passant au tamis

Ce que nous enseignait la chère Mère-Patrie

Et qui nous paraissait pour le moins indigeste.

La pomme de terre, c’est sûr, nous vient de Parmentier

‘Cristovo Colombo’, nous a tous engendrés

L’argent se faisait rare, pour lui c’était l’hiver

Les frimas éternels, personne n’en possédait 34 35

Il n’y avait pas d’envieux. Après une dure journée

Les hommes se racontaient, derrière le bastingage

Tout au bout d’un comptoir, et la fumée des bars

Se mélangeait aux brumes bleutées qui s’exondent des mers.

Les mâles croisaient leur chope pour retrouver le punch

Le verre du condamné à aller de l’avant.

Un petit coup de punch entretenait l’espérance

D’un retour peu probable vers l’île évaporée.

Ils plongeaient avec fièvre dans les nuits

Exotiques du 33 rue Blomet

Ce haut lieu du Bal Nègre très prisé de Paris

Où Jean Rezard de Wouves se mettait au piano.

Artistes-intellectuels-écrivains-journalistes Toute une gent huppée venait s’accoquiner

Sur des rythmes endiablés arrivés des tropiques Jazz-biguine-et-danses d’Afrique

Un passage à Paris passait par le Bal Nègre.

Le 33 rue Blomet, endroit célèbre-mythique

Où le damier noir sur fond blanc, inspirait la musique !

Les peaux des percussions et celles des acolytes

Vibraient du même frisson sans retenues pudiques.

Les marins, les dockers pouvaient rouler des hanches

Sans risquer la nausée. Nuits nègres contre nuits blanches.

Tandis que près de là, à quelques encablures

À quelques pas peut-être, au détour d’un café,

La mère au sacerdoce protégeait ses ouailles

En étendant son règne de l’évier au fourneau.

La marmite sommeillait, l’abdomen rebondi

Juste avant de s’ouvrir aux bouches affamées

Les quenottes aiguisées, le rire au bord des lèvres.

Le parfum des épices jouant les passe-muraille,

Flottait dans chaque pièce. La soupe bourdonnait

On l’allait partager avec ceux qui s’échouaient 36

En quête de travail, ayant fait à leur tour

Le voyage de l’espoir. On s’ajustait autour

Et le tour était joué. Quoi de plus naturel !

Un gramophone grincheux mais encore bienveillant

Dans sa condescendance, consentait à jouer

Quelques biguines alertes au son d’une clarinette.

Stellio nous enchantait et Delouche reprenait

Les rythmes chaloupés, mélange de gaieté

Teintée de nostalgie. J’aime l’accordéon

J’adore le tango, prise le bandonéon

Mais mes hanches sont faites

Pour rouler comme vague

À la quête de l’île mystérieuse et sauvage

Et ses odeurs de canne, de sueur sirupeuse

Éden parfumé, bouquets ensoleillés.

Pour moi Madinina à la grâce d’une femme.

 

Henri Moucle.

 

 

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Published by Laurent - dans POESIES CLIF
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