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  • Laurent
  • Réac, atrabilaire, mais non sans expérience le justifiant. Sens de l'humour permanent, mais hélas sens de la réalité qui s'échappe de jour en jour. Par contre, même houleux, j'aime bien les échanges de point de vue. Et sur tous les sujets.
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23 août 2016 2 23 /08 /août /2016 09:23

Si l'on estime perdre du temps à discuter qu'avec les cons, c'est faux, on en perd tout autant à causer avec les intellectuels.

Published by Laurent - dans ESSAIS CLIF
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16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 13:06

Le temps qui passe n'est certes pas que néfaste.

Pour chacun, ses moins bien ne sont pas toujours nuisibles.

C'est tout de même que le temps qui passe garde encore beaucoup de vertus.

Et qu'il passe, voire parfois se prolonge, n'est hélas pas de sa faute, encore bien moins celle de personne.

D'ailleurs, le temps, qu'il passe ou non, il n'en veut à personne.

Il passe, et puis c'est tout.

Si le soir nous semble plus parfait que le matin, nous gèle de son silence, c'est que les deux se joignent, et forment autant notre déséquilibre qu'encore quelquefois notre joie.

Là, c'est une question de réunion qui nous échappe, tout autant que ce temps qui passe, du reste.

 Apte à nous apprendre, il est le pire ingrat à ne jamais nous comprendre.

Il donne au monde ce que celui-ci n'attend pas.

Pourtant, il lui offre, à ce monde, ce qu'il a également besoin.

Savoir gérer le temps qui passe, c'est connaître ce dont on en doit d'en retenir.

Il ne persiste pas, il passe.

Lui en vouloir serait déranger, provoquer les fatalités. L'accuser serait, ingrat, se discriminer, se détruire, s'humilier, se désunir d'avec soi-même.

Le temps qui passe, c'est de la vie ; c'est non pas un destin à qui l'on doit envoyer des reproches, ni une mauvaise fatalité, dis-je, formule à laquelle nous devons observer ...

De tout, il nous reste possible de nous isoler ; de nous éloigner, bien sûr ! sauf, de ce temps qui passe, qui s'en contre fou du jour ou de la nuit où l'on trépasse.

Notons alors cependant que ce temps qui passe n’a l’aptitude que de nous ignorer.

Invisible, insidieux, même impalpable, le temps qui passe demeure le seul directeur de notre point de départ, tout autant que celui de notre arrivée.

Capable de nous désoler, de nous décrépir, quoiqu'artisan de rien, il n'en reste pas moins celui qui nous construit, tout comme il érode ou fabrique de la ronce.

Non visible, je le répète, c'est néanmoins lui le seul à vous faire passer d'une minute à l'autre ; d'une minute de désespoir à une autre minute de complète euphorie.

De cela, le temps qui passe, même s'il s'arrêtait où en était capable, il n'y changerait rien ....

Nous serions ce que nous devons être.

Est-ce à dire les acteurs du temps qui passe ?

Et, méconnaissant nos talents, il ne persiste pas, il passe.

 

Laurent Lafargeas

  

Published by Laurent - dans ESSAIS CLIF
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16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 12:42

Le crépuscule

 

Toutes existences ont leur crépuscule. Et, il y a des parallèles qui les précipitent.

De l'extérieur, c'est peut-être le pire. Par mille endroits, l'âge nous isole de mille choses, de mille gens ; ces gens pour lesquels notre expérience leur serait utile ; notre dialogue de profitable équilibre.

Antan, ce fut un peu comme cela. Aujourd'hui, le crépuscule devient de plus en plus prompt.

Nos conceptions sont estimées réactionnaires, nos rythmes de vie sclérosés.

Pire, au-delà, nos abus de joie deviennent prohibés, car non suffisamment aseptisés.

À l'intérieur, ça devient tristesse. C'est l'affection de l'autre qui s'estompe de jour en jour. Peu à peu, cette affection accorde sa place à une indifférence camouflée. À peine définie, du reste. Disons le résultat d'un cumule de faibles déceptions augmentant une réciprocité qui déjà s'affirme comme le crépuscule de ce qui parfois nous enflammait un temps.

Pour résumer, la méchanceté de ce crépuscule, c'est de ne plus être ce que nous avons été.

 

Laurent Lafargeas

Published by Laurent - dans ESSAIS CLIF
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30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 09:19

Akasuki, le cœur serré, marche sur la pointe des pieds, pour ne pas réveiller sa fille. Elle se penche sur le petit lit. Le bébé pince ses lèvres. Soudain, ses yeux s'ouvrent, incertains, entre ombre et lumière. Elle s'appelle Aiko, elle a six mois. Akasuki sort la petite fille de son berceau, et d'une voix douce, lui murmure la comptine de la fleur de cerisier. Et puis, le vent porte un bruit léger, végétal. Ce sont les bambous, liés par un fil de soie. D’habitude, cela indique la force de la brise ou l'imminence d'un tremblement de terre. Ce tintement là, est différent : doux, délicat, presque imperceptible, il annonce l'arrivée, à petits pas ramassés, d'Akari, la mère d'Akasuki. Akari est une hibakusha, survivante des mortifères champignons d'Hiroshima et de Nagasaki. Sans dire un mot, elle prend sa petite fille dans ses bras. Les regards de la mère et de la fille s’entrecroisent brièvement. Tout est dit sans le dire. Akasuki s'habille. Avant de partir, elle regarde une dernière fois le portrait de son mari : Ichirô. Au Japon, ceux qui s'aiment ne disent pas " je t'aime ", mais "il y a de l'amour", comme on dirait qu'il neige ou qu'il fait jour. Ichirô est à l'hôpital, en soins intensifs, irradié en l'année 2011, à Fukushima, où il était employé. Sur son petit carnet, il avait noté, d'une petite écriture serrée : "quand j'ai atteint mon poste, la radioactivité montait, montait... Je ne me souviens plus des chiffres, mais ils dépassaient largement les niveaux acceptables en temps normal. Et c'était avant les explosions''. Depuis, Ichirô tente de survivre avec ses compagnons d'infortune, loin, très loin des médias du japon, et surtout, des médias du monde entier  ! Ceux qui osent parler, on les licencie, pour dénigrement envers leurs employeurs. Dans ces cas là, le suicide est la seule échappatoire, personne n'en parle, jamais, nulle part. Quelque temps après la tragédie, le réacteur Sendai 1 à été remis en route. Aujourd'hui, même Godzilla, légende sacrée de l'écologie, ultime protecteur de la terre, est fatigué. Il reste plongé au plus profond des abîmes. Quand la mer nourricière, pourrie, violée par le césium 137, lui transportera le message de ce nouveau génocide écologique, peut-être rejaillira t’il pour châtier les criminels. Quant aux irradiés, il est trop tard, beaucoup vont mourir. Ils n’entreront pas dans les statistiques, les autorités diront qu’ils étaient déjà malades avant la catastrophe. Moins d’indemnités à payer, plus de bénéfices, l’équation est simple. Malgré les manifestations, les pétitions, le lobby nucléaire continuera à commettre ses crimes contre l’humanité, avec la certitude de l'impunité. La balance commerciale est plus forte que la survie des générations futures. Comme disait Hishiro (le père d'Akasuki) après l'immonde carnage causé par la bombe d'Hiroshima : ''on n’arrête pas la technologie, c'est la technologie qui nous arrête''. Voilà Akasuki, pressée de toutes parts dans les transports bondés (comme d'habitude) direction le port de Kobé. Pour le désastre nucléaire, il est trop tard. Akasuki à un autre combat à mener  , son combat  ! Et son combat, c'est la survie des baleines. Le japon bénéficie d'un cota d'abattage de cétacés. Cette année, sous prétexte de pêche scientifique, plus de trois cent baleines ont étés écorchées vivantes, tout ça pour finir en whale-nuggets. Akasuki veut que sa fille voit les baleines, que ses petites filles et petits fils voient les baleines, que ses arrières petits enfants voient les baleines et que tous ceux d'après, jusqu'à la fin des temps, voient les baleines. On dit d'Akasuki qu'elle est têtue, obstinée. Pour elle, c'est un compliment. Son combat, elle a décidé de le mener au cœur de l’archipel. Farouchement, elle s'emploie à cette tâche, elle en a le cœur et la force. Les passagers de la boîte à sardine ferroviaire ne se doutent pas de ce que la résistante transporte dans le sac accroché dans son dos : une mine marine, avec son détonateur à distance, prête à l'emploi. Par dessus l'explosif, elle a calé un wok. Son cheval de Troie à elle, c'est sa nouvelle apparence : nouveau déguisement, nouveaux papiers, nouvelle identité. Cette fois-ci, elle se fait passer pour la cuisinière de la cantine du bord d'un baleinier. Deux heures après, ruisselante de sueur, elle arrive au port. Il n'y a personnes à bord, hormis un agent de sécurité et le capitaine. Elle passe les contrôles, sans difficultés particulières. Tout étant informatisé, ses amis hakers ont piraté les systèmes. Les portes s’ouvrent, les alarmes se taisent, les systèmes de sécurité (réputés inviolables) ont étés neutralisés en une poignée de minutes. Vite, elle se rend dans la salle des machines. En quelques secondes, elle sort la mine de son sac et la fixe avec de l'adhésif, au ras du sol, sous la ligne de flottaison. Maintenant, il faut faire évacuer l'équipage. A la vitesse du vent, Akasuki pénètre dans la cabine de commandement. Elle hurle un avertissement. Le capitaine, effaré, se rue vers l’extérieur. Le vigile aperçoit l’intruse, il se met en travers de sa route. Akasuki lui assène un parfait mae-geri (coup de pied circulaire). Le cerbère s'effondre. Il faut dire que, dans la vie, Akasuki est professeure d’art martiaux. D’un geste vif, elle remonte son foulard et charge le vigile sur son dos. Dehors, les sirènes se sont mises à hurler. Vite, la combattante sort du baleinier. Les secours sont là. Elle leur confit l'assommé, prétextant qu'il s’est effondré, terrassé par la peur. Il n'y a plus personne à bord. A l'abri des regards, Akasuki déclenche la mine. Une énorme explosion déchire l'air. Tout le monde recule. La combattante profite de la confusion pour s'éclipser. Trois heures après, la voilà rendue à son domicile. Sa fille dort à poings fermés. Sa mère regarde les informations à la télé. On y voit le baleinier en flamme s'enfoncer dans les eaux du port. Comme à chaque fois, il n'y a eu aucune victime, c’est le credo des pacifistes. D'un geste lent, la mère d'Akasuki se lève. Sans rien dire, elle se dirige vers la cuisine et reviens avec une bouteille de saké. Elle verse l'alcool dans deux petits verres. Des larmes de joie, vite essuyées, coulent le long de ses joues. Elle tend un verre a sa fille et, d'une voix émaillée par un flot de fierté elle trinque  : ''kampai  !''. La petite se réveille. Akasuki prends sa mère par la main et l'emmène vers le berceau. Les deux femmes se penchent sur le petit lit. Akasuki prends sa petite fille dans ses bras. Elle murmure, d'une voix ferme et douce  :

- Petite, tu verras les baleines, tes enfants verront les baleines, il faudra que tu te battes pour que cela continu. Nous, nous ferons, notre devoir, moi, ta mère, et tous nos autres compagnons tant que nos forces nous porterons, nous t'en faisons le serment...

Sur l'écran de la télé on ne voit plus que la poupe du baleinier. Les trois femmes réunies entendent et voient ce que d'autres ne peuvent pas entendre et voir  : Godzilla leur fait un clin d'oeuil. Il reviendra.

 

 

Franck Dumont – juin 2016

 

 

 

 

 

7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 11:20

Orage, eau, des ex-poires...


Poème en alexandrins psychédéliques et aquatiques




Comme diraient les bonnes pâtes : l'eusse tu cru ?  
Victimes du béton, voilà les fleuves en cru !  
Le Maneken pisse sur les choux de Bruxelles 
Les piments se gondolent à Venise et se pèlent
Les noyers sont noyés, les escargots en bavent     !
A l'Alma, un pont de Paris fait le zouave 
Trempées, les tubercules se rongent la rate 
Les bintjes gorgées d'eau n'ont plus la patate
La gariguette ne ramène plus sa fraise
Cette herbacée, noyée, est prise de malaise
Charentais, tu perds le melon, découragé
Orage, eau, des ex-poires se voient immergées  !






F.D. 06-2016


Published by Laurent - dans POESIES CLIF
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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 17:06



ALARME  DE  DESTRUCTION  MASSIVE




      Les dernières bouteilles d'eau en plastique - récupérées dans les ruines d'un grand magasin - étaient maintenant vides. Malgré la nuit tombante, il faisait chaud comme dans un four. Jour après jour, la couche d'ozone s'amenuisait. Dans leur abri précaire, bombardé sans cesse par les rayons du soleil, Marcel et sa petite sœur Alice, commençaient à gravement se dessécher. Tous deux savaient que, là-bas, dans des bâtiments abandonnés, à l'autre bout de la plaine de béton, quelques becs de métal rouillés laissaient encore couler de minces filets d'eau. Il fallait qu’ils s’y rendent, malgré le peu de forces les tenant encore debout. Haletant comme une bête de somme, Marcel poussait un chariot de supermarché dans lequel il avait calé un baril de plastique bleu. Sa mère lui avait raconté qu’avant - dans un avant très lointain, un avant mythique - avec ces paniers à roulette grillagés les gens s'approvisionnaient de tout ce dont ils avaient besoin. Derrière, Alice suivait, observant le paysage quasi-lunaire. Le ciel avait pris une légère teinte orangée. A force de sauter d'un pied sur l'autre, la jeune fille finit par s'énerver :
-   Aïe ! je suis cramée ! j’en ai marre de piétiner sur cette saloperie de  plaque chauffante géante !
Et encore, se moqua Marcel, nous ne sommes qu'au mois de novembre, tu verras cet été ! profites-en, on ne pourra peut-être bientôt plus y marcher du tout !  
     Quelques centaines de mètres plus loin, Alice s'arrêta de nouveau. Elle écarta grand les bras, elle voulait englober tout le paysage. 
-  Ici, lança-t-elle, il paraît qu’il y avait des champs, des prés, des rivières, des arbres, des animaux !
Marcel s'arrêta à son tour. Il appuya ses poings serrés sur ses hanches poisseuses de sueur et répondit à sa sœur d’une voix cherchant son souffle :
-   Je sais, j’ai vu des images, celles qui étaient dans la boîte en fer que j’ai trouvé dans les restes d’une quatre roues à moteur.
-    Moi, j’aurais bien aimé voir la nature, en vrai... - 
- Ne rêve pas, tout ça c'est fini. Je ne t’ai jamais mentit, on va juste essayer de survivre, le plus longtemps possible...
D’un geste nerveux, Alice essuya les larmes qui prenaient naissance au coin ses yeux. Ses dents grincèrent. Un souffle rageur passât entre ses lèvres asséchées :
 - Ici, il n’y a plus que des carcasses d’avions rouillées, habitées par les rats, les fourmis et les scorpions. Pourtant on savait qu’il n’y aurait plus de pétrole un jour. Alors, pourquoi ils ont tout bétonné pour faire cet aéroport ?
     Marcel et Alice ne connaissaient pas grand chose du passé. Leur mère, avant de mourir, ne leur avait donné que quelques morceaux du puzzle, en vrac. Peut-être que certaines choses devaient rester cachées, comme une malédiction. Le grand frère prit un air grave, sa sœur ouvrit grand ses oreilles, comme à chaque fois qu’il parlait. Elle n’avait plus que lui.  Marcel baissa les yeux et se lança, d’une voix douce, presque apaisante :
-   Les gens voulaient aller vite, direction l’autre bout de la terre... pour voir. Les marchands sillonnaient la planète. Il fallait faire des affaires, vendre du béton pour construire d'autres aéroports. Vendre d'autres avions. Il fallait gagner de l’argent, encore plus d’argent, pour acheter des coffres, pour mettre tout cet argent.
Mais ! hurla Alice, l’argent, ça ne se mange pas ! Quand il y avait des terres à blé, on pouvait faire du pain !
Oui, il paraît que c’était très bon, papa m'avait raconté qu'il en avait mangé une fois. Allez en route, il faut qu’on boive.
     Après deux bonnes heures de marche, les deux explorateurs arrivèrent au but. Ils entrèrent dans l'immense bâtiment : un monument colossal, ventru comme un ogre, dévoreur d’énergie, mangeur d’espaces vitaux, vomisseur de trop pleins ! Les deux assoiffés ne cherchèrent pas longtemps. Là, au centre d’un entremêlement de béton éclaté et de tiges de fer rouillées, une source anémique continuait à ruisseler. Le jeune homme cala son réservoir sous le mince filet d’eau. Alice observa avec attention le décor sépulcral. D’un index tremblant, elle désigna un panneau couvert d’indications.
- Marcel, s’écria-t-elle, c'est marqué quoi, la haut ?
- Je t'ai appris à lire, à toi de jouer…
     Les lettres étant assez grosses, Alice commença à décrypter sans hésiter : départ pour New-York : 15 heures, Bangkok : 17 h. 30, Mexico : 18 heures
Bien, approuva l’aîné, tu progresse, je savais que j’arriverais à t’apprendre avec le livre aux pages jaunes, celui de Monsieur France Télécoms. Dans ce bouquin, l’histoire est pleine de personnages et de chiffres sans beaucoup d’action, mais bon…
Les complices sortirent de la crypte macabre. Tout en poussant son chariot, Marcel se lança dans un discours aux relents de tragédie antique :
Notre génération à été sacrifiée par les bétonneurs et les spéculateurs, notre avenir à une figure de cimetière. 
Ceux qui ont fait ça devaient être malades, ils n'ont même pas pensé à leurs enfants, à leurs petits enfants ?
 Non, ils étaient atteints d'une une maladie grave…
Quelle maladie ? La peste, le choléra ? 
Non bien pire, la cupidité… Bon, on ne va pas traîner ici, on a encore du chemin à faire et j’en ai plein le dos. Arrivé chez nous, tu en profiteras pour te laver, ça ne sera pas du luxe. 
Alice fit semblant de ne pas entendre et se frotta le ventre :
J’ai faim…
Toi, t’as toujours faim, sourit Marcel. Au refuge il reste des boites en fer, tu sais, celle avec des billes vertes.
Celles où c'est marqué petit pois dessus ? C'est bon ! Tu crois qu'on pourrait en faire pousser, comme avant ?
Il faudrait pouvoir arroser, et puis ici, la terre doit être saturée de kérosène, le produit dont se nourrissaient ces saloperies d’oiseaux de ferraille… 
D’un air malicieux, Alice ouvrit sa main droite avec mille précautions. Collé à sa paume, un morceau de papier gondolé se déplia lentement.
Regarde ce que j'ai trouvé dans un coin de la bâtisse ! S'exalta-t-elle.
Marcel ouvrit grand les yeux. 
On dirait un billet pour voyager, on voit plus grand chose, c’est tout effacé.
Alice frotta le morceau de papier d’un index nerveux.
Si là, regarde ! On peut encore lire un nom !
Alice se concentra et déchiffra l’inscription avec infinie concentration :
 Aéroport de No-tre Da-me… des Landes…












FD – juillet 2016 

 



10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 10:57

Certes, la vengeance est un plat qui se mange froid, mais ça reste tout de même un plat qui se déguste.

 

Published by Laurent - dans ESSAIS CLIF
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10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 09:46

Flytrap

 

Glorifier ses propres défaillances reste un art qui se prive obligatoirement de scrupules encombrants.

 

Depuis 23 ans que je suis dans la police, 17 ans à la Judiciaire, des crimes j'en ai décodé quelques insolites, mais celui de Saint-Quentin, en 1977, fut commis par un meurtrier particulièrement hors du commun.

Il me faut donc la relater. 

Pour moi, écrire n’est pas une vocation ; j’y suis arrivé par insistance d’une certaine élite de mon entourage, fort convaincue qu’un flic a toujours beaucoup de piquant à libeller. Alors, sans rechercher les prix Goncourt, Minerva ou autres juteuses promotions au service de la littérature commerciale, je me suis tout de même exercé à quelques banalités policières, faibles en vanité, sans trop d’intérêt, mais aussitôt génératrices de reproches et d’interdictions de la part de mon préfet.

Ça s’ordonne parfois comme cela dans la fonction publique. Et parfois aussi, on se demande pourquoi. D’ailleurs, c’est comme pour les fluides lucratifs de la littérature, en lesquelles je n’ai toujours rien compris du reste.

Tout cela pour vous dire, à vous lecteurs, qu’en aucun cas je ne saurais me comparer à un Simenon, une Agatha Christie, ou encore un Frédéric Dard. Entendez que, sans médaillement, ni relation, je reste un    piéton en matière de favoritisme éditoriale.

Maintenant, cette enquête de l’affaire de Saint-Quentin, très courte et sans heurt, elle mérite tout de même que je la narre au mieux. Du moins, que j’en expose les méandres dans lesquelles je me suis un temps enlisé.

À dire qu’un autre inspecteur aurait fait mieux reste encore une hypothèse, certes, mais entendez que l’orientation des recherches, se dirigent généralement vers des suspects davantage conventionnels ; de coutume, beaucoup mieux rencontrés. Entendez que je ne sorti pas victorieux de cet imbroglio, mais que toutefois, je m’auto congratule encore d’un mérite tout çà fait relatif.

Le dimanche 26 juin, le cadavre d’un jeune homme est retrouvé enlisé, lui, dans un marais poisseux de l’Omignon, au sud de Péronne. Il fut rapidement identifié ; Jean-Jacques Receveur, 18 ans, étudiant en droit, et signalé disparu par sa mère, le 14 du même mois.

Alors dépêchés par le procureur de la Somme, nous nous rendîmes sur les lieux, ledit marais, moi et mon collègue, Gilles Fauchereau. Le métier étant parfois un tantinet sport, je dirais davantage mon coéquipier Fauchereau.

Extrait de la vase par la gendarmerie avant notre arrivée, le corps, pour l’heure non identifié, trempait désagréablement dans une enveloppe de végétaux aquatiques ou autres. Fauchereau prit note des premiers constats. Une corde nouée au torse, et encerclant les deux épaules. Là, il eut l’immédiate judicieuse remarque. Ce système fut sans aucun doute pensé par le criminel pour le déplacement de la victime. Ainsi, le lasso servit de poignées. Indubitablement, cela nous désigne un seul coupable, et faible de surcroît. Un petit homme ; une femme peut-être. D’autant que le macchabée n’est pas bien lourd. Le terrain nous séparant du tout-venant praticable confirme ce déplacement, mais son humidité ne nous laisse absolument aucune trace de pas. Quant au tout-venant donc, il présente des empreintes de pneus, certes, mais de trop de passages enchevêtrés les uns sur les autres pour en obtenir une marque probante. Enfin, la zone étant ceinturée, j’ordonne tout de même des prises photographiques. Une certitude : personne n’a été tué ici. Et tué comment ? Aucune blessure, pas de sang donc, pas même des marques de strangulation. L’autopsie nous donnera la réponse. En attendant, au retraité qui a découvert le corps, je l’oblige à nous entretenir chez lui. Des fois que l’on y découvre quelque chose. C’est niais, mais, dans le passé, j’ai serré deux assassins ayant également découvert le corps de leur victime. Ici, rien en ce sens. L’homme reste traditionnellement franc, d’une variété de français moyens convenables, honnête, voire même manifestement traumatisé.

En fin de matinée, de retour au bureau, nous engageons une recherche au fichier central. Aussi, auprès des confrères et gendarmes du département et de ses limitrophes. Et ça ne tarde pas ! À quinze heures, la disparition de l’adolescent est bien signalée par la gendarmerie de Saint-Quentin qui, de surcroît, détient un récent photomaton.

Et nous voilà reparti dans l’Est. Aucune confusion sur la personne. Maintenant, il s’agit d’informer la famille. Pour ce type d’annonce, il me manque un certain doigté. Donc, j’attendrai Fauchereau dans la voiture. Bien m’en pris car l’entrée en deuil fut particulièrement insoutenable, me rapporta-t-il. Seul, le papa ira reconnaître son fils demain matin.

Pour l’instant, on n’a guère d’orientation. Les parents, nous les interrogerons plus tard, c’est entendu, aucune structure de pneu n’est vraiment identifiable, à part celles de nombreux véhicules agricoles ; quant à l’autopsie, nous devons attendre encore 36 heures. La récréation forcée en somme !

Au-delà, le légiste ne fut très pas loquace – probablement par crainte de se tromper. Du moins en ce qui concerne la date précise de l’homicide. Enfin, il demeure formel sur un point : le jeune homme trouva la mort par asphyxie. Un étouffement peut-être, comme l’aurait été celui d’un oreiller violement serré sur la tête, un sac plastique ; encore comme cloîtré dans un espace réduit et hermétique à souhait. Pourtant un autre indice détiendrait la faculté d’éloigner ces deux hypothèses. À savoir six légères entailles, parfaitement similaires et disposées symétriques de part et d’autres : quatre sur le cou, deux sur le front.

Là, Fauchereau ne put s’interdire l’une de ses mille bourdes instinctives.

  • Le gamin a du rencontrer un anaconda, voire un crocodile qui l’aurait avalé par le crâne, puis contraint de le recracher à cause de la taille du reste.
  • Oui ! possible… Maintenant, tout comme les anacondas, il n’y a pas eu beaucoup de crocodiles de signaler dans la région, ces derniers temps.

 

 La chambre du garçon est d’un classique adolescent. De n’en observer aucune place pour un fantôme !  Scotchés aux cloisons, posters de Jimmy Hendrix et Lou Reed ; des chaussures de sport également suspendues. Lampe à bulles, lampe à paillettes, et chaise tulipe. Aussi, une bibliothèque particulièrement chargée d’ouvrages botaniques. Dans les tiroirs du bureau en tek, nous trouvons un herbier, un tac-tac et une photo de groupe. Là, l’on va se dire que l’éventail des relations du défunt s’élargie quelque peu. Lui-même et ses camarades : deux filles et trois garçons dont Monsieur et Madame Receveur nous apprennent les identités assez rapidement. Le jeune homme étudiait assidument, ses amis n’ont au demeurant rien de reprochable ; lui-même n’a jamais eu aucun rapport avec les autorités. Pas d’usage de stupéfiant non plus remarqué. Aucun abus d’alcool également. Bref ! un garçon encore loin de prendre son envol ; pour nous et pour l’instant, un désert d’information. Outre qu’il était féru de botanique, nous apprenons toutefois qu’il le fut aussi du cyclisme ; ce qu’il partageait  généralement le week-end avec un autre camarade absent de la photo : Cédric Gallet. Ici, une autre piste s’exhale de notre nébuleuse.

Sans perdre de temps, nous exploitons tout cela en se partageant Saint-Quentin et alentours ; Fauchereau pour le nord, moi-même au sud, avec un véhicule mit à ma disposition par la magistrature locale : non pas une églantine comme celles dont on dispose maintenant, mais une puissante 4L. Ici, l’ensemble de nos déplacements ne nous apprennent pas grand-chose. Excepté le jeune Gallet, séjournant à Montbard jusqu’à la fin de la semaine, tous ceux visités apparaissent comme les bons sujets décrits par les parents du défunt. Je veux dire-là, aucun symptôme d’usage de stupéfiant ; aucune autre débauche. De plus, ils ont tous et toutes des emplois du temps vérifiables. Nous allons donc voir un peu plus loin. Déjà à Paris, où l’adolescent logeait chez ses grands-parents maternels, Porte de Châtillon. Là encore nous allons nous séparer. Fauchereau, lui, se rendra à Paris, tandis que moi, j’irai scruter les autres membres de la famille. Au demeurant, avec cette dernière, restreinte, peu de direction non plus. L’étudiant à un jeune frère âgé de douze ans. Suspect improbable ! La maman est fille unique. Le papa à une sœur, domiciliée à Bordeaux, et sans laisser de nouvelle depuis déjà trois mois. Également, il a encore sa mère. Une septuagénaire domiciliée rue Pierre Loti, à deux pas de la maison familiale.

Ma première visite chez cette dame ne m’en apprendra guère, mais je garde encore ici le souvenir d’une femme particulièrement originale. Peut-être pas ma criminelle, mais pourquoi pas. 73 ans, mais rien de suranné, autant dans le comportement que dans le mobilier de son pavillon-meulière. Celui-ci singulièrement encombré de plantes vertes de mille espèces. Ostensiblement enchâssée, exubérante sans conteste, non encombrée de modestie, avec une légère tendance à se mystifier elle-même, surtout très attachée à son propre sillage donc, elle ne m’apparut pas le genre de mamie à s’assoir pour regarder tourner l’heure. Et d’un terme emphatique à m’en épater ! Enfin, elle devait tout de même accuser certains dérèglements mnémotechniques, puisqu’elle me servit le café que je venais pourtant de refusé. Enfin, elle m’attarda considérablement à l’écoute de la narration d’une part de sa vie n’ayant aucun rapport avec mon enquête. Ses enfants sont issus d’un premier mariage, elle reprit son nom de jeune fille au-delà d’un second veuvage, et, à présent, le terme de son existence se profile assez proche compte tenu de ce nouveau deuil. Elle l’aimait beaucoup son petit Jean-Jacques !

Je prends congé, et retourne à mon conseil de guerre. C’est-à-dire seul dans un bureau m’ayant été courtoisement attribué au commissariat de Saint-Quentin.

Nous sommes vendredi 1er juillet, c’est le week-end, et je n’ai encore rien débrouillé de cette affaire, tout autant limpide que les fonds du canal de l’Ourcq. Disons encore personne à faire passer à table. Fauchereau, dont les congés débutent demain, m’a téléphoné pour me relater sa visite auprès de la famille de la Porte de Châtillon, celle à la faculté d’Assas, également celle auprès d’une relation de l’étudiant occis, mais, de ces côtés, rien de significatif non plus. Quelle poisse à cette étape de l’enquête ! D’autant qu’il faudra rendre des comptes dès lundi, et avec les gazetiers quelque peu aux fesses, de surcroît. Dans la plupart des cas, nous focalisons sur deux ou trois potentiels suspects dès le deuxième jour. Là, toujours aucune piste au-delà du cinquième. En vain, je tente un procédé d’élimination par faible logique. Si j’oublie ici l’originalité de la façon de trucider, il apparaît évident que le criminel avait intérêt à la dissimulation du cadavre. Je suis donc contraint ici de ne pas y voir un étranger, un voyou de passage. Peut-être puis-je entrevoir la possibilité d’un kidnapping qui aurait mal tourné. À savoir une équipe d’amateurs ayant mortellement trop clos leur otage avant de programmer la demande de rançon. En ce sens, les parents ne sont pas suffisamment nantis au point qu’il en soit envisagé une telle forfaiture. Également, si la victime ne se droguait pas, de ce labyrinthe, je dois en écarter tout éventuel dealer, c’est entendu. Peut-être puis-je spéculer en l’acte d’un dégénéré local, d’un psychopathe plus ou moins homosexuel. Possible ! Aux dire de la maman, son fils est sorti vers 11 heures, le matin du 14. Ceci, sans évoquer sa destination. Certes, il n’est alors pas rentré pour déjeuner, mais ce fut davantage le soir qu’elle commença à s’interroger plus notoirement. Depuis le début de ses vacances, il n’avait pris aucune habitude de découcher sans même en avertir sa famille. Tout cela laisse supposer qu’il disparut dans un espace-temps d’environ 10 heures – c’est quasi attesté. De cette dernière réflexion, m’apparaît deux carences de notre rapport. Nous avons clairement omis de s’interroger quant à savoir s’il quitta la maison véhiculé ou non ; aussi, s’il fréquentait quelques endroits publics de Saint-Quentin.

Arrive le lundi. Le jeune Gallet n’est pas très avenant à l’égard de la police. Je ne m’en offusque guère ; de la part d’un petit con, ça bouscule peu ! Enfin, hors de soupçon, lui aussi, il m’apprend tout de même que Jean-Jacques copula un temps avec une certaine Magalie, jeune dionysienne un tantinet primesautière. Un fait que les parents ont oublié de nous mentionner. Cette nouvelle information va me conduire chez les Receveur ; procéder alors à un attentat contre leur intimité.

Là, cet autre accueil est moins chaleureux que le précédent. Surtout de la part de Monsieur. C’est à se demander le pourquoi. Bon ! je l’ignore quelque peu, et j’interroge Madame.

  • Connaissez-vous une certaine Malagie de Saint-Denis.
  • Oui ! bien sûr, c’était la petite amie de Jean-Jacques.
  • Vous dites c’était… Est-ce à dire que ce ne l’est plus ?
  • Eh bien ! il se sont quittés en avril dernier.
  • Elle venait souvent à Saint-Quentin ?
  • Voyez que ce fut une brève relation. Nous l’avons reçu ici qu’un week-end, en février.
  • Vous savez pourquoi, ils ont rompus ?
  • Une fille un peu volage ; elle a dû trouver un autre compagnon. Du moins, je le pense.
  • Lui, que vous a-t-il dit alors ?
  • Rien ! Il n’était pas loquace sur le sujet, si ce n’est qu’il ne trouvait plus le temps de la fréquenter assidûment.
  • Et vous ne l’avez pas cru ?
  • Je vous ai dit ce je que pensait.
  • Vous n’avez pas son adresse, je présume ?
  • Non… Mes parents peut-être… Ils se voyaient beaucoup plus chez eux.
  • Normal !... Eh bien, je vous remercie.

Le papa s’agitait dans le couloir au pied d’une immense plante verte d’intérieur. Son comportement, peu ordinaire, me suggéra deux idées intuitives. Tout d’abord, celle qu’il ne souhaitait guère continuer à me partager trop longtemps l’air que l’on respirait alors, puis celle qu’il détenait une information dont son épouse restait en marge. Disons comme une borne.  Ma curiosité, toute professionnelle, tenta d’en connaître davantage, et je l’interrogeais niaisement sur l’identité de l’imposant végétal. Histoire de le faire parler.

  • Une "monstera deliciosa" géantisée par ma mère… C’est l’une de ses passions marginales. 
  • Pourquoi, elle en a d’autres ?
  • Ça ne lui manque pas, c’est sûr, mais celle-ci n’est pas en défaut de sel. Voyez par vous-même. Cette espèce atteint à peine deux mètres en général. Là, vous en avez trois. Elle détient un secret, me dit-elle.
  • Aussi, la botanique, c’était un peu le truc de votre fils, n’est-ce pas ?
  • Aussi.

Pour cette fois, je n’en saurais pas plus. Ici, l’homme n’a visiblement aucune intention de prolonger la conversation davantage.

Pour ce qui fut de la recherche et la consultation de la donzelle de Saint-Denis, je déléguais à un collègue parisien. Et là, encore rien de déterminant. En effet sans heurt, elle remplaça  Jean-Jacques début mars, et n’eut plus aucun contact avec lui depuis. Une fille plutôt frivole qu’amourachée à en créer un drame.

De nouveau, me voici dans l’impasse. De nouveau, me revoici à mon conseil de guerre.

À ce niveau de l’enquête, je dois avouer baigner dans l’étron. La brume totale, et pas une autre virgule à rajouter au rapport. Si je reste sur mon scénario du psychopathe, je vais devoir envisager un travail de fourmi sur le parcours du cycliste qui, le jour de sa disparition, s’était absenté sans son vélo. Peut-être se rendait-il chez sa grand-mère, à deux rues d’ici, supposait la maman.

Certes, je vais y retourner chez la mamie, mais, avant tout, je tenterais bien un questionnaire auprès du petit garçon, le frère du défunt. En théorie, nous n’avons pas le droit, mais si je respecte les voies guidées de mon intuition, je vais oser cette démarche quelque peu cavalière. Je vais l’accompagner au sortir du collège.

- Tu parlais beaucoup avec ton frère ?

- Oui ! Il m’apprenait beaucoup de chose.

- Il t’aidait dans tes devoirs, je pari…

- Non ! pas trop. Il avait suffisamment avec les siens.

- Et dans les derniers temps, tu n’as pas remarqué qu’il pouvait être préoccupé par quelqu’un ou quelque chose ?

- Bah non ! C’était le début de ses vacances. Il était bien dans sa tête. Il avait du temps libre.

- Qu’en faisait-il de ce temps libre ?

- Je pense qu’il allait voir les filles.

- T’en connais ?

- Non ! mais j’ai du mal à croire qu’il passait tous ses après-midi chez ma grand-mère.

- Il y allait souvent ?

- Où ?

- Chez ta grand-mère.

- Tous les jours… Mamie lui a refilé le virus du jardinage. Des acharnés là-dessus !

- Oui ! ton père m’en a parlé. Même qu’il paraît qu’elle reste une artiste dans le domaine.

- Pour ça, c’est plus que certain qu’elle a la main verte, mais, moi, ça me donne des frissons.

- Bah ! et pourquoi ?

- Chez elle, il n’y que de cela. Des plantes fleuries, des cactus, même des arbres à l’intérieur de sa maison. Et puis, de certains, il est interdit de s’en approcher, dit-elle… Moi, je n’aime pas aller chez ma grand-mère. Et c’est bien à cause de cela.

- J’y ai été chez ta grand-mère… Je n’ai pas fait attention aux arbres.

- Ils sont dans son vivarium. Quand vous rentrez, c’est la dernière porte à gauche, tout au fond du couloir.

- C’est une serre ?  

- Oui ! mais, elle, elle appelle cela son vivarium des anges.

Un circonlocution guère orthodoxe, mais qui en dit long, pensai-je.

- Sinon, ta mamie, elle n’est pas méchante. Tu l’aimes bien tout-de même ?

- Oui ! d’ailleurs, elle me fait rire souvent, mais je crois bien qu’elle perd un peu la tête. Des fois, elle ne sait plus vraiment ce qu’elle dit.

-Oh ! c’est l’âge ça, mon garçon.

 

Maintenant, l’intuition mentionnée plus haut semble s’orienter dans une direction probante. C’est la famille que je dois assiéger. Alors, je retourne chez la grand-mère. Il y a obligatoirement là-bas des informations restées sous masques.

Ce fut vêtu d’un non ordinaire peignoir-chasuble que la septuagénaire me reçut sans aucune animosité. Elle reste très détendue, sans hésitation dans ses réponses ; sans tremblement. Son petit-fils ne venait pas ici forcément tous les jours. Il était féru des sciences, de la botanique, et c’est pour cela qu’il l’aidait aux rempotages. Aux bièrages également.

Là, j’appris beaucoup de choses sur le sujet, notamment que le biérage consistait au lavage des feuilles avec de la bière, et non avec de l’eau, comme je l’aurais banalement fait si j’avais été conduit à le faire, que la température ambiante ne présentait aucune entrave au développement des espèces, exotiques ou non. Enfin, la conversation me saoula ostensiblement, et sans conteste, au bout de quelques minutes seulement. Je suintais alors d’une détestable envie de quitter les lieux. Comment dire ? La mémère m’étouffait de paroles sans intérêt, autant que de sa manifeste  idiosyncrasie. De plus, et je n’y prêtai guère attention lors de ma première visite, en sourdine, une pourtant insupportable musique de supermarché s’entendait de toutes parts de l’habitat. Indispensable à la croissance des liliacées, m’affirmait mon interlocutrice. Quasi impoliment, je mis un terme à sa salacité en exigeant qu’elle me conduise à son vivarium.

  • Vous voulez parler de ma serre ? me demanda-elle.  
  • Oui !
  • Comment pouvez-vous connaître son existence ?
  • Je suis de la police, non ?

Peut-être, je pensais ici trouver quelques autres questions plus directement relatives à mon enquête.

Enfin, je dois avouer plutôt avoir profondément désiré fuir sa conversation, tout comme abandonner la cuisine où fumait le café imbuvable qu’elle insistait à me faire boire.

Déjà, avant d’entrer dans la serre, je remarquais qu’un panneau avait récemment été soustrait de la porte d’accès. Panneau six fois plus long que large.

  • Il devait y avoir écrit « vivarium » ici, sur cette porte, m’exclamai-je.
  • Comment vous devinez cela ?
  • Je vous l’ai dit, je suis de la police.
  • Alors Bravo !
  • Merci.

Le gamin ne m’avait pas menti. Il s’agissait bien d’arbres. Du moins, de plantes transformées en arbres. Je n’y connais toujours pas grand-chose, mais je puis confirmer que c’était un spectacle imposant, voir même terrifiant par divers endroits. Et déjà, dans la première allée empruntée.

Un gigantesque "pyracantha" trônait au milieu de la serre. Autour, une multitude d’orties douteuses dépassant les bien 2.50 mètres. Derrière, un énorme "dendrocnide moroides" fort urticant.

Vous pouvez me croire, lecteur, un environnement ostensiblement lugubre autant qu’aranéeux. Et avec les odeurs, en supplément. Bien entendu, chaque espèce offrait son identité à son pied – sinon, je n’aurais pu les nommer de la sorte. Je revins sur l’entrée par une autre allée parallèle aussitôt verdie par un surprenant yucca, d’une telle hauteur que je ne pouvais l’estimer. À ses côtés, la magnifique rondeur d’un "echinocactus grusonii " outrageusement vivace. Un peu plus loin, une "dionée attrape-mouche", surdimensionnée et dominée par sa corolle vermillon : un double croissant symétrique de plus de 70 cm de long. À son bas, l’étincelante étoile d’une "leuchtenbergia principis", encore de proportions marginales.  À mon humble avis, un trésor de verdure et de floraison, une œuvre phytosanitaire incontestable. Me relevant de l’observation de cette dernière espèce, mon bras gauche fut violemment agressé par je ne sais quoi dans un premier temps. Un étau m’enserrant et voulant me tracter vers lui.  Je dû user d’une certaine violence à mon tour afin de me libérer de cette emprise. Aussi, très rapidement, le second temps identifia la nature cette brutalité. Le double croissant de la dionée qui, à présent, reculait en sa tige. Je démasquais là mon assassin : une horrible et dénaturée plante carnivore !

Une géante saloperie venant de tenter de m’absorber, comme elle avait sans aucun doute absorbé la tête du gosse. De toute évidence, il s’agissait alors d’un accident.  Une option située à des années lumières de mes raisonnements .Sans aide, il avait suffoqué à l’intérieur de cette corolle épineuse (ce qui explique les griffures du front et du cou). Une mort peu sympathique !  Puis, arrivant trop tard, la grand-mère l’avait ici dégagé de cette pince, sans percevoir la nécessité d’en avertir qui que soit.

D’une intolérable apathie, donc.

La crainte qu’on lui réquisitionne ses « animaux », peut-être. Au-delà, devenue totalement piaculaire, la mamie nous décrivit la peine qu’elle rencontra afin de se débarrasser du cadavre.  

 

Laurent Lafargeas, 2009.

 

 

 

 

 

 

 

   

 

3 juin 2016 5 03 /06 /juin /2016 07:34

Il est dit que le cynisme émane d’un profond mépris ; aussi qu’il n’offre pas la mansuétude du bon sens, mais ça reste pourtant l’humour des intellectuels.

 

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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 09:46

Tout comme les stores vénitiens,  les imbéciles hélas  ne se trouvent pas qu’à Venise.

 

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